MACHU PICCHU
et les trésors du Pérou

Article publié dans la Lettre n°552 du 20 juillet 2022



 
Pour voir le parcours en images et en vidéos de l'exposition, cliquez ici.

MACHU PICCHU ET LES TRÉSORS DU PÉROU. Après Ramsès II (Lettre 439), Toutankhamon et le Trésor du Pharaon (Lettre 484) et Pompéi dont nous n’avions pas rendu compte, World Heritage Exhibitions revient à Paris pour nous présenter, après la Floride, sa nouvelle exposition. Machu Picchu, quel nom évocateur, propre à nous attirer, surtout lorsqu’il est associé à « Trésors du Pérou ». En fait si la célèbre cité inca, fondée en 1440 par l’empereur Pachacutec est une destination incontournable quand on visite le Pérou, on ne trouve dans la présente exposition que huit objets relativement banals provenant de cette cité tombée dans l’oubli après l’arrivée des espagnols. Ce n’est qu’en 1911 qu’un historien de l’Université Yale, Hiram Bingham, prend conscience de l’importance de ce site, recouvert par la végétation, et le révèle au monde. Aujourd’hui, il y aurait peut-être 40 000 objets provenant de Machu Picchu en possession de l’université Yale qui rechigne à les rendre au Pérou, alors qu’Hiram Bingham n’avait l’autorisation de les présenter aux États-Unis que pour une période de dix-huit mois !
Heureusement, les espagnols qui capturent l’Inca Atahualpa en 1532, et les archéologues étrangers n’ont pas pu emporter tous les trésors laissés au fil des millénaires par les divers peuples qui habitèrent les Andes. C’est ainsi que le Musée Larco, une institution privée de Lima, détient plus de 45 000 œuvres de nature variée, dont 38 000 céramiques mochica. C’est ce musée qui a prêté, hormis les huit mentionnées plus haut, les quelque 180 pièces exposées ici.
Le parcours se veut immersif et se termine même par une « expérience de réalité virtuelle » (avec un supplément). Il s’intéresse assez peu à l’histoire et aux modes de vie de la douzaine de cultures qui ont réalisé les objets présentés ici, depuis la culture chavin (1250 - 100 av. J.-C.) jusqu’à la culture inca (1350 - 1532 apr. J.-C.). En revanche, il s’étale longuement sur les aventures du héros mythologique mochica Ai Apaec ou sur les cérémonies de sacrifice comme si ces peuples passaient plus de temps à égorger les vaincus au sommet des temples qu’à labourer et irriguer leurs terres en terrasses.
Heureusement les objets sont là, nous émerveillent, nous étonnent ou nous amusent. Pas de présentation chronologique. Les objets sont présentés par thème. Par exemple, les croyances réelles ou supposées des peuples andins, grâce « à la lecture des objets trouvés dans les tombes royales ». Ce serait le cas de ces étonnantes sculptures érotiques, une exclusivité mochica, dès le début du parcours, ou de ces scènes de chasse du daim ou de sacrifice humain. Les panneaux didactiques ne laissent aucun doute sur ce qui est écrit. Le conditionnel est banni et l’on ne trouve que deux ou trois « peut-être » alors que les archéologues ont encore plein de questions sans réponses sur les cultures andines.
La salle la plus spectaculaire est celle où l’on peut admirer une douzaine de parures retrouvées dans les tombes des hauts dignitaires. L’une d’entre elles, de culture Chimu (1100 - 1470 apr. J.-C.), comprend sept pièces en or qui ont échappé à la razzia des conquistadores. Au fil de la vingtaine de salles qui jalonnent le parcours, au milieu des vidéos de toutes sortes et des dessins peints sur les murs, nous trouvons un grand nombre de pièces exceptionnelles. Citons, dès l’entrée, un étendard en plumes de guacamayo (culture huari, 600 - 800 apr. J.-C.) ; puis un bol cérémoniel bimétallique, en or et en argent (culture chimu, 1100 - 1470 apr. J.-C.) ; une céramique à anse étrier représentant une transformation chamanique (culture cupisnique, 1250 – 100 av. J.-C) ; un masque funéraire représentant le visage d’Ai Apaec (culture mochica, 100 - 800 apr. J.-C.) ;  une tenue cérémonielle de guerrier dont la chemise, couverte de disques dorés, a été reconstituée (culture mochica) ; les ornements d’oreilles, en or et en turquoise de cette même tenue sont de toute beauté ; une céramique à anse étrier avec des dessins d’une très grande finesse représentant une cérémonie de sacrifice et de présentation de la coupe (culture mochica) ; une tenue funéraire tissée aux points noués, comme les kilims (culture lambayeque, 700 - 1300 apr. J.-C.) ; un tambour chaman en céramique (culture nasca, 100 - 600 apr. J.-C.) ; un grand gobelet cérémoniel (kéro) en or et argent (culture lambayeque) ; des pacchas ou « canaux » en céramique pour offrir de la chicha, une boisson sacrée, à la terre-mère Pachamama (culture inca, 1350 - 1532 apr. J.-C.) ; une coiffe frontale à plumes métalliques en or (culture chimu) ; une coiffe frontale avec félin et condors, elle aussi en or (culture mochica) et enfin, pour ne pas les citer toutes, un de ces fameux quipu inca, un système qui permettait d’enregistrer des informations comptables ou historiques avec des cordelettes et des nœuds. Des objets extraordinaires mais une présentation un peu trop « commerciale ». R.P. Cité de l’Architecture et du Patrimoine 16e. Jusqu’au 5 septembre 2022. Lien : www.citedelarchitecture.fr


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