ON NE BADINE PAS AVEC L’AMOUR d’Alfred de Musset. Mise en scène Stéphane Douret. Avec Jeanne Zuccarelli, Mateo Autret Vasquez, Mathilde de Closets, Fabien Saez, Peio Carrere, Karl Eberhard, Clémentine Torchet ou Manon Sauvage, Jean Segura, Victor Combalbert.
Promis l’un à l’autre depuis leur plus tendre enfance, deux cousins Perdican et Camille se retrouvent après dix ans d’une absence consacrée à l’étude pour l’un et à l’éducation stricte du couvent pour l’autre. Persuadé de l’accord tacite des fiancés, le baron est aux anges. Mais si Perdican est charmé par la beauté de sa cousine, il l’est moins par son ton provocateur. Les religieuses du couvent n’ont pas manqué d’instruire la jeune fille des périls de l’amour et du mariage. Convaincue que son consentement est la porte ouverte à la déception et à la souffrance, Camille ne fait pas mystère du motif de sa venue: «Recueillir» le bien de sa mère et revenir au plus tôt auprès des religieuses. Elle adresse une missive au couvent où elle laisse entendre que son refus a désespéré son cousin. L’orgueil «le plus fatal des conseillers humains» pique Perdican qui a intercepté le courrier. Il use de la naïveté de Rosette, sœur de lait de Camille, pour se venger.
Marqué par sa liaison passionnelle avec George Sand, Alfred de Musset brosse de l’amour et du mariage un portrait désenchanté. Il dénonce les ravages de l’éducation religieuse mais défend l’idéal de l’amour humain et l’acceptation des souffrances qu’il cause dans le célèbre monologue de Perdican, formulé de la plus belle des manières par Mateo Autret Vasquez. La critique du milieu social et du clergé dans lesquels il évolue est vive. Musset s’attache à représenter des personnages grotesques, comme Pluche, Blazius et Bridaine, ou coincés dans le carcan de leur rang social comme le baron, qui servent aux intermèdes comiques.
La mise en scène énergique et sans temps mort fait fi de l’exiguïté de la scène. Costumés à la diable, les comédiens à l’unisson posent un regard moderne et pertinent sur ce petit chef-d’œuvre. Le suspens ne faiblit pas jusqu’à la dernière réplique glaçante prononcée par Camille, excellente Jeanne Zuccarelli. M-P P. Théâtre de Poche Montparnasse 6e.