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(BRION GYSIN. Le dernier musée. Le musée d’Art moderne de Paris consacre à Brion Gysin (1916-1986), artiste largement méconnu, sa première rétrospective parisienne. Né au Royaume-Uni, Gysin, grand voyageur, a vécu de nombreuses années à Paris. Tout d’abord, dans les années 1930 lorsqu’il est étudiant à la Sorbonne. Puis dans les années 1960 lorsqu’il fréquente les artistes de la Beat Generation au fameux Beat Hôtel, 9 rue Gît-le-Cœur, Paris 6e. Enfin de 1973 à sa mort, dans un appartement situé en face du futur Centre Pompidou, alors en construction. Peu avant de mourir, il fait don des œuvres restées dans son atelier à la ville de Paris. C’est grâce à ce fonds, constitué de plus de 140 œuvres de l’artiste, la plus vaste collection au monde d’ouvrages de Gysin, ainsi que de prêts de collections publiques et privées, que cette exposition existe.
Le cheminement de celle-ci est constitué de sept sections qui retracent les grandes étapes du parcours créatif de cet artiste inclassable. Il commence avec des œuvres illustrant son intérêt pour le rêve, le surréalisme et les effets des drogues, telles que la mescaline et la psilocybine, sur l’esprit («Rêver»). Gysin se lie alors avec le mouvement surréaliste. Comme dans les prochaines sections, les commissaires associent aux œuvres de Gysin celles d’autres artistes tel Victor Hugo (Tache dentelle, 1855-1856). La deuxième section «Voyager» montre l’impact qu’ont eu sur lui les principaux lieux de ses voyages à travers le monde. Né en Angleterre, élevé au Canada, il étudie en Grande-Bretagne, en France et en Espagne. On le voit ensuite en Grèce, en Algérie, à New-York, puis, après la guerre, qu’il fait sous l’uniforme canadien, on le retrouve au Maroc, en particulier à Tanger où il ouvre un restaurant, Les Mille et Une Nuits, ainsi qu’en France, en Angleterre, à New-York et à Venise où il loge chez la galeriste Peggy Guggenheim. Cette section est illustrée de dessins et de peintures inspirés par le Maroc et par les fenêtres de sa chambre au Peggy Guggenheim's Palazzo, ainsi que par des dessins de Mohamed Hamri, artiste autodidacte à qui Gysin avait donné une boîte de couleurs. Vient ensuite une section («Permuter / Écrire-dessiner») qui aborde les différentes facettes de son processus créatif. Il découvre le cut-up, une technique qui consiste à couper dans un texte et à réarranger les morceaux de façon aléatoire, sorte de réminiscence du dadaïsme. Il procède aussi à des permutations d’un même sujet sur la toile (Permutation I, II, II, IV, 1959; Ensemble de 4 dessins permutés, 1959-1961) et aussi à peindre sur des textes (Untitled (Naked Lunch), 1964). Il est aussi très inspiré par les calligraphies arabe et japonaise et réalise, quelques mois avant sa mort, Calligraffiti of Fire (1985), une calligraphie monumentale de dix panneaux s’étalant sur plus de 16 mètres de long dans le style des makemono, ces livres dépliants japonais. Nous arrivons alors à sa principale invention, la Dreamachine, un cylindre rotatif pourvu de fentes et d’une ampoule en son centre. La rotation du cylindre fait que la lumière émise par l’ampoule traverse les fentes à une fréquence particulière qui aurait la propriété de plonger le cerveau dans un état de détente et de procurer des visions à l'utilisateur, lorsque celui-ci regarde la Dreamachine les yeux fermés, à travers ses paupières. La cinquième section, «Jouer», nous montre d’autres facettes de cet artiste protéiforme qui se fait connaître par de nombreuses performances, telles des récitations de poèmes accompagnées d’enregistrements musicaux, mêlant, en particulier, rock et free jazz ou encore par la peinture en public de grandes calligraphies dans une gestuelle soigneusement chorégraphiée. La section «Ensorceler» évoque son influence sur de nombreux artistes, tels John Giorno, Keith Haring ou encore Louis Jammes qui ont été proprement envoûtés par son charisme et sa manière très particulière de se comporter. Le parcours s’achève avec «Révéler», qui présente les dernières œuvres de Gysin, des photographies de monuments parisiens, en particulier le chantier de Beaubourg, devant ses fenêtres, et de ses proches. Dans l’ouvrage de Richard Rogers et Renzo Piano, il reconnaît la grille qui structure nombre de ses propres œuvres. Il écrit alors son ultime roman, Le dernier musée, qui n’a jamais été intégralement publié. Une exposition originale et variée, bien documentée, qui nous fait découvrir un artiste dont on ne parle que rarement aujourd’hui. R.P. Musée d’Art moderne de Paris 16e. Jusqu’au 12 juillet 2026. Lien : www.mam.paris.fr. Pour vous abonner gratuitement à la Newsletter cliquez ici
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