EVA GONZALÈS
Parcours d'une artiste libre

Article publié dans la Lettre n°644 du 7 octobre 2026



 
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EVA GONZALÈS. Parcours d’une artiste libre. C’est la première exposition monographique d’envergure consacrée à cette artiste tombée elle-aussi dans l’oubli après celle organisée peu après sa mort. Pourtant Eva Gonzalès (1847-1883) connaît la célébrité en son temps. Issue d’un milieu bourgeois aisé et cultivé, père journaliste et homme de lettres reconnu, mère musicienne tenant un salon littéraire et mondain, elle peut donner libre cours à sa vocation artistique. Elle se forme dans l’atelier du portraitiste mondain Charles Chaplin, l’un des rares à accueillir les dames, telle Mary Cassatt ou Louise Abbéma. Elle le quitte au bout d’un an, en 1867, et fait la connaissance d’Édouard Manet (1832-1883) en 1869. Manet est charmé par sa beauté et ses qualités d’artiste et l’admet comme élève. Ce sera le seul qu’il n’ait jamais eu. Comme lui, elle présentera ses peintures et pastels au Salon, tout en se présentant comme l’élève de Chaplin et non de Manet, trop contesté. Néanmoins, les critiques reconnaîtront sans peine l’influence du père de l’Impressionnisme avec des tableaux tels L’Enfant de troupe (1870) ou Une loge aux Italiens (1874) qui évoquent Le Joueur de fifre (1866) et Le Balcon (1869). Comme Manet, elle ne participera jamais aux Expositions des Impressionnistes.
Le parcours suit un ordre chronologique dans un très beau décor qui met bien en valeur les quelque soixante-dix peintures et pastels - dont plus de quarante d’Eva Gonzalès - sans compter des éventails, des gravures et des photographies. Une section est consacrée à sa formation chez Charles Chaplin, une autre à sa rencontre avec Manet dont on voit l’imposant Portrait d’Eva Gonzalès (1870).
Vient ensuite une section consacrée à sa rencontre avec le peintre et graveur Henri Guérard (1846-1897) avec lequel elle se fiance en 1876 et finit par épouser en 1879. Les commissaires nous présentent une douzaine de peintures et gravure de Guérard, dont plusieurs de son chien Azor ainsi qu’une dizaine d’éventails dans le style japonais alors à la mode. Il est manifeste qu’une réelle complicité régnait entre les deux artistes, Eva prenant son mari comme modèle masculin et Henri Guérard gravant des peintures de son épouse ce qui augmentait sa notoriété.
Après une section consacrée aux peintures de Gonzalès en Normandie et plus particulièrement à Dieppe, lieu de villégiature huppé où sa famille se rend plusieurs mois chaque année, nous abordons les toiles où se manifestent la personnalité et le propre style de l’artiste jusqu’à ses derniers jours. On admire le Portrait de Jeanne Gonzalès (v. 1870-1872) l’un des nombreux portraits de sa sœur Jeanne (1852-1924); La Femme en bleu (v. 1871-1872); La Matinée rose (1874); L’Alcôve (v.1875-1878); Le Réveil (1877); Miss et bébé (v. 1877-1878); La Promenade à âne (Henri et Jeanne) (v. 1880-1882) ou encore Roses dans un verre (vers 1875), une rare nature morte.
Eva Gonzalès décède en 1883, la même année que Manet (avec lequel elle resta toute sa vie en contact), âgée de 36 ans seulement, 18 jours après la naissance de son fils Jean-Raimond Guérard (1883-1953) qui consacra sa vie à perpétuer le souvenir de ses parents. Cinq ans plus tard, Henri Guérard se remariait avec Jeanne, sa belle-sœur et mère de substitution du petit Jean-Raimond.
Une dernière section est consacrée aux «Femmes artistes». Dans un siècle encore peu favorable au succès des femmes, il fallait une très grande détermination pour ne pas «être perçue et définie comme la fille de, l’élève de, l’épouse de, l’artiste femme au talent si «féminin» ou peignant «comme un homme»», comme cela est rappelé dans l’Introduction. Marie Bracquemond (1840-1916), Berthe Morisot (1841-1895), Mary Cassatt (1844-1926), dont on voit des tableaux, ont franchi les obstacles et se sont affirmées simplement en tant que peintres.
Une très belle exposition avec de nombreux cartels développés et un parcours pour enfants qui devrait plaire au jeune public. R.P. Petit Palais 8e. Jusqu’au 24 janvier 2027. Lien: www.petitpalais.paris.fr.


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