Les Fabuleuses - épisode 4 : LA DÉCOUVREUSE OUBLIÉE. Marthe Gautier et la découverte de la trisomie 21. Texte Élisabeth Bouchaud. Mise en scène Julie Timmerman. Scénographie Luca Antonucci. Avec Marie-Christine Barrault, Marie Toscan, Matila Malliarakis, Mathieu Desfemmes.
Née en 1925 dans une famille d’agriculteurs de Seine-et-Marne, Marthe Gautier n’était pas destinée à entreprendre des études de médecine. La mort de sa sœur aînée d’une balle perdue à la libération décida de son destin. Une fois médecin, elle partit aux États-Unis pour compléter sa formation. Elle y apprit la technique de croissance cellulaire. À son retour, elle trouva un poste à l’hôpital Trousseau dans le service du Professeur Turpin qui étudiait le mongolisme avec l’intuition que son origine était chromosomique. La technique de croissance cellulaire pouvait lui en apporter la preuve et Marthe Gautier, pédiatre, était la seule en France à la maîtriser. Elle se mit à la tâche dans des conditions précaires, finançant sa recherche de ses deniers jusqu’à ce qu’elle prouve que l’origine du mongolisme était bien une anomalie chromosomique. Les enfants atteints de mongolisme possèdent 47 chromosomes au lieu de 46. Le microscope qu’elle utilisait ne permettait pas de prendre des photos de qualité pour la publication de ses résultats. C’est ici qu’intervint Jérôme Lejeune, l’assistant du Professeur Turpin. Il lui proposa d’emporter ses lames afin de réaliser de bons clichés à l’étranger mais ne les restitua pas. Couvert par Turpin, Lejeune s’appropria la découverte qu’il nomma trisomie 21.
Marthe Gautier pardonna comme toutes les autres et passa à autre chose, poursuivant une carrière qui la combla. Mais à la suite de sa découverte, les femmes enceintes de fétus trisomiques furent autorisées à avorter, puis la loi sur l’avortement fut adoptée. Catholique pratiquant, très engagé dans la lutte contre l’avortement, Lejeune lutta avec son association «Laissez-les vivre» mais ne put empêcher la promulgation de la loi malgré ses puissants appuis dont le pape. Une revanche pour Marthe Gautier qui, pourtant, laissa s’écouler cinquante ans avant de dévoiler la vérité sur sa découverte. En 2014, Le Comité d’Ethique de l’INSERM lui restitua la place qu’elle méritait.
Après avoir retracé les travaux majeurs de la physicienne Lise Meitner (la fission nucléaire), l’astrophysicienne Jocelyn Bell (la découverte des pulsars) et la chimiste Rosalind Franklin (la structure à double hélice de l’ADN), Élisabeth Bouchaud met en lumière cette quatrième Fabuleuse. La mise en scène et la scénographie d’une belle clarté dynamisent d’excellents comédiens. Matila Malliarakis et Mathieu Desfemmes endossent plusieurs rôles, Marie-Christine Barrault incarne la scientifique dans la force de l’âge, laissant le soin à Marie Toscan de l’incarner jeune.
Un quatrième épisode passionnant, aussi édifiant et salutaire que les précédents. M-P P. Théâtre La Reine Blanche 18e.