LES BONNES

Article publié dans la Lettre n°643 du 23 septembre 2026


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LES BONNES. De Jean Genet. Mise en scène Carme Portaceli avec la troupe de la Comédie Française, Anna Cervinka, Élissa Alloula, Edith Proust.
Il y a 79 ans, Louis Jouvet créait dans son théâtre cette pièce devenue un classique du théâtre moderne. La Comédie Française a choisi ce lieu emblématique pour reprendre Les Bonnes dans une mise en scène de la directrice du Théâtre national de Catalogne, qui consacre une grande partie de son théâtre à des figures féminines.
L’argument est connu et il n’y a plus de suspense. Néanmoins on se laisse prendre au jeu tant l’histoire est captivante et l’interprétation extraordinaire. Le rideau se lève sur une vaste salle de bains, plutôt chic, disposée en angle, semblant se prolonger dans les premiers rangs. Salle allumée, sur des airs de rap, un personnage dispose une multitude de fleurs un peu partout. Puis, après l’annonce traditionnelle, le spectacle commence. Vêtue de noire, une bonne commence à habiller Madame, lui imposant une robe rouge alors qu’elle en veut une blanche. Voilà qui est déconcertant. La suite l’est encore plus puisqu’elle se termine par l’étranglement de Madame par la bonne quand un réveil se met à sonner. Nous constatons alors qu’il ne s’agit que d’un jeu, une cérémonie au cours de laquelle, à tour de rôle, les deux bonnes, deux sœurs, Solange et Claire, jouent à tuer leur Maîtresse. Elles ont déjà réussi à faire emprisonner Monsieur, son amant, au moyen d’une lettre anonyme, il ne reste plus que Madame.
Mais les événements ne se déroulent pas comme prévu. Monsieur est libéré et attend Madame au Bilboquet. Justement celle-ci arrive et les sœurs commencent à s’inquiéter, mettant au point un nouveau stratagème.
La suite est à l’avenant. Madame prend un bain, un vrai bain, puis donne ses robes et ses fourrures à ses bonnes, avant de les reprendre quand elle apprend que Monsieur l’attend au Bilboquet. Et elle n’a plus envie de boire le thé que Claire lui a préparé, comme convenu avec sa sœur. Madame une fois partie, la panique gagne les sœurs.
Genet expliquait qu’il n’avait pas écrit une pièce pour la défense des bonnes, elles avaient des syndicats pour cela, ni qu’il s’était inspiré du meurtre commis par les sœurs Papin. Son texte n’a pas besoin de telles références pour être très fort. «Madame nous aime comme ses meubles, comme son bidet» ; «La beauté de mon crime n’aurait voulu éteindre le feu de mon chagrin» et aussi «Tu ne peux pas la tuer pour si peu », à savoir pouvoir se promener dans l’appartement. La mise en scène met magnifiquement la pièce en valeur. Le choix de la salle de bains plutôt que celui de la chambre donne plus d’espace et de possibilités aux comédiennes. La disposition en angle permet aux bonnes d’interpeller directement les spectateurs, scotchés, jusqu’au dénouement tragique. Une totale réussite. R.P. Athénée Théâtre Louis Jouvet 9e.


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