LEONORA CARRINGTON. La vie et l’œuvre de l’artiste. C’est la première grande exposition monographique consacrée en France à cette artiste singulière. Née dans le comté anglais du Lancashire, d’une riche famille d’origine irlandaise, Leonora Carrington (1917-2011) est fascinée par les contes de fées irlandais que lui content sa mère, sa grand-mère maternelle et sa nourrice. A dix ans elle dessine dans un cahier une mythologie personnelle qu’elle intitule «Animaux d’une autre planite». En 1932, elle part pour l’Italie et s’inscrit dans une école à Florence. C’est son premier contact avec les maîtres italiens du Trecento et du Quattrocento. Néanmoins la série d’aquarelles Sisters of the Moon qu’elle peint à cette époque n’a aucun rapport avec ceux-ci. Elle représente des femmes dotées de forces obscures et lumineuses qui dominent des éléments de la nature et symbolisent la dualité féminine. On y trouve déjà la plupart des thèmes qui accompagneront l'artiste tout au long de sa carrière. Après un séjour à Paris où elle poursuit sa formation de peintre, elle rentre en Angleterre, s’inscrit en 1936 dans une école à Londres et découvre le Surréalisme dans une exposition où elle est particulièrement impressionnée par un tableau de Max Ernst. Grâce à une amie, elle fait la connaissance de ce dernier avec lequel elle entame une liaison. Cela les conduira à Paris, puis, en 1938, à Saint-Martin-d’Ardèche, dans le sud de la France où elle achète une maison avec l’argent envoyé par sa mère.
Mais la guerre arrive, Ernst est emprisonné et Carrington s’enfuit en 1940 en Espagne où elle est violée par des soldats franquistes. Traumatisée, elle est internée à la demande de ses parents dans une clinique psychiatrique à Santander où on lui administre des médicaments qui provoquent des crises d’épilepsie. Libérée en 1941, elle retrouve à Madrid un diplomate et poète mexicain, Renato Leduc, qu’elle épouse au consulat britannique de Lisbonne. Le couple part ensuite pour New York où Carrington retrouve des artistes européens comme André Breton ou Marcel Duchamp. Fin 1942 le couple s’installe à Mexico et en 1943, il divorce.
À Mexico, Carrington fait la connaissance d’autres artistes dont Luis Buñel, Remedios Vara qui deviendra son amie, et Chiki Weisz qu’elle épousera en 1946. Sa vie se partage alors entre New York et Mexico où elle sera considérée comme l’une des plus importantes artistes féminines, au même titre que Frida Kahlo et Remedios Varo.
Cette vie aventureuse lui inspirera plusieurs livres rapidement évoqués dans la présente exposition. Celle-ci, riche de 126 œuvres, est la plus complète en ce qui qui concerne l’œuvre de Leonora Carrington en Italie et en France. Le parcours est divisé en six sections portant des titres inspirés par des formules d’artistes ou d’historiens de l’art ayant connu Carrington. Elle commence avec des photos de famille, un diorama des «Animaux d’une autre planite», une douzaine d’aquarelles de la série Sisters of the Moon et d’autres peintures.
Elle se poursuit avec « La Mariée du vent », un qualificatif que lui a donné Max Ernst. On y voit des œuvres réalisées par les deux artistes dans la maison de Saint-Martin-d’Ardèche, «œuvre d’art totale», diverses toiles où les chevaux, animaux fétiches de l’artiste, sont souvent présents, et un grand nombre de photographies prises tant en France qu’à New York.
La section suivante, « Dépaysement », présente des peintures exécutées dans son nouveau pays, le Mexique. Elle utilise de nouvelles techniques et de nouveaux formats comme celui de la prédelle, très allongé. Les sujets sont plus apaisés que ceux de sa période new yorkaise, tout en étant encore souvent énigmatiques.
Avec «Le voyage de l’héroïne», nous voyons des œuvres inspirées par des personnages historiques et mythologiques tels Zoroastre ou Bouddha. On y voit aussi des sculptures et un diaporama de son tarot personnel, jamais montré de son vivant, Arcanes Majeurs, 1950.
Dans la cinquième section, «L’obscurité lumineuse», sont exposées des peintures complexes, inspirées par des traditions ésotériques réservées aux initiés. Ici les cartels développés sont les bienvenus!
La dernière section, « Cuisine alchimique », nous montre des peintures dans lesquelles Carrington fait le lien entre la cuisine et la magie, deux thèmes qui l’ont profondément inspirée. On y voit aussi un tableau complexe, Une carte de l’animal humain, 1962, qui pourrait être une réponse à l’anthropocentrisme de l’«Homme de Vitruve» de Leonard de Vinci, si l’on en croit le cartel! Une belle exposition, bien documentée, riche en œuvres énigmatiques. R.P. Musée du Luxembourg 6e. Jusqu’au 19 juillet 2026. Lien : www.museeduluxembourg.fr.