BOVARY MADAME. D’après Gustave Flaubert. Texte et mise en scène Christophe Honoré. Scénographie Thibaut Fack. Avec Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Julien Honoré, David Rao, Stéphane Roger, Ludivine Sagnier, Marlène Saldana, Vincent Breton, Nathan Prieur, Emilia Diacon, Salomé Gaillard.
Une piste de cirque, des gradins et un grand écran occupent la scène. Avec des gestes calculés, la parole éloquente, Madame Loyale présente l’illusionniste, l’acrobate, le clown, la voltigeuse… et une jeune femme en robe de mariée. Emma Bovary, oui c’est bien elle. «Qu’avez-vous à répondre à ceux qui disent que vous êtes morte?», est l’entrée en matière de la représentation. Monstre aux yeux d’ange, épouse adultère? On verra cela, ajoute la meneuse. Les deux femmes ont fait un pacte. Madame Loyale a recueilli Emma. En échange, celle-ci racontera son histoire. Emma se prête au jeu, exécutera même un numéro de trapèze mais la représentation ne se déroulera pas exactement comme le souhaite Madame Loyale.
Christophe Honoré a adapté le texte à partir du célèbre roman paru en 1857, imaginé à partir d’un fait divers, qui changea la perception des romans de l’époque et donna le nom nouveau de bovarysme à cette insatisfaction romanesque vécue par l’héroïne. Qui est-elle véritablement? Fascinée par les lectures romantiques d’adolescence, Emma s’est fait une idée de la vie inaccessible. Son mariage? Une erreur fatale. Ce que Charles considère comme un caprice c’est ce vide et cette insatisfaction de son existence à laquelle elle voudrait échapper et que les amants et les dépenses somptuaires ne comblent pas.
Les épisodes sont exécutés comme des numéros de cirque par des comédiens protéiformes galvanisés par la musique. Tartes à la crème, barbes à papa, hémoglobine à l’envi et scènes sulfureuses, Christophe Honoré opte pour un spectacle résolument provocant.
Le roman fut qualifié de «réalisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caractères», suite à sa publication. C’est ce même réalisme qu’offre la mise en scène. Restent la langue précise de l’auteur et ses si belles descriptions. On adhère comme le firent les lecteurs assidus, contemporains de Flaubert ou pas, comme les détracteurs qui poursuivirent l’auteur en justice. M-P P. Théâtre de la Ville - Sarah Bernhardt 4e.