LE GRAND DAUPHIN
(1661-1711)

Article publié dans la Lettre n°629 du 7 janvier 2026



 
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LE GRAND DAUPHIN (1661-1711). Le château de Versailles consacre cette exposition à un prince tombé aujourd’hui dans l’oubli, alors qu’il fut l’un des personnages les plus importants dans le royaume de France sous Louis XIV. Saint-Simon, qui ne l’aimait pas, le qualifia en ces termes: « Fils de roi, père de roi, jamais roi». C’est à partir de cette définition, que Lionel Arsac, commissaire de cette exposition, a conçu le parcours.
La première partie, «Fils de roi» décrit la vie de Louis de France (1661-1711), fils de Louis XIV (1638-1715) et de Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683) avant son mariage. Il était surnommé «Monseigneur» sur décision de son père et ce n’est qu’à sa mort qu’on le désigna sous le nom de «Grand Dauphin». Nous pouvons voir de nombreux portraits de lui enfant, dès l’âge de deux ou trois ans, et de ses parents à la même époque. Viennent ensuite deux sections consacrées à la formation du Grand Dauphin. Louis XIV veut préparer son fils au métier de Roi, mieux qu’il ne l’a été lui-même. Il s’implique personnellement dans le choix des précepteurs et des matières qui lui sont enseignées. Le nombre de personnes en charge de Monseigneur est imposant. Parmi celles-ci on note surtout Bossuet qui devient son précepteur. Le prince reçoit des enseignements, avec des outils pédagogiques souvent novateurs, en héraldique, histoire de France, religion, mathématiques, géographie. Futur chef des armées, il est aussi initié à la guerre. On voit des maquettes de canons, les projets d’étendards avec les devises (cornettes) qui furent proposés dès ses quatre ans, et surtout le Portrait du Grand Dauphin (1708) par Hyacinthe Rigaud, qui le représente en vainqueur de Philippsbourg, son principal exploit militaire.
Dans cette première partie, la reconstitution de la chambre de Monseigneur, aménagée aux Tuileries en 1666, avec les grandes toiles de Jean-Baptiste de Champaigne qui nous sont parvenues, est particulièrement remarquable. Celles-ci décrivent, entre autre, la formation d’Achille par le centaure Chiron au tir à l’arc, à la course de chars, au maniement des armes, etc. des références utiles pour le prince.
La deuxième partie, «Père de roi», commence par une évocation de la famille du Grand Dauphin. Son mariage en 1680 avec la princesse Marie-Anne de Bavière (1660-1690). Leurs trois enfants, Louis, duc de Bourgogne; Philippe, duc d’Anjou et Charles, duc de Berry. En 1700, Charles II de Habsbourg, roi d’Espagne, des Indes, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, souverain des Pays-Bas, meurt sans enfant. Il lègue sa couronne et ses immenses possessions au duc d’Anjou, son petit-neveu qui prend le nom de Philippe V d’Espagne. Il a 17 ans et durant les dix-huit jours qu’il demeure à Versailles avant de partir pour sa nouvelle patrie, son père doit lui céder le pas, ce qui laisse Louis XIV songeur.
La troisième partie, «Jamais roi», évoque avec force objets provenant de divers musées internationaux (Louvre et Prado en particulier) et de collections privées, la vie du Grand Dauphin. Fils de Louis XIV, il doit tenir son rang. À ce titre il possède une collection d’œuvres les plus diverses. Nous voyons des toiles, commodes, tables, sculptures qu’il a rassemblées. L’évocation du mythique Cabinet des Glaces de son appartement à Versailles, où il fallait mettre des chaussons pour ne pas abîmer le parquet en marqueterie est époustouflante. On y trouve une quinzaine d’objets de toute beauté, dont plusieurs, tels ce Vase en forme de bougie, cette Coupe en jade, cette Fontaine de table ou encore ce Vase Fonthill, sont sans équivalents.
La section suivante nous présente les divertissements du Grand Dauphin. La chasse et en particulier la chasse au loup, les spectacles en tous genres: théâtre, opéra, bals masqués et carrousels équestres.
Viennent ensuite des salles consacrées au château de Meudon, racheté par Louis XIV à la veuve de Louvois pour en faire la demeure de Monseigneur. Celui-ci y fait des travaux considérables tant dans le château que dans les immenses jardins clos de vingt-cinq kilomètres de murs. Il fait construire un nouvel édifice, le Château-Neuf, terminé en 1709, deux ans avant sa mort. L’exposition évoque plusieurs pièces emblématiques ainsi que les chefs-d’œuvre qui les ornaient. Nous avons ainsi le Salon des Maures, le Salon du Billard et la Chapelle du Château-Vieux. Puis le Château-Neuf, chaînon manquant de l’histoire du décor reliant le siècle de Louis XIV à celui des Lumières, et enfin les  jardins avec leurs nombreux bassins et la Grande Perspective. Tout cela fait rêver mais il ne reste rien de ce château. En 1795, un incendie se déclare dans le Château-Vieux et Napoléon le fait alors détruire. Il embellit ensuite le Château-Neuf pour son fils mais, en 1871, ce site stratégique est occupé par les Prussiens. Le Château-Neuf subit un bombardement depuis Paris et, à son tour, est ruiné par le feu. Aujourd’hui le site est occupé par l’Observatoire de Paris.
Le parcours se termine par une évocation de la mort du Grand Dauphin, en 1711 à l’âge de 49 ans, laissant Louis XIV et la Cour abasourdis. Il avait contracté la variole. Aucun monument funéraire ne lui est consacré à Saint-Denis et il tombe rapidement dans l’oubli. Ses héritiers décèdent à leur tour et c’est son petit-fils Louis, duc d'Anjou, qui deviendra roi à cinq ans, en 1715, sous le nom de Louis XV.
Une exposition étourdissante avec presque 250 œuvres et une magnifique scénographie de Philippe Pumain. R.P. Château de Versailles 78. Jusqu’au 15 février 2026. Lien: www.chateauversailles.fr.


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