
SADE. ATTAQUER LE SOLEIL
Article
publié dans la Lettre n° 375
le
8 décembre 2014
Pour voir le parcours en images de l'exposition, cliquez ici.
SADE. ATTAQUER LE SOLEIL. Annie le
Brun, auteur de plusieurs ouvrages sur Sade (1740-1814), dont Soudain,
un bloc d’abîme, Sade, et commissaire de cette exposition, inattendue
en ce lieu, nous montre, à l’occasion du bicentenaire de la mort
de l’écrivain, le rôle éminent qu’il a joué dans l’art. Plus qu’un
inspirateur, il a surtout libéré les artistes qui ont profité de
la voie qu’il avait ouverte, non sans mal, pour, à leur tour, représenter
dans leurs œuvres les fruits de leur imagination. Ainsi « il sera
possible de mesurer combien, à dire ce qu’on ne veut pas voir, Sade
aura incité à montrer ce qu’on ne peut pas dire ». Dans son livre
le plus provocant, Cent vingt journées de Sodome, écrit en
1785 à la Bastille, l’une des nombreuses prisons où il fut enfermé,
il écrit « Mon imagination a toujours été sur cela au-delà de mes
moyens ; j’ai toujours mille fois plus conçu que je n’ai fait et
je me suis toujours plaint de la nature qui, me donnant le désir
de l’outrager, m’en ôtait toujours les moyens ».
Cette exposition nous montre ainsi que même si Sade et ses idées
furent maudits au XIXe siècle, avant d’avoir une importance majeure
dans la pensée du XXe siècle, les artistes ont profité de la brèche
qu’il avait ouverte pour donner libre-court à leur imagination.
Pour illustrer cela les commissaires nous montrent des tableaux
de Fragonard (Les Curieuses, 1775-1780) ; Ingres (Angélique,
vers 1819) ; Delacroix (Mort de Sardanapale, 1826 ; Médée
furieuse, 1838) ; Degas (Scène de guerre au Moyen Âge,
1863-1865) ; Courbet (Le Sommeil, 1866) ; Cézanne (L’Enlèvement,
1867) ; Moreau (Jupiter et Sémélé, vers 1890) ; etc. On le
voit, les illustrations relatives au XIXe siècle sont nombreuses.
Celles du XXe siècle le sont encore plus, tout particulièrement
avec les surréalistes qui reconnaissent le désir comme grand inventeur
de forme. Abondent ainsi des tableaux, gravures, dessins, photographies,
etc. d’artistes tels que Picasso, Félicien Rops, Odilon Redon, Alfred
Kubin, Max Ernst, Dora Maar, Marcel Duchamp, Francis Picabia, André
Masson et bien d’autres moins connus.
Le parcours n’est pas chronologique mais plutôt thématique comme
l’expriment les titres de certaines sections : « Entre plaisir et
douleur l’inscription du désir », « Chacun sa manie », « Absolument
athée » ou encore « Le désir comme principe d’excès ». Une exposition
qui remet en perspective Sade et son œuvre et montre ce que lui
doivent tant de grands artistes. Musée d’Orsay 7e. Jusqu’au
25 janvier 2015.
Lien : www.musee-orsay.fr.
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