
L’AIDE-MÉMOIRE
Article
publié dans la Lettre n° 367
du
14 avril 2014
L’AIDE-MÉMOIRE de Jean-Claude Carrière.
Mise en scène Ladislas Chollat avec Sandrine Bonnaire et Pascal
Gregory.
La porte était entrouverte, Suzanne est entrée encore tout essoufflée
d’avoir monté les cinq étages avec ses bagages. Son regard amusé
balaie un instant les lieux, un studio impeccablement rangé avec
un dressing à faire pâlir d’envie, un regard, déjà, de propriétaire.
Jean-Jacques sort de la salle de bains, sa stupéfaction est évidente.
Que fait cette jeune femme chez lui, aux aurores ? Elle secoue son
imperméable mouillé de pluie tout en lui expliquant qu’elle cherche
un certain monsieur Ferran. Conseiller juridique, Jean-Jacques s’apprête
à partir pour son cabinet où ses affaires l’attendent. Il a déjà
organisé sa soirée, un dîner avec son associé et deux amies. Alors
qu’il se demande comment se débarrasser poliment de l’inconnue,
celle-ci marque déjà le territoire de ses vêtements. Elle tombe
sur un carnet et l’ouvre malgré les protestations de son propriétaire
: il s’agit de l’aide-mémoire d’un don Juan qui a passé sa vie à
conquérir les 134 femmes dont les prénoms y sont soigneusement notés.
Cette habitude vient de son manque de mémoire, c’est le seul moyen,
avoue-t-il, de garder un souvenir ténu de ses conquêtes.
« Je reviens mais vous m’avez oubliée », lui glisse-t-elle. « Non,
je ne vous connais pas », lui rétorque-t-il. Le nom de Suzanne ne
figure d’ailleurs pas dans le fascicule. Pressé, il lui permet de
rester se reposer un moment avant de repartir en quête de son ami.
Mais lorsqu’il rentre le soir, Suzanne est encore là. Pire, elle
a fait de la place dans le dressing et a suspendu une partie de
ses robes. L’ agacement de Jean-Jacques fait place à la colère mais
cela ne semble pas déstabiliser l’intruse qui suit son idée. De
plus en plus troublé, Jean-Jacques n’est pas insensible à son charme
en tout point désarmant...
Ladislas Chollat a gardé à bon escient l’époque des années soixante,
pour mettre en scène cette pièce créée en 1968 dans ce même théâtre.
La mise en scène et la scénographie distillent le suc de cette passe
d’armes subtile à laquelle se livrent les deux personnages, où tout
est suggéré de façon anodine entre deux répliques. Les deux comédiens
se prêtent à ce jeu de la séduction avec le même talent. Qui résisterait
au charme légendaire et au lumineux sourire de Sandrine Bonnaire,
magnifique dans ce rôle d’enchanteresse ? Pascal Gregory, excellent,
use de toute la palette de ses sentiments pour interpréter le rôle
d’un homme qui, tout à coup déstabilisé, rend peu à peu les armes.
Théâtre de l’Atelier 18e. Pour
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