KÁROLY FERENCZY
Modernité hongroise

Article publié dans la Lettre n°642 du 8 juillet 2026



 
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KÁROLY FERENCZY. Modernité hongroise. Une fois de plus le Petit Palais met à l’honneur un peintre, aussi célèbre dans sa Hongrie d’origine, qu’il est méconnu en France. Károly Freund (1862-1917), qui « magyarisera » son nom en Ferenczy, nait à Vienne à une époque où l’empereur d’Autriche est aussi roi de Hongrie. Son père, un haut fonctionnaire hongrois, l’invite à étudier le droit à Budapest et à s’occuper du domaine familial. En 1880-1881, il suit des cours d’histoire de l’art consacrés à la Renaissance italienne et, en 1884, il fait un long séjour en Italie avec la peintre Olga Fialka, une cousine éloignée, de 14 ans son ainée, qu’il épouse en 1885. Leur premier fils, Valér, naît une semaine après leur mariage et leurs jumeaux, Noémie et Benjámin, surnommé Béni, en 1890. C’est durant ce voyage en Italie que se révèle le talent de peintre de Ferenczy. Il fait ensuite des voyages à Munich où il découvre le symbolisme, à Naples où il s’inscrit à l’académie des Beaux-Arts et, en 1887, à Paris où il étudie à l’académie Julian, se familiarisant avec le naturalisme et la peinture de Bastien-Lepage. Malgré ces influences multiples, Ferenczy n’est ni symboliste, ni naturaliste, ni nabi, ni impressionniste, mais un peu tout cela à la fois. Tandis qu’Olga expose une dernière fois ses œuvres à Budapest et renonce à la peinture pour se consacrer à ses enfants, Károly, dont le style s’affine, devient de plus en plus célèbre.
Les commissaires ont conçu le parcours en trois «temps» regroupant douze sections à la fois chronologiques et thématiques. Il commence avec deux tableaux montrant Ferenczy ajustant la pose de son modèle dans des environnements différents, une forêt et son atelier, accrochés de part et d’autre de son Autoportrait (dans l’atelier) (1903).
Après cette entrée en matière commence le premier «temps», «Un artiste en devenir (1884-1896)». En 1889, Ferenczy s’installe avec sa famille à Szentendre, près de Budapest. Ses premières toiles témoignent de ses «racines européennes» - il lit aussi bien le hongrois, que l’allemand, le français, l’anglais et l’italien - et de l’influence du naturalisme (Jeunes garçons jetant des cailloux, 1890; Devant les affiches, 1891). La section suivante «Visages familiers» nous montre l’importance de la cellule familiale dans la vie et l’œuvre de Ferenczy. Outre son propre portrait par Olga Fialka, nous y voyons les portraits de cette dernière et de leurs trois enfants. La dernière section de ce «temps 1»  nous montre enfin la diversité des sujets de Ferenczy, qui vient de s’installer avec sa famille à Munich en 1893, et son intérêt grandissant pour la nature (Chant d’oiseau, 1893), les sujets bibliques (Adam, 1894 -1895; L'Adoration des mages, 1895) et mythologiques (Orphée, 1894).
Vient ensuite, avec le «Temps 2: Un artiste accompli (1896-1906)» les toiles qu’il peint à Nagybánya, une petite ville minière aujourd’hui en Roumanie, où il s’installe en 1896 avec sa famille, rejoignant ses amis peintres qui y sont déjà afin de pratiquer leur art plus librement, comme le font en France les peintres de Barbizon. Les sujets sacrés, alors qu’il ne serait pas croyant, sont nombreux tels Le Sermon sur la montagne I, 1896; Le Sacrifice d'Abraham, 1901 ou un sujet plus rare, Joseph vendu par ses frères, 1900. Comme ses amis, dont quelques toiles sont exposées, il s’intéresse aussi aux habitants de cette région, peignant les paysans, les bucherons, les tziganes. Mais, surtout, sa peinture évolue vers un chromatisme puissant et une touche simplifiée, une période appelée «plein soleil», tant ce dernier est présent dans ses œuvres de plein air. On admire Au sommet de la colline, 1901 ou encore La Femme peintre, 1903 et toutes ses scènes de baigneurs dans les ruisseaux de Nagybánya.
Une section abondamment illustrée nous montre les dessins qu’il fit avec quatre autres peintres pour illustrer un livre luxueux du poète József Kiss (1843-1921), aujourd’hui peu connu. La présentation de l’ouvrage en novembre 1897 est à l’origine de la première exposition publique du collectif de Nagybánya à Budapest.
Le «Temps 3 : Ultimes expérimentations (1906-1917)» couvre une période d’intense activité. Ferenczy voyage à Paris, Londres, Venise et Florence (dans ces deux villes avec sa famille), participant à l’organisation de nombreuses expositions dans le monde entier, y compris à San Francisco. Ayant obtenu un poste de professeur à l’École des beaux-arts de Budapest, il revient au travail d’atelier. C’est ce que nous montrent ses nus qui semblent dialoguer avec la Renaissance italienne, voire avec Courbet (Jeune Femme tsigane, vers 1916). Mais Ferenczy ne s’intéresse pas qu’au nu, et il peint également des athlètes et des acrobates. Plus que jamais les portraits sont une part essentielle de son travail. On voit dans la section qui leur est consacrée ses enfants (Double portrait (Noémi et Beni Ferenczy),1908) et de nombreux amis ou personnages influents. Dans cette même section sont exposées quelques caricatures, y compris une autocaricature, preuve que Ferenczy ne manquait pas d’humour.  Une section est consacrée à la Piéta, son dernier tableau sacré, sur lequel il travaille en 1913 et 1914, le présentant à Venise et à Budapest avant de le découper, déjà comme d’autres toiles, pour une raison inconnue.
L’exposition se termine par des paysages aux tonalités sourdes où il représente des maisons forestières, des archers – lui-même aimait le tir à l’arc – ou encore des jardins devant des murs rouges.
Une exposition très réussie avec une magnifique scénographie, des panneaux et cartels intéressants et bien lisibles et aussi un parcours pour les enfants plutôt original qui leur apprend à déchiffrer un tableau. L’une des expositions les plus intéressantes en ce moment à Paris. R.P.  Musée du Petit Palais 8e. Jusqu’au 6 septembre 2026. Lien: www.petitpalais.paris.fr.


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