LE GUIDE DU PARFAIT GENTLEMAN ASSASSIN. Livret Robert L. Freedman. Musique Steven Lutvak. Adaptation Stéphane Laporte. Mise en scène Virginie Lemoine, avec Gaëtan Borg, Benoît Cauden, Camille Nicolas, Emma Brazeilles, Sandrine Montcoudiol, Carole Deffit, Anne-Laure Triebel, Rachel Pignot, Jeremy Petit, Guillaume Beaujolais, Hervé Lewandowski et dix musiciens et musiciennes en alternance.
Ce spectacle musical est l’adaptation française d’un musical donné 905 fois à Broadway à partir de 2013. Mais tout le monde reconnaîtra dans celui-ci l’inoubliable Noblesse Oblige, sorti en France en 1950, dans lequel Alec Guinness interprétait le rôle des huit héritiers de la famille d'Ascoyne, femmes comprises. L’intrigue n’est pas très différente, à part le nom de la famille, D’Ysquith, et le nombre d’héritiers, sept.
Dans l’Angleterre de 1906, Monty Navarro, homme charmant mais sans le sou, apprend qu’il est huitième dans l’ordre de succession, pour hériter de la fortune colossale de la famille D’Ysquith et du titre de comte. En effet sa défunte mère a été reniée par sa famille car elle avait épousé un homme qui n’appartenait pas à la noblesse. Monty veut tout à la fois venger sa mère et obtenir le titre et la fortune. Mais pour cela, il lui va falloir éliminer les sept cousins et cousines qui se dressent entre lui et le titre. Grâce à un plan machiavélique il se débarrasse habilement de ceux-ci. Pendant ce temps, Sibella, sa maîtresse, dévorée d’ambition sociale, épouse un homme qu’elle croit riche, tant elle doute du succès de Monty, tandis que celui-ci est convoité par Phoebe D’Ysquith, devenue veuve.
Peu à peu Monty est reconnu par sa famille qui lui procure une situation de plus en plus confortable au sein de la banque familiale. C’est alors, quand il devient le seul héritier, que le comte meurt, empoisonné par du porto. Alors qu’il n’y est pour rien, c’est Monty que l’on accuse et que l’on jette en prison. En attendant son châtiment, il rédige ses mémoires dans lesquelles il explique en détail tous les crimes qu’il a commis. La fin, parfaitement immorale, diffère de celle du film où un doute subsistait sur le devenir du nouveau comte.
Les onze interprètes, tant du chœur que des principaux rôles, sont excellents. Bien sûr, on remarque d’abord celles qui tiennent les rôles de Sibella (Camille Nicolas) et de Phoebe (Emma Brazeilles) et encore plus celui qui, d’un bout à l’autre du spectacle est sur la scène, Gaétan Borg, tour à tour récitant et gentleman assassin. Mais c’est bien sûr Benoît Cauden, qui interprète les sept rôles de victimes, jouant avec les vêtements, la voix et la gestuelle qui nous impressionne le plus.
La mise en scène de Virginie Lemoine est époustouflante. Pas de temps morts, des changements de décors rapides et des idées amusantes comme ces portraits réalisés avec des personnages vivants. Le texte est plein de trouvailles. Les morts s’accumulant, quelqu’un suggère de «mettre une mezzanine dans le tombeau», tandis qu’une femme «n’en peut plus de s’habiller en noir»! On apprécie aussi la musique jouée en live par trois musiciens et musiciennes. Une très agréable soirée. R.P. Théâtre du Palais-Royal 1er.