MIGRATIONS
Une odyssée humaine

Article publié dans la Lettre n°613 du 2 avril 2025



 
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MIGRATIONS. Une odyssée humaine. Nous serions tentés de penser que cette exposition traite d’un sujet d’actualité tant les problèmes de migrations et surtout de migrants sont au cœur de bien des débats actuels. Très vite nous comprenons qu’il n’en est rien et que depuis que l’homme moderne existe, il y a 300 000 ans, les migrations ont toujours existé. Nous sommes tous des descendants de migrants. Le Musée de l’homme a fait appel à des experts en sciences humaines et sociales comme en sciences naturelles pour nous éclairer sur un sujet complexe traité le plus souvent sous un angle politique et irrationnel.
La première partie de l’exposition montre combien l’étranger est perçu trop souvent comme une menace, une invasion, incontrôlable et imprévisible. Certains parlent même de submersion alors  que le nombre de personnes vivant en dehors de leur pays de naissance reste relativement faible et ne concerne que 4% de la population mondiale. Cela représente 325 millions de personnes sur 8 milliards d’habitants. Ce faible pourcentage, stable depuis plusieurs dizaines d’années, est dû au fait que les habitants des géants démographiques comme les États-Unis, la Chine et l’Inde émigrent le plus souvent à l’intérieur de leur propre pays. Nous apprenons qu’il y a toute une panoplie de mots pour qualifier les migrants tant d’un point de vue juridique: étrangers, réfugiés, que sociétal: immigrés, sans-papiers, etc. Un grand tableau nous décrit l’histoire du droit d’asile depuis sa naissance dans la Grèce antique jusqu’au Pacte européen sur la migration et l'asile, adopté en mai 2024, en passant par l’Église chrétienne au IVe siècle, puis l’État, la Constitution de 1793, etc. Des vidéos, des documents d’identité de réfugiés célèbres, tels Paco Rabanne, Maria Casares, Christo, Noureev, Chagall, etc. nous montrent que les migrations concernent toutes les catégories sociales.
La deuxième partie précise ce constat. À travers des œuvres d’artistes qui bousculent nos conventions, telle la représentation du monde avec le nord en bas de la carte et l’Australie au milieu, et des tableaux précis, nous avons une autre vision sur ce que sont les migrations aujourd’hui. Nous voyons qu’elles ne sont plus seulement nord-sud mais le plus souvent entre deux pays de même latitude. Les migrations sont complexes comme celle de Wyem de Kaboul à Hambourg de 2008 à 2011 avec plusieurs retours forcés à Bucarest et des séjours plus ou moins longs dans différents lieux d’hébergement. Elles sont aussi dangereuses, surtout en Méditerranée. Contrairement à une croyance populaire, elles concernent toutes les classes sociales. Les personnes qui migrent vers l’occident bénéficient le plus souvent d’un «capital migratoire», d’une maîtrise de la langue du pays d’accueil et d’un niveau d’études plutôt élevé. Une bonne partie des migrants sont des étudiants: 400 000 en France, soit 13% des effectifs universitaires.
En dehors des immigrations choisies il y a des immigrations contraintes. C’est le cas lors des conflits comme celui qui affecte l’Ukraine en ce moment: 8 millions d’Ukrainiens se sont réfugiés dans les pays voisins un an après le début du conflit, ou encore ceux de Somalie et d’Éthiopie. Il y a aussi les migrations provoquées par la crise climatique et la montée des eaux. Notons aussi que 48% des migrants sont des femmes. En dehors des tableaux et panneaux didactiques, de nombreuses illustrations agrément cette partie: photographies de frontières singulières comme entre les États-Unis et le Mexique, autour d’Israël ou encore entre le Chili et la Bolivie (juste une pancarte); objets ayant accompagné des migrants: clé, peluche de singe à l’intérieur de laquelle la famille avait caché des diamants, timbale, etc.; objets confisqués à la frontière: savons, dentifrices, etc.; œuvres parodiques d’artistes montrant l’arbitraire des frontières. Tout cela nous donne une autre vision de celle habituellement décrite.
La troisième partie nous montre que les migrations sont indissociables d’Homo sapiens depuis 300 000 ans. Partis d’Afrique, nos ancêtres ont progressivement immigré dans le monde entier, emportant avec eux non seulement des objets choisis mais aussi des «compagnons» de toutes sortes, tels des souris, des micro-organismes, des plantes etc. Tout ceci a favorisé la biodiversité.
Parmi toutes les études décrites ici, celles sur l’arbre généalogique de la famille préhistorique des «Noisats» sur le site de Gurgy, il y a 6700 ans, est tout à fait étonnante. Elle montre que les femmes ne venaient pas de cette région mais d’autres contrées plus ou moins lointaines. Il en est de même avec les outils en silex fabriqués au Grand-Pressigny entre -5000 et -4400 avant notre ère, que l’on retrouve un peu partout jusqu’au Danemark. Autres sujets intéressants, ceux liés aux plantes. Le fameux piment d’Espelette était consommé en Amérique depuis 8000 ans. La fraise de Plougastel trouve son origine au Chili. Quant aux chocolat, café et thé, ils proviennent d’Amérique, d’Afrique et de Chine.
Cette exposition nous décrit d’une manière ludique, avec de nombreuses vidéos et objets de toutes sortes ce que sont réellement les migrations et ce qu’elles nous apportent. Elle est passionnante et bénéficie d’une magnifique scénographie. R.P. Musée de l’Homme 16e. Jusqu’au 8 juin 2025. Lien : www.museedelhomme.fr.


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