L’AMBIGU

Article publié dans la Lettre n°613 du 2 avril 2025


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L’AMBIGU. De Roland Topor. Mise en scène Carmen Samayoa. Chorégraphie Shimehiro Nishikawa. Avec Fabrice Delorme.
Depuis l’œuvre de Tirso de Molina ou de Molière, Le personnage de Don Juan attise l’imagination. Au cliché classique d’un homme dans la force de l’âge, bourreau des cœurs, Roland Topor imagine un homme vieillissant qui aspire au calme.
Pourchassé par les frères, les pères et les maris de ses larmoyantes conquêtes, Don Juan s’est retiré dans une vieille demeure. Tout à sa toilette, il décide de raser barbe et moustache pour ne pas être reconnu. Mais le visage qu’il contemple dans un miroir ne lui est plus familier. Ce sont des traits féminins qu’il considère.
En négligé chic, assis dans un fauteuil club, Fabrice Delorme énonce des didascalies qu’il suit plus ou moins. La sobriété est de mise tant dans le décor, la mise en scène que dans l’interprétation. Pas de miroir où pourrait se refléter le visage féminin qu’il découvre, pas de serviteur, pas de travestissement ni de maquillage outranciers. Il se pare seulement d’un kimono pour exprimer les sentiments de la découverte du corps de Jeanne tapi dans celui de Don Juan.
La part féminine dissimulée en lui révélée, celui-ci va en explorer les limites. Fabrice Delorme interprète avec une élégante subtilité la stupeur de ce dédoublement soudain et l’excitation de cette découverte: «Moi qui ai collectionné tant d’amours lointaines…, j’étais une huître, recelant une perle à mon insu !». Mais le rêve de réunir deux corps en un seul, cette union parfaite de leurs âmes, est illusoire, Tous les deux enfermés dans une même enveloppe, ils passent de la promesse d’une harmonie conjugale à un affrontement sans merci. La dévirilisation du héros est progressive. Exécutant les pas calculés du Kabuki, Fabrice Delorme dénoue le fameux nœud de la longue ceinture qu’il a auparavant nouée puis ôte son kimono pour le plaisir de remettre « ses vieux vêtements ». Mais la femme, en lui, occupe toute la place et se venge.
Carmen Samayoa, Shimehiro Nishikawa et Fabrice Delorme signent une remarquable représentation de cette pièce si singulière, écrite un an avant son décès par un auteur très inspiré. M-P P. Le Guichet Montparnasse 14e.


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