CYRANO, RÊVER, RIRE, PASSER. D’après Cyrano de Bergerac. Adaptation Christine Weber. Mise en scène Christine Weber et José-Antonio Pereira. Avec Jacques Weber et José-Antonio Pereira.
Personne ne peut ignorer Cyrano de Bergerac, chef-d’œuvre d’Edmond Rostand que l’on voit et revoit avec le même bonheur. Considérée comme la dernière grande pièce en vers de l’histoire du théâtre, elle défie le temps, toujours aussi moderne, parce qu’elle renferme ce qui fait l’âme, le comportement et les sentiments humains.
Jacques Weber interpréta Cyrano en 1983 et ce souvenir reste si cher à son cœur qu’il monte aujourd’hui sur scène pour nous signifier, dans une belle adaptation de Christine Weber, son appartenance à ce personnage mythique et la joie profonde qu’il ressentit en l’interprétant.
Dans un décor changeant fait d’arbres et d’oiseaux, il commente les scènes les plus emblématiques, celle du nez, bien sûr, «l’identité profonde de quelqu’un». Il s’attache à relever les sentiments de son héros pour Christian et Roxane, sa profonde amitié pour Le Bret, sa haine de Montfleury. Et il démontre que même si la langue française est atone, l’emploi des alexandrins et des octosyllabes la rendent magnifique. La versification fait briller le célébrissime «à la fin de l’envoi je touche», le trivial «tu t’es mis sur les bras beaucoup trop d’ennemis» ou le si romantique «moi je ne suis qu’une ombre et vous une clarté».
Accompagné par José-Antonio Pereira, Le Bret confident, Jacques Weber célèbre les plus beaux monologues qu’il pare de quelques chansons: «Trois petites notes de musique», «Dis, quand reviendras-tu?» ou d’un poème, illustrant ainsi la mort de Christian par «Le Dormeur du val».
Le public enthousiaste se surprend à murmurer certains vers et il écoute nostalgique ce qui fait la beauté de notre culture et de notre langue. Rêver, rire et s’émouvoir avec Weber est un plaisir. M-P P. Théâtre La Pépinière 2e.