MICKALENE THOMAS
All About Love

Article publié dans la Lettre n°632 du 18 février 2026



 
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MICKALENE THOMAS. All About Love. Le Grand Palais nous présente une ambitieuse rétrospective des œuvres de cette artiste américaine née en 1971, peintre et photographe, connue pour ses œuvres complexes utilisant des strass, de l’acrylique et de l’émail. Son travail s’inspire de l’histoire de l’art occidental, du pop art et de la culture visuelle pour examiner les idées sur la féminité, la beauté, la race, la sexualité et le genre. Elle se revendique queer et choisit ses sujets parmi ses amies, sa famille, ses amantes et les icônes de la culture populaire. Le titre de l’exposition est emprunté au texte fondateur de bell hooks (pseudonyme de Gloria Jean Watkins), All About Love: New Visions (1999).
Le parcours de l’exposition sur deux niveaux est thématique. La visite commence par une introduction où l’on voit une première installation, une vidéo et un très grand tableau, Clarivel Face Forward Gazing, 2024 (244 x 366 cm). La présentation est faite et cette diversité de moyens se retrouvera tout au long du parcours.
La salle suivante aborde deux thèmes. Le premier, «Déesses afro» nous révèle quelques-unes de ses «muses», des femmes avec lesquelles elle travaille durant de longues périodes et qu’elle représente dans des décors conçus spécialement pour chacune d’entre elles. Son travail commence par une photographie qui sert ensuite de point de départ à de grandes peintures réalisées à l’huile, à l’acrylique et à l’émail, et incrustées de strass multicolores. Le deuxième thème, la «Photographie» nous présente quelques spécimens de photographies dont celui du Déjeuner sur l’herbe, dont on verra le tableau achevé plus loin.
Nous entrons ensuite dans une salle consacrée à des «Icônes» telle Naomi Sims ou Eartha Kitt que l’on voit chanter dans un étonnant dispositif utilisant quatre écrans, parfois coupés en deux. Les portraits sur miroir de trois de ces icônes nous renvoient notre propre regard !
Avec «Odalisques», la section suivante, Thomas inverse le tableau de Manet en nous présentant des femmes noires sur d’immenses toiles dans des poses marquant leur confort et leur confiance. On trouve également dans cette salle, sous la dénomination de «Mémoires domestiques», une première installation reconstituant le salon de l’appartement de sa grand-mère à la fin des années 1970. De l’autre côté, c’est le salon de sa mère dans les années 1980 que l’artiste a reconstitué. Cette deuxième salle présente également plusieurs œuvres dont Courbet #4 (Marie Centered) une photographie qui a servi pour le tableau Sleep, d’après Le Sommeil (1866) de Gustave Courbet.
Après quelques tableaux où Thomas apparaît en lutteuse dans des costumes zébrés, «Les lutteuses», nous voici dans une vaste salle, «Avec Monet», où elle rend hommage à cet artiste qu’elle connaît d’autant mieux qu’elle a bénéficié en 2011 d’une résidence dans sa maison de Giverny. Nous y voyons, outre une réinterprétation du Déjeuner sur l’herbe de Monet, lui-même inspiré par Manet, un immense tableau (549 x 307 cm) représentant la maison de Monet et une installation avec cinq téléviseurs nous offrant des vues de Giverny. Dans une autre installation vidéo, Me As Muse (2016), avec douze écrans, Thomas se représente nue, allongée dans la pose d'une odalisque, tandis que des images de nus emblématiques de l’histoire de l’art ou de stars noires apparaissent autour d’elle.
L’exposition se poursuit à l’étage supérieur, dans une longue mezzanine qui surplombe les salles précédentes. Le premier thème, «Résiste», nous offre de grands tableaux inspirés du Guernica de Picasso où Thomas met en avant les luttes anciennes et présentes des noirs, et en particulier des femmes noires, comme Black Lives Matter, pour leurs droits.
La dernière grande section, «Collage» expose quelque vingt-cinq tableaux de toutes dimensions représentant des nus, des visages ou encore des paysages. Deux d’entre eux sont des modèles réduits de ceux que nous avons vus en très grande taille. Avec cette technique qu’elle perfectionne parfois en photographiant ses collages, Thomas poursuit une longue tradition que l’on retrouve chez Picasso, Matisse, ou encore la française Claude Cahun et l’américaine Faith Ringgold (Lettre 569). Enfin, au bout du parcours nous avons une vidéo de 20 minutes, Je, réalisée en partie à Paris, où Thomas se fait filmer par une tierce personne.
Une exposition imposante, bénéficiant d’une très belle scénographie, qui nous permet de mieux faire connaissance avec cette grande artiste. R.P. Grand Palais 8e. Jusqu’au 5 avril 2026. Lien : www.rmn.fr.

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