LES BEAUX. Texte de Léonore Confino. Mise en scène Anne Coutureau. Avec Yasmin Van Deventer et Cédric Welsch.
Tous deux, ils sont beaux, amoureux, se contemplent dans une désarmante niaiserie, cochent toutes les cases de la réussite financière et ostentatoire. Il «chasse des têtes sans proie ni armes», elle tente de cacher son ennui de statistiques.
Leur appartement est à désespérer de vide sans âme. Leur conformité au modèle ambiant les priverait d’histoire, si le filigrane sonore ne résonnait pas de violence dans leur voisinage.
Mais il y a Alice… Autour de sa non-présence, de son mutisme étrange, va sourdre bientôt une explosion volcanique. Une incoercible crise de nerfs enfle sans entraves, parce que le jambon a été indûment dévoré par l’épouse en pleine dépression. Un prétexte bien futile mais qui en dit tellement long sur les non-dits en vertigineuse sédimentation. De quoi lui imputer à elle une vicieuse psychose post partum? De quoi lui accorder à lui un regard de compassion d’avoir à supporter en silence les soubresauts vindicatifs de son épouse? Enfin presque… Parce que le ver dans le fruit a rongé, dans le silence mutuel, ce duo-duel de haines recuites, jusqu’à l’anéantissement. Pour ne pas avoir perçu combien le désarroi de leur fillette était révélateur, ils n’échapperont pas aux hurlements, bris de meubles, saccage d’un lieu si propret.
Sur un champ de ruines, la crise s’apaise par consomption, Alice reparle, on s’avoue enfin toutes les scories accumulées. Un armistice, une paix?
Mais comment revient-on de tant de violence débridée, même si les mots amoureux du début se prononcent à nouveau, en apparence identiques?
Yasmin Van Deventer et Cédric Welsch s’en donnent à cœur-joie, à haine-joie, dans ce huis-clos à la limite de l’asphyxie. Le public assiste, fasciné, à leurs ébats, partagé entre les rires divers et le soulagement ultime. Indemne? Voire... A D. Théâtre de la Flèche 11e.