Parcours en images et en vidéos de l'exposition

PARISIENNES CITOYENNES !
Engagements pour l'émancipation des femmes (1789-2000)

avec des visuels mis à la disposition de la presse
et nos propres prises de vue

Parcours accompagnant l'article publié dans la Lettre n°559 du 7 décembre 2022




L'une des cours du musée Carnavalet - Histoire de Paris
 

Parisiennes citoyennes ! nous entraîne dans une ambitieuse traversée historique sur les traces des luttes que les femmes ont menées à Paris pour leur émancipation.

Parisiennes citoyennes ! avec un point d'exclamation, pour se faire entendre, devenir visible, exister. Parce que c'est une histoire où l’on crie, de rage ou d’indignation, où l'on scande, où l’on chante ensemble ses espoirs - la révolution, la justice, la liberté, la république, la sororité - encore et encore, pour ne pas disparaître dans les limbes de l’histoire. Les femmes n'ont cessé de manifester leur désir de citoyenneté dans les contestations de l’ordre établi, parfois sous des formes institutionnelles et modérées.

Paris en tant que capitale est l'épicentre, en France, de ces combats. De la revendication du droit de cité à la loi sur la parité, des engagements individuels et collectifs, souvent méconnus, sont présentés ici à travers un choix d'œuvres, d'objets et de documents très variés.

 

Affiche de l'exposition.
 
Texte du panneau didactique.
 
Louise Abbéma (1853-1927). Allégorie de la Ville de Paris, 1901. Peinture. Musée Carnavalet - Histoire de Paris.

Louise Abbéma propose ici sa version de la Parisienne, entre allégorie de la capitale et ode à la féminité. Dressée à la proue d'une nef qui rappelle la devise de Paris, une femme arbore la Légion d'honneur accordée à la capitale en 1900. Elle tient des roses dans sa main gauche et la couronne de la Victoire dans sa main droite. Cette représentation allégorique d'une féminité triomphante, est cependant assez éloignée de la réalité des luttes pour l'égalité dont la présente exposition se fait l'écho.
 
Entrée de l'exposition.


1 - DE LA RÉVOLUTION A LA COMMUNE :
LE TEMPS DES UTOPIES (1789-1871)



Scénographie

DE LA RÉVOLUTION A LA COMMUNE :
LE TEMPS DES UTOPIES (1789-1871)

1789, 1830, 1848, 1871 : les Parisiennes sont des actrices importantes de tous les bouleversements politiques que connaît la capitale. En dépit de leur engagement dans les révolutions qui scandent une histoire mouvementée, elles peinent à se faire entendre.

Certes, un nouvel horizon se dessine avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Et les citoyennes ? rétorque Olympe de Gouges. En effet, dans Paris en révolution, les femmes qui s'engagent sont nombreuses. Elles s'organisent, animent salons ou clubs, demandent plus d'instruction, et, pour les plus audacieuses, envisagent une égalité politique complète. Le mariage civil et le divorce favorisent l'émancipation. Mais très vite, le retour à l'ordre patriarcal, étayé par le Code civil napoléonien, freine le mouvement, sans parvenir à éteindre l'espérance d'émancipation. Les brèches que sont les révolutions de 1830 et de 1848 ainsi que la Commune ouvrent le champ des possibles pour les Parisiennes éprises de justice.

Elles sont saint-simoniennes, femmes de 1848 ou femmes de la Commune : vaincues en leur temps, honorées aujourd'hui.

 
Texte du panneau didactique.
 
Olympe de Gouges (1748-1795). « Le bon sens du François », 1792.
Imprimerie Du Pont. Affiche. Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Olympe de Gouges envoie de nombreux libelles à l'Assemblée, et ses affiches sont collées et discutées dans les rues de Paris. En 1791, en plein débat sur la Constitution, elle réplique à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen par une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Celle qui écrivit « La femme a le droit de monter à l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune » est guillotinée le 3 novembre 1793 pour avoir exprimé son opposition au cours pris par la révolution. Il lui sera reproché d'avoir voulu « être homme d'État » et d'avoir « oublié les vertus qui conviennent à son sexe ».

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Parisiennes en Révolution

Parisiennes en Révolution

Dans Paris, ville majoritairement féminine (54 %), les femmes participent activement à la Révolution dans les foules, les assemblées, les clubs, les fêtes civiques, les salons… Leur contribution se situe parfois dans le prolongement de leurs rôles traditionnels (nourricier, éducatif, philanthropique, par exemple) mais pas toujours : l’événement est marqué par leur intense politisation et des engagements inédits. Elles sont désormais « citoyennes ».

Pendant cette période, si elles n’acquièrent pas de droits civiques, et notamment le droit de vote et d’éligibilité, elles gagnent tout de même du pouvoir et de l’autonomie au sein de la famille : la capacité juridique, le mariage civil, le divorce, l’égalité successorale.

 
Texte du panneau didactique.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Olympe de Gouges (1748-1793). Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791. Ouvrage. Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme.
 
Jean-Baptiste Lesueur. Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826). Club patriotique de femmes, entre 1789 et 1795. Gouache sur carton. Musée Carnavalet-Histoire de Paris. © Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris.

Le 10 mai 1793 est créée la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires. Le groupe, formé d'environ 170 femmes du peuple, est animé par Pauline Léon, marchande, et Claire Lacombe, comédienne. Il réclame l'égalité et le droit de participer à la défense nationale. Son existence est brève. Dès le 30 octobre 1793, les associations de citoyennes, jugées trop subversives, sont interdites.


La grande régression

La grande régression

La Révolution s'achève dans un climat de recul des libertés pour les femmes.

La Première République interdit en 1793 aux femmes de se grouper dans des clubs puis, à la suite d'émeutes, en 1795, de se rassembler à plus de cinq dans la rue et d'assister à des assemblées politiques.

La crainte des mouvements populaires de citoyennes est à son comble. Chaque sexe doit rester à « sa place ». Le risque de confusion est conjuré par le renouvellement de l'interdiction du travestissement.

En 1804, le code civil napoléonien inscrit dans le marbre la domination masculine : la femme mariée perd tous ses droits, sur elle-même et sur ses enfants.

Dans le Code pénal de 1810, l'avortement est puni comme un crime et le meurtre commis par le mari sur l'épouse infidèle jugé excusable. Le droit au divorce est restreint.

La Restauration (1815-1830) parachève ce retour en arrière, en supprimant notamment le divorce.
 
Texte du panneau didactique.
 
Code civil des Français. Édition originale et seule officielle, 1804. Imprimerie de la République. Ouvrage. Bibliothèque de l’Assemblée nationale.

Art. 213 : « Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. »
Art. 298 : « La femme adultére sera condamnée [...] à la réclusion dans une maison de correction, pour un temps déterminé, qui ne pourra être moindre de trois mois, ni excéder deux années. »
Art. 1428 : « Le mari a l’administration de tous les biens personnels de la femme. Il peut exercer seul toutes les actions mobilières et possessoires qui appartiennent à la femme. ».


La Monarchie de Juillet

Scénographie
La Monarchie de Juillet

Le 27 juillet 1830, Paris se couvre de barricades lorsque Charles X décide, entre autres, de supprimer la liberté de la presse et de limiter le corps électoral. Dans une atmosphère de guerre civile, le peuple insurgé, dont de nombreuses femmes, réclame une Charte, c’est-à-dire un changement de Constitution, en brandissant le drapeau tricolore.

À l’issue de cette révolution, ce n’est plus un roi de France qui monte sur le trône mais un roi des Français. Louis-Philippe est-il aussi le roi des Françaises ? La féministe saint-simonienne Louise Dauriat pose la question dans une pétition. Commence une période troublée, avec des libertés publiques retrouvées pour un bref moment, ouvrant un espace pour les revendications sociales et les espoirs d’émancipation.  Tandis que la littérature, avec George Sand, porte un regard critique sur le « destin » féminin, les premiers mouvements socialistes forgent l’utopie d’un avenir égalitaire.

 
Texte du panneau didactique.
 
« Jeune Dame Saint Simonienne », planche n° 154 de la série Costume français, vers 1830. Louis Maleuvre, graveur (1785-18..), Hautecœur Martinet, éditeur. Estampe. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.

Ce costume inventé par le dessinateur, comprenant à la fois une tunique et un pantalon (le masculin et le féminin), permet de tourner en ridicule les ambitions égalitaires des saint-simoniennes. Leur engouement pour les idées de Prosper Enfantin, disciple de Saint-Simon, ne passe pas inaperçu. L'Appel à la femme libre, en 1831, prône la «régénération du genre humain par l'égalité de l'homme et de la femme».
 
Anonyme. Collier saint-simonien avec l’inscription « Mère / Père », vers 1832. Bijou. Bibliothèque nationale de France, bibliothèque de l’Arsenal.
 
Pierre Manguin (1815-1869). Une barricade en 1830, 1834. Peinture à l’aquarelle. Musée Carnavalet-Histoire de Paris.

La présence des Parisiennes sur les barricades de 1830 fait l'objet de représentations qui visent à glorifier l'esprit révolutionnaire et ses visées émancipatrices. Sur la gravure, Delaporte figure des Parisiennes faisant preuve de courage patriotique, mais les représente élégantes, habillées et coiffées à la mode du temps. Pierre Manguin habille sa figure féminine de vêtements typiques des femmes du peuple des années 1830, mais la composition générale de la scène en fait une œuvre plus allégorique que réaliste.


La r
évolution de 1848

Scénographie
La Révolution de 1848

Dans l’effervescence révolutionnaire qui donne naissance à la Deuxième République, la brèche qui s’ouvre est immédiatement mise à profit par des Parisiennes qui s’engagent : femmes du peuple sur les barricades, anonymes dans les foules ; femmes d’influence, comme George Sand ou Pauline Viardot ; ou bien militantes de la citoyenneté des femmes, féministes et socialistes.

Le mot « féministe » n’existe pas encore, mais la réalité politique qu’il désigne est déjà présente sous la forme d’une aspiration collective à l’émancipation des femmes grâce à l’égalité des droits. Pétitions, clubs, presse : ces moyens désormais classiques sont utilisés. Contre un suffrage universel et un droit à l’éligibilité qui excluent la moitié de l’humanité, un nouveau moyen de protestation apparaît : la candidature féminine aux élections.

 
Texte du panneau didactique.
 
« 7 heures du matin, le 24 février. Mlle Joséphine attendant la garde municipale ». Série Révolution française 1848. Franz Teichel (1816 -…..), dessinateur, Wild, éditeur. Estampe. Musée de l'Histoire vivante, Montreuil..
 
Auguste Charpentier. Portrait de George Sand (1837 - 1839), 1837. © Paris Musées / Musée de la Vie Romantique.
 
Marie Éléonore Godefroid (1778-1849), d'après un portrait de François Gérard daté de 1815. Anne-Louise-Germaine Necker, dite Mme de Staël, entre 1818 et 1848. Tableau. Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles.

Reconnue comme l'un des plus brillants esprits de son temps, Germaine Necker (1766-1817), fille du ministre des Finances de Louis XVI, est issue d’une famille protestante, riche et lettrée. Comme sa mère, elle se passionne pour la politique et crée, elle aussi, son propre salon libéral et progressiste. Malgré l'opposition paternelle, elle devient sous le nom de Madame de Staël romancière et essayiste, tout en menant une vie amoureuse très libre. Partie en exil en 1793, elle revient à Paris en 1795 et s'oppose à Napoléon.


Le Second Empire

Scénographie
Le Second Empire

Dans le Paris du Second Empire, les engagements pour l’émancipation des femmes ne manquent pas et les féministes de plume répondent avec fermeté à leurs détracteurs.

À la faveur de la libéralisation des années 1860 resurgissent des initiatives concrètes de femmes progressistes, en particulier dans le domaine éducatif : elles créent les écoles maternelles, des cours secondaires et des formations professionnelles pour les jeunes filles. Le sort des femmes du peuple les indigne et les mobilise. Les pionnières des droits des femmes revendiquent l’émancipation économique et défendent l’idée qu’à travail égal, le salaire doit être égal. Cette idée est alors minoritaire dans le mouvement ouvrier français, sous l’influence de Proudhon, très hostile au travail féminin, facteur, selon lui, de « dégénérescence de la race ».
 
Texte du panneau didactique.
 
Jean-Pierre Dantan (dit Dantan Jeune) (1800-1869). Marie-Rosalie Bonheur, dite Rosa Bonheur (1822-1899), peintre, 1850. Sculpture. Musée Carnavalet-Histoire de Paris.
 
Charles Crès (1850-1907), d'après Xavier-Alphonse Monchablon (1835-1907). Marie Pape-Carpantier, 1878. Peinture. Propriété Ville de La Flèche.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.


Les femmes de la Commune se mobilisent

Scénographie
Les femmes de la Commune se mobilisent

Refusant la capitulation de la France devant la Prusse, et après un siège éprouvant, Paris se soulève le 18 mars 1871. Le 26, un conseil de la Commune est élu. Ni électrices ni éligibles, les Parisiennes sont néanmoins d'actives insurgées. Le 11 avril, Nathalie Lemel et Élisabeth Dmitrieff créent l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, qui organise des secours et distribue le travail pour les ouvrières.

Dans les clubs mixtes ou féminins, des citoyennes de tous les milieux expriment leurs désirs, leurs révoltes et votent des motions. Elles écrivent dans la presse. André Léo, dans La Sociale, défend l’idée qu'il n’est pas de démocratie et de progrès sans les femmes. L’utopie se concrétise dans des mesures sociales audacieuses, mais l'attaque des troupes versaillaises y met fin, transformant Paris en un bain de sang.

 
Texte du panneau didactique.
 
Annonce de l'ouverture d'une « école des deux sexes » dans le 5e arrondissement, 1870. Imprimerie De Soye et Fils. Affiche. Musée Carnavalet-Histoire de Paris.
Ernest Charles Appert (1851-1890). Prison des Chantiers le 15 août 1871, 1871. Agrandissement d'une photographie. Musée Carnavalet - Histoire de Paris. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris.

À partir de portraits individuels, Appert a réalisé un photomontage trompeur, pour discréditer les femmes de la Commune. Le cigare d’Hortense David est ainsi remplacé par une bouteille. À partir d’août 1871, 1051 femmes ont été déférées devant des conseils de guerre et 160 d’entre elles ont été condamnées, dont une trentaine aux travaux forcés et une trentaine à la déportation, simple ou dans une enceinte fortifiée. La postérité retiendra surtout le terme de «pétroleuses», puisqu’on les accuse d’avoir incendié Paris.


2 - DROITS DES FEMMES ET RÉPUBLIQUE (1871-1914)



Scénographie

DROITS DES FEMMES ET RÉPUBLIQUE (1871-1914)

La Troisième République donne un nouveau cadre aux engagements des Parisiennes.

Sur le terrain politique, Hubertine Auclert est la première militante s'identifiant comme féministe. En 1882, elle parvient à imposer l’idée que le droit de vote et d'éligibilité des femmes est la clé de voûte de tous les autres droits. Le suffragisme devient, à l'aube du 20e siècle, le combat principal des féministes.

Sur le terrain social, les Parisiennes participent aux luttes pour l'amélioration des conditions de vie et de travail des ouvrières et des employées, par la grève, le syndicalisme, l’action pour de nouveaux droits.

Sur le terrain des savoirs, les progrès de l'instruction des filles sont spectaculaires : la République française veut «donner aux citoyens des mères et épouses éduquées». La capitale attire également des femmes qui se distinguent dans les domaines scientifique et artistique.

La figure émergente de la Femme nouvelle résume à la fois le désir d'égalité et le droit à l'indépendance. Qu'il s'agisse de la maîtrise de la fécondité, des nouvelles pratiques sportives ou de l’évolution du vêtement, les Parisiennes sont résolument engagées sur les chemins de l'émancipation.

 
Texte du panneau didactique.
 
« À l'Hôtel de Ville. Les examens de jeunes filles », Le Petit Journal, 28 juillet 1895. Fortuné Louis Méaulle (1844-1901), auteur du modèle, Oswaldo Tofani (1849-1915), dessinateur-lithographe. Journal. Musée Carnavalet-Histoire de Paris.


L'instruction, condition de l'émancipation

L’instruction, condition de l’émancipation

Dès 1868, Paris ouvre aux filles le certificat d’études, avec douze ans d’avance sur le reste du pays. Les excellents résultats des candidates sont soulignés. Les ressources financières de la ville permettent de recruter du personnel et l’offre d’écoles privées y est importante.

L’instruction est, pour les féministes, la base de l’émancipation. Les lois Ferry de 1881-1882 permettent aux filles d’accéder à l’école dans les mêmes conditions que les garçons : obligation jusqu’à 13 ans, gratuité, laïcité. Le retard de l’alphabétisation des filles sera vite comblé. La révolution se poursuit avec l’accès aux études secondaires et supérieures, réservé à une élite féminine souvent acquise aux idées féministes.

 
Texte du panneau didactique.
 
Lettre de Camille Sée (1847-1919) relative à la nécessité d'ouvrir un lycée de jeunes filles à Paris, 10 juin 1881 (lettre contresignée notamment par Léon Gambetta, Victor Hugo, Louis Blanc, Georges Clemenceau, Benjamin Raspail). Lettre manuscrite originale et reproduction du verso. Ville de Paris / Bibliothèque de l'Hôtel de Ville.

 

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Féminismes en art : peintres et sculptrices

Scénographie
Féminismes en art : peintres et sculptrices

À Paris convergent au 19e siècle des femmes impatientes d’entreprendre leur éducation artistique. La capitale française fait rêver les femmes artistes du monde entier, de plus en plus nombreuses à avoir un atelier et à pouvoir diffuser leur travail grâce, entre autres, aux salons spécifiquement féminins qui leur donnent une chance d’être exposées. Surtout, les possibilités de formation sont plus importantes qu’ailleurs grâce à des écoles privées comme l’Académie Julian, qui dispense un enseignement reconnu attirant des élèves du monde entier.

En 1897, sous la pression féministe, l’École des beaux-arts de Paris s’ouvre enfin aux femmes, trente-six ans après celle de Londres. Au tournant du siècle, la bohème artistique qui s’installe rive gauche, au Quartier latin et à Montparnasse, compte de plus en plus de femmes, dont de nombreuses étrangères en quête de liberté.

 
Texte du panneau didactique.
 
Camille Claudel. Les Causeuses, dites aussi Les Bavardes, 2e version, 1895. © Musée Rodin / photo Christian Baraja.
 
William Elborne. Camille Claudel modelant Sakountala et son amie Jessie Lipscomb dans leur atelier, 1887. © Musée Rodin.
 
Alphonse Mucha (1860-1939). Gismonda, de Victorien Sardou, avec Sarah Bernhard, Théâtre de la Renaissance, 1894. Affiche. Musée Carnavalet-Histoire de Paris.

Cette affiche somptueuse d'Alphonse Mucha destinée aux colonnes Morris témoigne de la célébrité exceptionnelle de Sarah Bernhardt. Le nom de cette comédienne interprétant tour à tour des rôles d'hommes et de femmes sur scène est associé à toutes les libertés. Personnage extravagant, femme d'affaires, directrice de théâtre, elle est aussi une femme engagée. Soutien du capitaine Dreyfus, elle subit un antisémitisme qui associe émancipation féminine, liberté sexuelle et « influence juive ».
Marie Bashkirtseff (1858-1884). L'Atelier Julian, 1881. Reproduction d'une peinture. Musée d'art de Dnipropetrowsk, Ukraine. © akg-images.

L'Académie Julian est fondée par Rodolphe Julian et Amélie Beaury-Saurel en 1866, au 36, rue Vivienne (2e arr.). Dix ans plus tard, elle ouvre un cours de peinture pour les femmes, leur offrant même l'accès à des modèles masculins qui posent presque nus, un scandale pour l'époque mais une nécessité pour une formation artistique reconnue. L'artiste Marie Bashkirtseff se représente ici de dos au premier plan du tableau.


« Femmes nouvelles »

Scénographie
« Femmes nouvelles »

Dans le Paris des années 1900, des femmes accèdent à des rôles de premier plan dans le monde du travail et de la culture. Avocates, scientifiques, doctoresses, écrivaines ou sportives, elles imposent leur image de «Femmes nouvelles», c’est-à-dire de femmes indépendantes et convaincues de l’égalité des sexes.

Certaines femmes connaissent la gloire et donnent l’exemple de carrières possibles, malgré les discriminations. Les femmes nouvelles se libèrent de leurs entraves, conquièrent le droit au mouvement. Elles se ruent vers les nouvelles pratiques sportives, n’hésitent pas à prendre part à des compétitions. Dans la capitale mondiale de la mode féminine, elles inspirent des transformations vestimentaires. Paris est au cœur de toutes ces nouveautés qui annoncent la modernité du 20e siècle.

 
Texte du panneau didactique.
 
Anonyme. Colette à son balcon, 1910. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris.
 
Jean Béraud. Le Chalet du Cycle au bois de Boulogne, 1900. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris.
 
Anonyme. Camille Crespin du Gast lors du départ de la course Paris-Madrid, 1903. Photographie. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.

En 1893, la préfecture de police de Paris crée un certificat de capacité (ancêtre du permis de conduire), d'abord réservé aux hommes puis ouvert aux femmes quatre ans plus tard. Les conductrices peuvent alors participer aux compétitions. En 1901, Camille Crespin du Gast est remarquée sur le Paris-Berlin. Mais après le Paris-Madrid de 1905, jugé très dangereux, les femmes sont exclues des courses automobiles. L'Automobile Club de France refusant la mixité, les femmes créent en 1926 leur propre automobile-club.
 
« La femme-avocat. Mlle Jeanne Chauvin ». Le Petit Parisien, Supplément Littéraire, 31 octobre 1897. Estampe. Musée du Barreau de Paris.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.


L'essor du féminisme

Scénographie
L’essor du féminisme

Grâce aux libertés de réunion, de presse, de manifestation puis d’association, le féminisme devient un mouvement permanent bien organisé. Autour du juriste Léon Richer et de l’oratrice Maria Deraismes, un mouvement républicain pour la défense des droits des femmes se structure. Paris voit naître une nouvelle vague d’associations féministes, de sensibilités diverses. La ville accueille des conférences, des réunions publiques et des congrès. En 1878, lors de l’Exposition universelle, le Congrès international du droit des femmes dure dix jours.

Le mouvement est aussi culturel : le féminisme est diffusé par la presse, la littérature, le théâtre. L’aile la plus radicale veut de l’action : Hubertine Auclert appelle le 14 juillet 1881 à prendre la « Bastille des femmes », visant « la loi, le Code civil ». C’est la première manifestation de rue féministe en France.

 
Texte du panneau didactique.
 
Clémentine-Hélène Dufau. La Fronde, 1898. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris.
 
Amélie Beaury-Saurel. Caroline Rémy dite Séverine, 1893. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris.
 
Jules Cayron (1868-1944). Marguerite Durand, directrice du quotidien féministe La fronde, 1897. Peinture. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.

Marguerite Durand, ex-jeune première à la Comédie-Française devenue journaliste, est envoyée en 1896 par Le Figaro au Congrès féministe international de 1896 qui se tient 8, rue Danton (6e arr.). On attend d'elle un compte rendu sarcastique. Mais, impressionnée par la qualité des débats, elle se « convertit » au féminisme, se rapproche de la Ligue française pour le droit des femmes et devient l'une des militantes les plus importantes de la Troisième République.
 
Éventail suffragiste « Je désire voter », affichant le résultat d’un référendum organisé par Le Journal du 26 avril au 3 mai, ayant réuni 505 972 voix en faveur du vote des femmes, 1914. Maison Chambrelent et Croix successeur, éventailliste publicitaire Collection CPHB. © Rebecca Fanuele.
 
Secrétaire de voyage de Séverine et correspondance avec Marguerite Durand, vers 1900. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
Scénographie
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Charles.  Hubertine Auclert tenant une banderole concernant le suffrage des femmes, 1910. Bibliothèque Marguerite Durand.
 
« Maria Deraismes », Les Hommes d'aujourd'hui : portraits à charge, 1880. André Gill (1840-1885), dessinateur. Léon Vanier (1847-1896), éditeur et auteur du texte (sous le pseudonyme de Pierre et Paul). Presse. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
« Candidate. Mlle Jeanne Laloë haranguant les électeurs du quartier Saint-Georges, à Paris ». L'Illustration, 9 mai 1908. Louis Rémy Sabattier (1863-1935), auteur du modèle. Estampe. Musée Carnavalet-Histoire de Paris.


Paris, ville malthusienne

Scénographie
Paris, ville malthusienne

Le mouvement néo-malthusien estime qu’il faut limiter la croissance de la population mais en émancipant les femmes qui, privées d’information et d’accès à la contraception, subissent des grossesses non désirées.

En France, Paul Robin est le chef de file de ce mouvement. Pédagogue, anarchiste et internationaliste, il crée en 1896 à Paris la Ligue de la régénération humaine, qui prône la maîtrise de la fécondité. Quelques féministes aux sympathies libertaires, Madeleine Pelletier et Nelly Roussel notamment, le rejoignent.

Le mouvement ouvrier s’intéresse aussi à la « grève des ventres » anticapitaliste et antimilitariste, un mot d’ordre lancé par Marie Huot, poétesse libertaire, féministe et animatrice de la Ligue contre la vivisection.

Paris est une ville réceptive à ces idées nouvelles, annonciatrices d’une révolution sexuelle à venir.

 
Texte du panneau didactique.
 
Henri Godet (1863-1937). Nelly Roussel avec sa fille Mireille Godet, 1904. Sculpture. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
Mlle Madeleine Pelletier, 1912. Agence Rol (1904-1937). Photographie. © Bibliothèque nationale de France.

En 1903, Madeleine Pelletier devient la première femme admise à passer l'internat en psychiatrie. Intellectuelle et activiste, socialiste, franc-maçonne, elle est surtout connue comme la figure la plus radicale du féminisme français. L'égalité des sexes passe, pour elle, par l'effacement de la différence de genre : elle s’habille en homme et choisit le célibat. Selon elle, l'oppression des femmes est avant tout sexuelle. Elle est la première féministe défendant le droit à l'avortement.
 
Nelly Roussel et les comédiennes de « Par la révolte ». Pièce écrite en 1903 [Paris, Salle des Sociétés savantes, 1er mai 1903]. Bibliothèque Marguerite Durand.

Nelly Roussel est une oratrice dont les performances attirent jusqu'à 2000 personnes. Dans l'atelier de son mari sculpteur, 58, rue du Rendez-vous (12e arr.), elle répète la pièce de théâtre qui sera donnée le 1er mai 1903 dans la salle des Sociétés savantes, sous les auspices de la Ligue française pour le droit des femmes. Elle y incarne Ève portant des chaînes trop lourdes, accablée par les siècles d'oppression.


3 - D'UNE GUERRE A L'AUTRE :
AMBIVALENCES DE LA MODERNITÉ (1914-1939)



Scénographie

D'UNE GUERRE A L'AUTRE :
AMBIVALENCES DE LA MODERNITÉ (1914-1939)

En 1914-1918, les Françaises participent massivement à l'effort de guerre; beaucoup assument une autonomie nouvelle. Mais le moment est loin d'être favorable au féminisme. Alors que de nombreux pays reconnaissent l'égalité des droits politiques en accordant le droit de vote aux femmes, les Françaises se heurtent à un refus persistant du Sénat.

Leur légitimité dans le monde du travail n'est pas mieux acceptée, et la crise des années 1930 le rappelle en les touchant de plein fouet. De plus, la baisse de la natalité inquiète les autorités, qui combattent l'avortement et mettent en place des politiques familialistes.

Malgré l'âpreté politique et sociale de la période, Paris vit une véritable révolution des mœurs. Les garçonnes des Années folles troublent la frontière entre le masculin et le féminin. Voici la « femme moderne », qui vit avec son temps.

Les engagements des femmes à Paris prennent des directions multiples. Le droit de vote comme la cause pacifiste mobilisent les militantes. Pendant le Front Populaire, les femmes participent massivement à la grève générale, et trois femmes (Cécile Brunschvicg, Irène Joliot-
Curie et Suzanne Lacore) entrent au gouvernement.

 
Texte du panneau didactique.
 
« Femmes, unissez-vous contre la guerre ! », 1929. Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté, section française. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque historique de la Ville de Paris.


Féminismes de l'entre-deux-guerres

Scénographie
Féminismes de l’entre-deux-guerres

Malgré leur participation à l'effort de guerre, les Françaises restent privées de droits politiques ; le Code civil les maintient sous tutelle. Les pouvoirs publics veulent un retour à l’ordre « naturel » des sexes.

Des politiques natalistes sont mises en place, avec, notamment, une forte répression de l'avortement (lois de 1920 et 1923) et la glorification des familles nombreuses. Dans ce contexte, les féminismes étendent leur influence, se diversifient - de la droite catholique à la gauche révolutionnaire - au service de causes multiples, mais leur objectif premier reste la citoyenneté.

Les mouvements féministes ne parviendront pas à leurs fins, malgré leur indéniable force. Le Conseil national des femmes françaises réunit, en 1925, 165 associations et 150 000 adhérentes. L'Union française pour le suffrage des femmes atteint les 100 000 membres en 1929. Et des suffragettes font l'actualité avec des coups d'éclat à Paris.

 
Texte du panneau didactique.
 
Savonnettes suffragistes. © Ville de Paris / Bibliothèque Historique / Thomas Hennocque.
 
Louise Weiss et Andrée Lehmann collant des affiches au métro Jules Joffrin, 1935. Agence Mondial Photo Presse. Photographie. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.

Andrée Lehmann (1893-1971) est une avocate qui milite avec ardeur pour les droits des femmes (divorce, travail féminin, capacité juridique, congé maternité...). Le 8 mars 1928, elle dépose avec d'autres militantes une couronne devant la statue de Jeanne d'Arc avec la mention « À Jeanne qui sauva la France, mais qui serait jugée indigne d'élire un conseiller municipal ». Le 7 juillet 1932, elle survole en avion le Sénat et lance des tracts réclamant le droit de vote.
 
Branger M.L. Grève des midinettes, Paris, 18 mai 1917, 1917. © Roger Viollet.
 
Candidature de Louise Weiss à l'élection municipale dans le 18e arrondissement, 1935. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
Maurice Barbey (vers 1880-après 1939).  « À temps nouveaux, suffrage nouveau. La femme doit voter », 1935. Société pour l'amélioration du sort de la femme et la revendication de ses droits. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
Duchesse de La Rochefoucauld. La Femme et ses droits.
 
Albert Harlingue. Ligue d’action féministe, Marthe Bray, manifestante en voiture, ligue d’action féministe : calicot sur une automobile transportant un groupe de militantes dont Melle Marthe Bray, 1929. Bibliothèque Marguerite Durand.


Le Paris des garçonnes

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Le Paris des garçonnes

Deuil, anxiétés, mais aussi modernité et besoin de s’amuser: le climat de l’après-guerre est contrasté. Une atmosphère de libération sexuelle anime le Paris de la fête et de la bohème.

En 1922, Victor Margueritte en peint sa version dans La Garçonne, dont le succès scandaleux lui coûte sa légion d’honneur. Le « Paris-Lesbos » défie la morale puritaine et l’ordre patriarcal. La capitale de la France, où l’homosexualité n’est pas légalement condamnée, est un espace propice à l’émancipation.

L’avant-garde littéraire pivote autour de couples de femmes de la Rive gauche : Gertrude Stein et Alice Toklas, Sylvia Beach et Adrienne Monnier… Nombre de lesbiennes étrangères trouvent à Paris leur épanouissement amoureux et professionnel. «Il ne faut pas chercher Sapho ni à Mytilène, ni à Leucade, ni à Alexandrie, ni même dans les couvents… C’est une artiste. Donc elle a déménagé à Paris» écrit Maryse Choisy dans un numéro du Rire consacré aux «Dames seules» en 1932.

 
Texte du panneau didactique.
 
Thérèse Bonney (1894-1978). Tamara de Lempicka (1898-1980) photographiée dans son appartement, rue Méchain, vers 1929. Photographie. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. © The Regents of the University of California.

D'origine polonaise, Tamara de Lempicka s'est exilée à Paris après la révolution russe. Elle y fait son apprentissage et trouve sa voie artistique comme portraitiste Art déco. Bisexuelle, elle mène à Paris une vie mondaine très libre. Ici, elle peint Nana de Herrera, danseuse péruvienne de flamenco installée à la butte Montmartre en 1905.
 
Lucy Schwob, dite Claude Cahun (1894-1954). Autoportrait, vers 1928. Photographie. Courtesy of the Jersey Heritage Collections.

Claude Cahun est une artiste surréaliste qui participe aux revues homosexuelles Inversions et Amitié. Avec sa compagne, Suzanne Malherbe, dont le pseudonyme est Marcel Moore, elle s'installe en 1922 à Montparnasse, 70, bis rue Notre-Dame-des-Champs. Elles travaillent ensemble à la création d'autoportraits qui troublent les identités de genre.
 
Gerda Wegener (1886-1940). Lily [sic]. Portrait de Lili Wegener, 1922. Peinture. Centre Pompidou, Paris, Musée national d'art moderne. Centre de création industrielle.

Pour la loi danoise, Lili est née homme sous le nom d'Einar Wegener. En 1904, il épouse la peintre Gerda Gottlieb, et, en 1912, le couple s'installe à Paris, au Champs-de-Mars. Lili vit en femme profitant du climat de liberté qui règne dans la bohème artistique parisienne. Elle est la première femme transgenre opérée et ayant obtenu un changement d'identité.
Odette Simon-Bidaut, autrice de l'article « En France la femme ne peut pas ».
Maurice Tabard, auteur des photographies, 13 février 1929.
Musée Nicéphore Niépce.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Match de football féminin au stade Élisabeth opposant les clubs En Avant et Sportives, 30 novembre 1921. Agence Rol. Photographie. © Bibliothèque nationale de France.

Malgré les discours misogynes, le sport féminin se développe à Paris. Le club Fémina Sport, créé en 1912, brille au championnat de France de football féminin, de 1919 à sa dernière édition, en 1932. Alice Milliat, sa présidente, démocratise la culture physique et bataille pour les droits des femmes. Le 20 août 1922, en tant que présidente de la Fédération des sociétés féminines sportives de France, elle organise à Paris des Jeux olympiques féminins qui attirent 15 000 personnes au stade Pershing.


Citoyennes au temps du Front populaire

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Citoyennes au temps du Front populaire

La crise économique des années trente affecte brutalement l’emploi des femmes. Une campagne sans précédent est déclenchée pour le retour des femmes au foyer. La dynamique de l’émancipation des femmes est remise en cause. Mais la grève générale de 1936 mobilise la main-d’œuvre jeune, féminisée, mal payée et peu syndiquée.

Les acquis sociaux obtenus en juin 1936 (40 heures par semaine, 15 jours de congés payés) bénéficient à toutes et tous, mais la différence de salaires selon le sexe est maintenue : les ouvrières sans qualifications sont payées entre 25 % et 40 % de moins que les hommes…

Le gouvernement de Léon Blum nomme aussi trois femmes secrétaires d’État : Irène Joliot-Curie, Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg. Elles sont pourtant privées de droits politiques en tant que femmes, et sans droits civils pour celles qui sont mariées. « Trois hirondelles ne font pas le printemps », commente Louise Weiss.

 
Texte du panneau didactique.
 
Manifestation pour fêter les acquis du Front populaire, 14 juillet 1936. Agence France-Presse (AFP). Photographie. © AFP.
 
Willy Ronis. Rose Zehner dans l’atelier de sellerie de l’usine Citroën quai de Javel. Grève déclenchée par la remise en question des acquis du Front populaire, 25/03/1938. Photo © Ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais.
 
« Trois femmes au Gouvernement ». L'Illustré du Petit Journal, 14 juin 1936. Journal. Bibliothèque nationale de France, département Droit, Économie, Politique.
 
Anonyme. La Loïe Fuller dans sa création "Nouvelle Salomé", 1895, muet.

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Attribué à Alice Guy. Les résultats du féminisme, 1906, muet.


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Réalisateur inconnu. « La femme doit voter », vers 1913-1914, muet.

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Jacques Villa. « Louise Weiss: 1ère époque », 1965.

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Les liens de la sororité

Scénographie
Les liens de la sororité

Entre les deux guerres, les réseaux de femmes se multiplient dans la capitale. Les salons, comme celui de Natalie Barney dédié à la culture lesbienne, ou celui des sœurs Nardal consacré à la négritude, prospèrent. Librairies et bibliothèques offrent des possibilités de rencontres, à la librairie Shakespeare and Co, fondée par l’Américaine Sylvia Beach, ou à la Bibliothèque Marguerite Durand, « office de documentation féministe ».

En ces temps où l’accès des femmes aux études et au monde du travail qualifié progresse, les associations et clubs professionnels non mixtes se structurent à Paris, la capitale servant généralement de siège national. La dynamique féministe encourage les femmes à cultiver l’amitié, la solidarité et la sororité, face aux règlements qui les excluent toujours de nombreux clubs et réseaux masculins.

 
Texte du panneau didactique.
 
Romaine Brooks. Portrait de Natalie Clifford Barney (1876-1972), femme de lettres, dit  « L’Amazone », 1920. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris.


4 - DE LA RÉSISTANCE À MAI 68 :
ENTRE DEUX VAGUES (1939-1968)



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DE LA RÉSISTANCE À MAI 68 :
ENTRE DEUX VAGUES (1939-1968)

La défaite de 1940 enclenche une phase de régression pour les droits des femmes. C'est toutefois en citoyennes que certaines s'engagent dans la Résistance. Leur courage justifie la reconnaissance de l'égalité des droits civiques, en 1944. Mais le rôle alloué aux femmes dans la vie politique reste modeste. En revanche, dans les associations et les syndicats, les engagements féminins sont multiples.

Le baby-boom et le conservatisme moral dominant conduisent les femmes à chercher la conciliation entre vie professionnelle, personnelle et maternité. Parallèlement, le modèle familial traditionnel est critiqué par Simone de Beauvoir, qui publie Le Deuxième Sexe en 1949.

En 1961, la lutte pour le droit à la contraception se traduit par l'ouverture à Paris d'un centre de Planning familial. Des « scandaleuses » telles que Juliette Gréco et Françoise Sagan annoncent les changements à venir. D’autres embrassent la dissidence politique et prennent des risques en soutenant l'indépendance algérienne. Puis, dans l'effervescence de Mai 68, les femmes prennent conscience que, dans les manifestations, les assemblées générales ou les grèves, leur voix compte toujours moins que celle des hommes.

 
Texte du panneau didactique.
 
Nelly Schweld. Sac à double paroi appartenant à Lise London (1916-2012), 1942. Accessoire. Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne.

Réalisé par une résistante formée à la reliure aux Arts et Métiers et agente de liaison, ce sac à double paroi très astucieux trompe la police lorsque Lise London, capitaine des Francs-tireurs et partisans, qui y cache des documents clandestins, est arrêtée et fouillée. Après une semaine d'interrogatoires à la préfecture de police de Paris, le sac lui est rendu. Lise London peut enfin en détruire le contenu en le mangeant devant ses compagnes de détention.
 
Anonyme. Joséphine Baker (1906-1975), 1948. Photographie. © Ministère de la Culture / Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Dist. RMN-Grand Palais / Studio Harcourt.

Originaire de Saint-Louis (Missouri), naturalisée française en 1957, Joséphine Baker, célèbre artiste de music-hall, a donné des concerts pour l'armée française et participé au contre-espionnage dès 1939. En mai 1944, elle devient sous-lieutenante dans les Formations féminines de l'air et elle est décorée de la médaille de la Résistance française avec rosette le 5 octobre 1946. En 2021, elle est la sixième femme à entrer au Panthéon.
 
Avis de recherche de Madeleine Marzin après  son évasion, gare Montparnasse, le 17 août 1942. Archives de la préfecture de police de Paris.

Le 31 mai 1942, rue de Buci (6e arr.), des manifestantes, dont Madeleine Marzin (1908-1998), institutrice syndicaliste et communiste, envahissent un magasin et distribuent des vivres pour protester contre le rationnement, les privations et stimuler l'esprit de résistance. Arrêtée par la police, elle s'échappe, part dans l'Est organiser des comités féminins, puis revient pour participer à la Libération de Paris. Elle poursuit son engagement au Conseil général de la Seine et au Parlement en tant qu'élue de Paris.

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Les espoirs de la Libération

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Les espoirs de la Libération

En 1945, au sein du Conseil municipal de Paris, alors majoritairement à gauche, les conseillères sont environ 12%. C’est plus que le pourcentage de femmes à l’Assemblée nationale ou au Conseil général de la Seine (environ 5%). Le Parti communiste est le parti le plus féminisé. Ses élues parisiennes sont des militantes chevronnées, issues de la Résistance, avec de riches parcours associatifs (à l’Union des femmes françaises, notamment) et politiques. Plusieurs ont des mandats nationaux.

Moins nombreuses, les élues catholiques les plus progressistes sur le plan social sont actives au sein du Mouvement républicain populaire. L’Union féminine civique et sociale investit le terrain politique et ouvre, dès novembre 1944, un centre de formation civique pour les femmes à l’Institut catholique de Paris. La modernité de ces apprentissages citoyens entre souvent en conflit avec le discours conservateur du clergé.

 
Texte du panneau didactique.
 
Claude Verrier (1919-2004).  « Je ne vote pas (toujours)... », 1950. Union féminine civique et sociale. Affiche. Centre des Archives du féminisme, université d'Angers.

Cette affiche qui témoigne d'un souci de communication efficace et moderne manie l'humour, en réponse aux détracteurs du vote des femmes. Elle légitime les électrices comme des sujets politiques conscients de réalités spécifiquement liées à l'expérience de la plupart des femmes, et qui ne votent pas nécessairement comme leur mari ou leur père ! Elle émane d'une association catholique, l'Union féminine civique et sociale, ayant longtemps défendu le vote familial au détriment du vote féminin.


Les scandaleuses

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Les scandaleuses

Alors que le féminisme reste au creux de la vague, la littérature, la chanson, la scène échappent en partie au conformisme familialiste et puritain des années cinquante.

Scandaleuse, Simone de Beauvoir, identifiée à la bohème de la rive gauche, incarne désormais la « débauche ». Mais son message éveille les consciences de ses nombreuses lectrices.

Scandaleuses aussi en 1964-1965, les premières Parisiennes qui sortent en minirobes et minijupes, quand d’autres – ou les mêmes – adoptent le pantalon. Précédant la nouvelle vague féministe, le langage vestimentaire parle de libération, sous le regard des  photographes qui saisissent ce moment troublant.

Comme une réplique du séisme des Années folles, les années soixante révolutionnent le rapport au corps. Il devient banal de sortir bras nus et de fumer dans la rue ou au café. Paris est  l’épicentre et la vitrine de tous ces changements culturels.

 
Texte du panneau didactique.
 
Janine Niépce (1921-2007). Étudiante dans un café du Quartier Latin,  rue Soufflot, 1964. Photographie. Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie. © Janine Niépce / NA / Roger-Viollet.
 
Gisèle Freund. Simone de Beauvoir, 1948 (photo recadrée). Photo © Maison Européenne de la photographie / IMEC, Fonds MCC, Dist. RMN-Grand Palais.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Robert Doisneau (1912-1994). Juliette Gréco à Saint-Germain-des-Prés, 1947. Photographie. © Robert Doisneau / Gamma Rapho.

Adoptée par les artistes de Saint-Germain-des-Prés, Juliette Gréco est marquée par la guerre (elle a été emprisonnée à Fresnes, séparée de sa mère et de sa sœur, déportées à Ravensbrück). Elle se lance de tout son être dans l'interprétation sur scène de chansons et de poésies et connaît un immense succès. Aux côtés d’autres personnalités du monde culturel et artistique, Juliette Gréco popularise l'image d’une Parisienne libre, peu soucieuse des convenances.
 
Coccinelle à l'Olympia dans le spectacle Chercher la femme, écrit et mis en scène par Bruno Coquatrix, 1963. Disque vinyle 45 tours. Bibliothèque nationale de France, département Audiovisuel.

La chanson Chercher la femme met en abyme la question de la transidentité. Opérée en 1953, Coccinelle obtient le changement de ses prénoms en 1959. Deux ans plus tard, elle se marie, en donnant une énorme publicité à l'événement, à la mairie mais aussi à l'église, place des Abbesses. Si la scène parisienne est sans doute la plus libre au monde, le préfet de police Maurice Papon n'en fait pas moins « la chasse aux travestis » au nom de la lutte contre la prostitution et de la défense des bonnes mœurs.


Renouveaux au creux de la vague

Scénographie
Renouveaux au creux de la vague

Les revendications des femmes dans le monde du travail trouvent, à partir de 1965, un écho au ministère du Travail. Un Comité d'études et de liaison des problèmes du travail féminin se met en place, présidé par Marcelle Devaud. Il est à l'origine du « féminisme d'État ». Le taux d'activité des Françaises est en hausse, c'est aussi la fin du baby-boom.

Au quotidien, l'une des préoccupations majeures des femmes est de concilier maternité et épanouissement personnel ou professionnel. C'est dans ce contexte que naît en 1956 l'association Maternité heureuse, devenue Mouvement français pour le Planning familial en 1960.

La situation politique est tendue dans un contexte de décolonisation, une cause qu'embrassent un certain nombre de Parisiennes : porteuses de valises, militantes communistes, intellectuelles, avocates ou encore artistes.

 
Texte du panneau didactique.
 
Gisèle Halimi (1927-2020) et Simone de Beauvoir (1908-1986) avec un dessin de Picasso. Djamila Boupacha, 1962 (réédition de 1978). Livre. Musée national Picasso-Paris. © Éditions Gallimard.

L'avocate Gisèle Halimi défend Djamila Boupacha, jeune militante engagée dans la lutte armée pour l'indépendance, arrêtée le 10 février 1960 à la suite d'un attentat manqué. Torturée et violée par des militaires français, son procès devient une tribune politique contre la guerre, la répression et les moyens d'action de l'État colonial. Il met aussi en exergue la participation des femmes dans les mouvements de résistance et la question du viol en temps de guerre.
 
Antoinette, n°52, juin 1968 : Femmes en grève à l'usine Mécanode de Bobigny, 1958. Confédération générale du travail (CGT). Smolianoff (auteur de la photographie). Revue. Collection IHS-CGT.

L'émancipation des femmes se déploie sur la scène syndicale. Héritière du syndicalisme chrétien, la CFDT, avec Jeannette Laot, évolue vers des positions féministes. Les commissions féminines ont un rôle important d'information, de pression et de formation. À la CGT, Marie Couette fonde la Commission féminine et obtient en 1946 la suppression de la loi qui permet l'abattement de 10 % sur les salaires féminins. La revue Antoinette, créée en 1955, témoigne de la vitalité du féminisme syndical.
 
Conférence nationale de la CGT pour la défense des revendications et de l'organisation des travailleuses à Issy-les-Moulineaux, les 15-16 février 1958. Affiche. Collection IHS-CGT.


Mai 68

Scénographie
Mai 68

En 1968, la contestation éclate dans les milieux étudiants, le monde du travail et de la culture. La grève générale transforme Paris en forum. Dans les assemblées générales, les manifestations, les affrontements de rue, les femmes sont partout.

Quelques réunions mixtes sur «les femmes et la révolution» ont lieu mais le sujet est périphérique. Les hommes occupent le devant de la scène médiatique, tandis que les femmes gèrent l’intendance. Un tract à l’Institut d’études politiques ironise à ce sujet : « L’efficacité de la grève serait sans aucun doute plus radicale si toutes les femmes refusaient de faire la cuisine et laissaient s’empiler la vaisselle comme s’empilent les ordures dans la rue […] Souhaitons que les filles de Sciences Po, […] abandonnent au plus tôt leur situation privilégiée de monopole dans leur confection des sandwiches et le service de balayage et de nettoyage de l’école ».

 
Texte du panneau didactique.
 
Mai 68 : Une Assemblée Générale.
 
André Morain. Niki de saint Phalle, « le tir », 1961. Maison européenne de la photographie, MEP. © André Morain.
 
Niki de saint Phalle.  Tir première séance - deuxième séance shooting session, 1961. Musée d’Art Moderne et Contemporain (MAMAC). Photo Muriel Anssens / Ville de Nice. © 2022 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris.


5 - LE TEMPS DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DES FEMMES (1970-2000)



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LE TEMPS DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DES FEMMES (1970-2000)


Dans l'onde de choc des espérances révolutionnaires des années 1968, le féminisme resurgit, métamorphosé. Le Mouvement de libération des femmes (MLF) se forme en 1970 et fait de la liberté de disposer de son corps un enjeu central. Paris accueille de vastes manifestations jusqu'à la confirmation, en 1979, de la loi Veil qui autorise l'interruption volontaire de grossesse.

Les mobilisations sont diverses et inédites : lesbiennes, femmes de ménage, femmes prostituées, femmes noires, femmes immigrées... La domination masculine dans le milieu culturel et intellectuel parisien est dénoncée, le statut des femmes réduites à des objets de fantasme critiqué.

Les mouvements de femmes se transforment à la fin du siècle. La création féminine s'impose dans les rues de Paris, car s'émanciper c'est aussi se donner le droit d'occuper l'espace public pensé par et pour les hommes. Mais les inégalités entre femmes et hommes demeurent importantes dans de nombreux domaines. Ainsi, sur la scène politique les femmes restent sous-représentées, ce qui justifie la campagne pour la parité concrétisée par une loi en 2000.


 
Texte du panneau didactique.
 
Esther Ferrer. Série: Mains Féministes - Photo noir et blanc à partir d’un rayo­gramme de 1977 - N° série: 2/9C - 1977/2005 - Tirage 2012. Collection privée Esther Ferrer.

Le MLF : une révolution symbolique.
Le MLF est non mixte et autogéré. Il veut porter la voix de toutes, mais, très vite, des personnalités comme Beauvoir, des journalistes, des avocates, des écrivaines, des sociologues incarnent dans l'opinion le nouveau féminisme. Des associations, comme Choisir la cause des femmes ou la Ligue du droit des femmes,  représentent une partie du mouvement.
Rapidement des symboles s'imposent.
Le poing levé, symbole des luttes sociales, est fusionné par les féministes avec le signe de Vénus. Le nouveau symbole international du féminisme est présent sur la première affiche d’un meeting sur la libération des femmes à l’université de Vincennes, le 21 mai 1970, et sur la couverture de Partisans, trois mois plus tard. Il est repris par Yvette Roudy au ministère des Droits de la femme en 1981.
Ces mains dessinent une vulve. Alternative au poing levé, symbole phallique, le geste en forme de losange est repris dans les manifestations féministes.
 
Le torchon brûle, menstrue/ n°1, 1971. Mouvement de libération des femmes (MLF). Revue. Archives Recherches Cultures Lesbiennes.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Vidéo : Manifestations diverses.
 
Pierre Michaud.  6 oct 1979 : Marche des femmes, Groupe de femmes assises faisant le signe « féministe », 1979.
© Pierre Michaud / Gamma Rapho.


« Notre corps nous appartient »

Scénographie
« Notre corps nous appartient »

La lutte pour la liberté de l’avortement prend son essor à Paris en 1971. Christine Delphy, Anne Zelensky, avec d’autres militantes du tout nouveau MLF publient le Manifeste des 343 femmes dans Le Nouvel Observateur. Les signataires déclarent avoir avorté. Parmi elles, Stéphane Audran, Colette Audry, Françoise d’Eaubonne, Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Françoise Fabian, Brigitte Fontaine, Antoinette Fouque, Bernadette Lafont, Violette Leduc, Ariane Mnouchkine, Jeanne Moreau, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Micheline Presle, Christiane Rochefort, Yvette Roudy, Françoise Sagan, Delphine Seyrig, Nadine Trintignant, Agnès Varda, Marina Vlady, Monique Wittig. Gisèle Halimi, avocate et fondatrice de l’association « Choisir la cause des femmes », qui a également signé, est prête à intervenir en cas de procès.
C’est le coup d’envoi d’une lutte multiforme pour le droit de maîtriser sa fécondité.

 
Texte du panneau didactique.
 
« C'est tout de même plus chouette de vivre quand on est désiré : avortement et contraception libres et gratuits », 1973. Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC). Mona Thomas (née en 1952), dessinatrice. Imprimerie Germinal. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.

Le bébé hilare dessiné par Mona Thomas paraît en 1971 dans le premier numéro du « menstruel » puis est repris sur des affiches. Le MLAC est une mosaïque de membres Individuels (environ 15 000), de militantes du MLF, de médecins signataires de l'Appel des 331 du 5 février 1973 en faveur de la liberté de l'avortement, de membres du Planning familial, du GIS (Groupe information santé), de la CFDT, du PS et du PSU. La gestion de l'association, créée le 4 avril 1973, est confiée à l'avocate Monique Antoine.
 
« Avortement libre et remboursé pour toutes », vers 1976. Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC). Claire Bretécher (1940-2020). Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
Histoires d'A, 1973. Monique Frydman (née en 1943). Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand. © Adagp, Paris, 2022.

Ce film documentaire par Charles Belmont et Marielle Issartel voit le jour grâce au Groupe information santé et au Planning familial. Il s'inscrit dans le courant du cinéma militant de 1968 et donne à voir un avortement en direct selon la méthode Karman, ainsi que des entretiens avec des militants. À sa sortie, il est interdit à la diffusion publique comme privée. L'affiche est également interdite pour «mauvais goût, seins agressifs et exhibitionnisme de la maternité». La diffusion militante assure toutefois un énorme succès public du film.
 
« Contraception avortement, 1920 : les hommes font la loi, 1974 : nous décidons nous-mêmes », 1974. Mouvement français pour le planning familial (MFPF). Imprimerie Gilles Tautin. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand. Centre de documentation du Planning Familial, Paris.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Captation d'écran montrant Simone Veil faisant son discours à l'Assemblée nationale, 26 novembre 1974. © Institut National de l’Audiovisuel.

Les féministes dénoncent de plus en plus fortement les décès et les stérilités causés par l'avortement clandestin. En 1974, Simone Veil, nommée ministre de la Santé, décide du remboursement de la contraception puis engage un projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Le 17 janvier 1975, la loi autorisant l'IVG est votée pour cinq ans à titre expérimental. L'État reconnaît devoir apporter une solution à un problème de santé publique. Elle est reconduite le 31 décembre 1979.
 
« Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception MLAC : le 6 avril, manifestation, 17h, egl. Notre-Dame », 1974. École nationale supérieure des beaux-arts. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.


Et les Gouines rouges sont arrivées...

Scénographie
Et les Gouines rouges sont arrivées…

Les homosexuelles sont omniprésentes sur la scène féministe. Participer au mouvement des femmes répare un sentiment d’exclusion : l’homosexualité est alors stigmatisée et considérée comme une maladie mentale. Mais les préjugés existent aussi à l’intérieur du mouvement féministe.
En 1971 naît le premier groupe lesbien, les Gouines rouges, en même temps que le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) qui se réunit aux Beaux-Arts et à Vincennes, en rupture avec la modération de la seule association homosexuelle jusque-là existante, Arcadie. À partir de 1975, d’autres collectifs se forment comme le Groupe des lesbiennes féministes, puis le Groupe des lesbiennes de Paris, non sans tensions avec le féminisme. Un mouvement autonome lesbien est en gestation, la «visibilité lesbienne» sera le mot d’ordre des années 1980.
 
Texte du panneau didactique.
 
« Marche nationale des homosexuels et lesbiennes, Paris, samedi 19 juin », 1982. Comité d'urgence anti-répression homosexuelle (CUARH). Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.


Contre le viol et les violences

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Contre le viol et les violences

La dénonciation des violences masculines prend une place centrale dans la nouvelle vague féministe. Elle rejoint en effet la lutte pour la liberté de disposer de son corps et le refus de toute fatalité biologique. Pour le MLF, il faut en finir avec le silence et la honte des victimes. Dès 1970, Emmanuèle Durand (Emmanuèle de Lesseps), dans le numéro de Partisans, raconte son expérience du viol.
Le besoin d’associations spécifiques se fait sentir. SOS Femmes alternatives, avec une ligne d’écoute, est créé en 1975 par la Ligue du droit des femmes. Puis le Collectif contre le viol et les violences sexistes est formé à Paris. En 1978, le Centre Flora-Tristan ouvre à Clichy. Allant dans le même sens, des livres paraissent, diffusant une analyse radicalement nouvelle du viol comme l’expression de rapports de pouvoir. Le 4 mars de la même année, des femmes organisent, pour la première fois à Paris, une manifestation nocturne pour revendiquer le droit de se promener en toute sécurité dans la ville la nuit.

 
Texte du panneau didactique.
 
Elles en ont assez d'être violées, humiliées, réduites en objets, elles attaquent Détective, décembre 1978. Anonyme. Affiche. Archives Recherches Cultures Lesbiennes.

Détective, journal populaire diffusé à 300 000 exemplaires, a l'habitude de titrer sur des « faits divers » liés aux violences sexuelles, dans des affiches très reconnaissables. Des féministes ont l'idée de les détourner en collant ce visuel sur mille d'entre elles, retournant le message du journal. Un collectif de femmes contre Détective se constitue et organise une manifestation contre la presse sexiste.


« D’ici et d’ailleurs » :
femmes exilées, femmes immigrées, femmes noires

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« D’ici et d’ailleurs » : femmes exilées, femmes immigrées, femmes noires

En 1976, une dizaine de femmes africaines, antillaises et afro-américaines créent la Coordination des femmes noires, à l’intersection de deux grandes causes. La première Journée des femmes noires a lieu le 29 octobre 1977. En 1978, Awa Thiam fonde le Mouvement des femmes noires. Le « féminisme noir », qui concerne à Paris des femmes d’origines très diverses, perce difficilement.

L’organisation des femmes racisées est facilitée après 1981 par le droit reconnu aux personnes immigrées de se réunir en association loi 1901. Le nombre d’associations tenues par et pour des femmes étrangères, le plus souvent maghrébines, explose. En 1988, elles sont 48 en Île-de-France. Au premier plan, la satisfaction de demandes économiques, sociales, culturelles.

En 1984, un Collectif féministe contre le racisme se forme à Paris.

 
Texte du panneau didactique.
 
« Lieux de femmes », 8 mars 1982. Maison des femmes. Les répondeuses. Librairie Carabosses. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
Christian Rausch (né en 1950). Gay pride, 19 juin 1983. Photographie © Christian Rausch / Gamma Rapho.
 
Catherine Deudon (née en 1940). Un groupe de femmes et d'hommes interrompt l'émission, Allô Ménie, 1971. Photographie © Catherine Deudon / Roger-Viollet.

Pour protester contre l'émission de radio de Ménie Grégoire (Allô Ménie, réalisée en direct et en public) du 10 mars 1971 sur « L'homosexualité, ce douloureux problème », un groupe d'activistes (à l'origine pour certaines du FHAR et des Gouines rouges) perturbe l'émission, qui est alors interrompue. Catherine Deudon photographie ici la danse de joie qui suit leur action. De gauche à droite : Maffra, Christine Delphy, Monique Wittig, Élisabeth Salvaresi, une femme non identifiée, Antoinette Fouque, Anne de Bascher.
 
Claudine Suret-Canale (née en 1949). « Modefen, Mouvement pour la défense des droits de la femme noire », 1982. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.


Les mobilisations de travailleuses

Scénographie
Les mobilisations de travailleuses

La réduction des inégalités sexuées dans le monde du travail est depuis 1965 un objectif étatique : un Comité du travail féminin est piloté par la gaulliste Marcelle Devaud, puis, en 1974, un secrétariat à la Condition féminine est confié à Françoise Giroud ; en 1983, la loi Roudy porte sur l’égalité professionnelle. D’autres lois suivront, manifestement insuffisantes et mal appliquées. D’innombrables manifestations indépendantes, syndicales et/ou féministes de travailleuses le rappellent. Au bas de l’échelle, les employées de maison vont se mobiliser pour limiter leur journée de travail à 9 heures à la place de 12. Les infirmières s’insurgent régulièrement contre l’invisibilité, le manque de reconnaissance, la faiblesse structurelle de leurs salaires, dans une profession féminine à 80 % et peu syndicalisée.
Malgré quelques avancées, les métiers féminins restent sous-rémunérés.

 
Texte du panneau didactique.
 
Cabu (1938-2015).  « Vivre comme les autres femmes », vers 1975. Affiche. Collection Dixmier.

Cette affiche de Cabu le souligne à juste titre : de nombreuses prostituées craignent d'être séparées de leurs enfants, confiés à la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales. Le 18 novembre 1975, à la Mutualité, deux prostituées, Ulla et Sonia, organisent des Assises nationales de la prostitution, où les prostituées peuvent enfin s'exprimer publiquement. Malgré la constitution d’une Association nationale d'action et de défense des femmes prostituées, le mouvement ne parvient pas à s'inscrire dans la durée.
 
« Le plan des patrons c'est : nous isoler, nous diviser, nous faire payer leur crise ». Femmes en lutte, 13e. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.
 
« L'année des prostituées », Libération, 10 juin 1975. Journal. Musée Carnavalet-Histoire de Paris.

Cinq cents prostituées occupent la chapelle Saint-Bernard pour dénoncer les contraventions dressées pour racolage et les menaces d'emprisonnement en cas de récidive qui mettent les mères en grande difficulté. Elles s'opposent aussi à la réouverture des maisons closes. La médiatisation est intense. Plusieurs organisations politiques et syndicales de gauche, ainsi que des féministes, apportent leur soutien. Le 10 juin 1975, la police met fin brutalement à l'occupation, mais le sujet fait désormais débat.


Exister dans les assemblées élues

Scénographie
Exister dans les assemblées élues

Dans les années 1970, les femmes sont quasi absentes de la vie politique française. Le MLF n’y change rien. En revanche, son existence stimule la révolte au sein des partis politiques.

L’alternance politique de 1974 ouvre la voie à une forme de « récupération » du féminisme par le pouvoir. La féminisation des gouvernements progresse légèrement. Françoise Giroud, la cofondatrice de L’Express, est nommée secrétaire d’État à la Condition féminine. Elle propose « 110 mesures pour les femmes » mais peu seront mises en œuvre.

La même année, Arlette Laguiller se déclare « candidate à la présidence de cette République d’hommes ». Elle est la première à le faire légalement. Si le pouvoir reste masculin, le taux de féminisation de la vie politique parisienne est largement supérieur à celui du reste de la France.

 
Texte du panneau didactique.
 
« Marche mondiale des femmes, 2 000 bonnes raisons de marcher contre les violences [et] contre la pauvreté, 17 juin, Paris », 2000. S.I. Imprimeur. Affiche. Centre des Archives du féminisme, université d'Angers. © Rouleau-Poquin design communication inc.
 
Pascal Guyot. Manifestation pour la défense des droits des femmes le 25 novembre 1995 avec Maya Surduts, Hélène Luc, Dominique Voynet, Arlette Laguiller, Gisèle Halimi, Véronique Neiertz. Photographie. © Pascal Guyot/AFP.
 
Élise Hardy (née en 1962). Manifestation du 17 juin 2000. Photographie. © Élise Hardy / Gamma Rapho.


Cultures féministes

Scénographie
Cultures féministes

Un militantisme spécifique au monde de la recherche se développe dans les années 1980 avec la création de l'Association parisienne des études féministes, qui devient association nationale, animée par Françoise Picq. Avec, parfois, le soutien de l'État, ce nouveau champ de recherche s'institutionnalise progressivement, malgré de fortes résistances. Sont interrogées toutes les dimensions de la condition féminine, en particulier en histoire et en sociologie.

Dans les années 1980, des revendications féministes émergent dans les milieux artistiques, autour de figures d'artistes fédératrices, qui tentent de réduire l'omniprésence masculine.

À partir des années 1990, le concept de genre se diffuse, désignant la construction sociale du féminin et du masculin. À la toute fin du 20e siècle, les approches queer invitent à déconstruire les normes et à s'intéresser aux transgressions de genre.

 
Texte du panneau didactique.
 
Anne Sylvestre (1934-2020). Une sorcière comme les autres, 1975. Disque vinyle 33 tours. Collection particulière. Avec l'aimable autorisation de BC Musique.

En 1975, la chanson d'Anne Sylvestre Une sorcière comme les autres s'impose comme une grande chanson féministe. Sorcières, c'est aussi le titre de la revue féministe littéraire et artistique créée par Xavière Gauthier en 1975, et l'inspiration du nom de la librairie féministe Carabosses, ouverte en 1978. Les sorcières, persécutées pour leur indépendance et leurs savoirs, sont des figures inspirantes pour les féministes.
 
Librairie des femmes. L'avenir graphique. Affiche. Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand.

Inaugurée en 1974, la Librairie des femmes s'installe 68, rue des Saints-Pères (7e arr.). En 1980, elle est transférée 74, rue de Seine (6e arr.) et associée à une galerie. Dix-neuf ans plus tard, elle s'installe à son emplacement actuel, 33, rue Jacob (6e arr.). Lié aux éditions Des femmes, créées en 1972 par Antoinette Fouque (du groupe Psychanalyse et politique du MLF), le catalogue compte des titres essentiels à la culture féministe : essais, fictions et livres audio (la « Bibliothèque des voix », pionnière en Europe).
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
Scénographie
Bibliothèque Marguerite Durand

Fondée en 1932 à partir des collections de Marguerite Durand, cette bibliothèque parisienne documente le féminisme, mais aussi l’histoire des femmes et de leur place dans la société. Elle s'intéresse à présent également aux questions concernant le genre.

Riche de 45 000 ouvrages, dont des éditions rares et originales d'œuvres littéraires écrites par des femmes depuis le 17e siècle, elle conserve aussi la quasi-totalité des périodiques féminins et féministes des 19e et 20e siècles. 4500 lettres et manuscrits de femmes, pour la plupart inédits, ainsi que des images et des objets féministes de toutes époques viennent compléter ces collections.

Elle est partenaire du Centre des archives du féminisme d'Angers et est le principal prêteur de cette exposition.

Pour retrouver l'actualité de la bibliothèque : https://linktr.ee/bibMargueriteDurand

Les livres présentés ici sont dans le catalogue de la bibliothèque.

 
Texte du panneau didactique.
 
ORLAN (née en 1947). Le Baiser de l’artiste. Le distributeur automatique ou presque! n°2, 1977. Photographie. Collection Maison européenne de la photographie, MEP. © Adagp, Paris, 2022.

En 1977, ORLAN réalise un happening féministe à l'entrée de la Foire internationale de l’art contemporain (FIAC), au Grand Palais. Pour dénoncer la marchandisation du corps des femmes et l'absence des femmes artistes dans cette manifestation, elle propose Le Baiser de l'artiste, embrassant les visiteurs qui le souhaitent pour 5 francs. La performance fait scandale, et l'artiste perd son emploi d'enseignante. Quelque temps plus tard, elle s'imposera comme l'inventrice de « l’art charnel ».
 
Helmut Newton (1920-2004). Yves Saint Laurent, Paris, 1975, pour Vogue Paris. Photographie. Collection Maison européenne de la photographie, Paris.

Avec sa main dans la poche, sa façon de tenir sa cigarette, ses cheveux gominés, l'effacement de sa poitrine, la modèle et actrice danoise Vibeke Knudsen ressemble aux garçonnes des Années folles. La jeune femme porte un costume-pantalon à fines rayures avec une blouse à col noué. Le smoking féminin d'Yves Saint Laurent est créé en 1966 ; sa version prêt-à-porter est vendue dans la boutique de la rue de Tournon (6e arr.). Il est un des symboles de la révolution des mœurs.
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Carlos Santos. Foire des femmes à la Cartoucherie de Vincennes, 16-17 juin 1973. Photographie. © Carlos Santos / Gamma Rapho.

Pourquoi une « foire des femmes » ? « Pour danser, chanter, jouer, aimer, toutes ensemble. Pour retrouver notre goût du jeu, enfoui, mutilé, colonisé. Pour une prise de parole collective, où l'art ne soit plus coupé de notre réalité de femmes en luttes. » Sur une estrade, des saynètes sont jouées, comme celle où Josy Thibaut et Christine Delphy réinterprètent Les Malheurs de Sophie, sous le regard bienveillant de Mère et petite mère, œuvre de Raymonde Arcier.
 
William Karel (né en 1940). Foire des femmes à la Cartoucherie de Vincennes, 16-17 juin 1973. Photographie. © William Karel / Gamma Rapho.


Les féministes et l’espace public parisien

Scénographie avec, en haut, des masques des Chiennes de garde, 1999-2000.
Centre des archives du féminisme, université d'Angers.
Les féministes et l’espace public parisien

« C'est tout de même malheureux qu'on ne puisse pas se promener après 9 heures du soir », chantent en 1965 Les Parisiennes, quatuor yéyé. L'insécurité des femmes dans la rue est traitée sur un mode humoristique mais va bientôt devenir un enjeu politique. Les marches de nuit féministes appellent les femmes à agir. « Prendre la nuit », c'est rappeler que la ville appartient aussi aux femmes et qu'il n'est pas de véritable citoyenneté sans droit à la sécurité. Les cours de self-défense se multiplient d'ailleurs à partir des années 1970 dans la capitale.

Paris apparaît aussi comme une ville masculine en raison du sexisme en vitrine dans les commerces. En 1999, Mix-Cité s'en prend à un grand magasin qui a placé des mannequins vivants portant des sous-vêtements sexy en vitrine. La même année, Les Chiennes de garde s'en prennent au Fouquet's, qui refuse les femmes « non accompagnées ».

 
Texte du panneau didactique.
 
Joël Saget. Les Chiennes de garde devant le Fouquet's, 1999. Photographie. © Joel Saget/AFP.

Le dimanche 7 novembre 1999 à 18 heures, deux femmes sont refusées au Fouquet's. On leur explique que, comme l'indique une pancarte, «on ne sert pas les femmes seules». Elles portent plainte et s'adressent à l'association de Florence Montreynaud, Les Chiennes de garde, une toute nouvelle association qui lutte contre le sexisme visant les femmes dans la sphère publique.
 
« La poésie ébauche les contours d'une ville à colorier », 1992. Miss.Tic (1956-2022). Palissade avec pochoir. Collection atelier Miss.Tic © Adagp, Paris, 2022.

À partir de 1985, les pochoirs de l'artiste urbaine Miss.Tic enchantent les murs de Paris. Ses silhouettes féminines sexy en rouge et noir sont accompagnées d'aphorismes qui affirment son désir de jouir de la vie et d'exister dans l'espace urbain : « J'écris à hauteur d'homme ». Poétesse souvent désenchantée, Miss.Tic refuse les étiquettes, mais sa révolte lui inspire des formules ravageuses et politiques. « L'homme est le passé de la femme » et « Le masculin l'emporte, mais où ? ».
 
Lisa Mandel. Histoires de meufs.
 
Tania Mouraud (née en 1942). Série « NI » (installation sur 54 panneaux d'affichage), 1977-1978. Photographie et reproduction d'un plan. Collection de l'artiste © Adagp, Paris, 2022.

Très rares sont les artistes femmes présentes dans l’espace public parisien. Le travail de Tania Mouraud dans la rue, « devenue son atelier », rend visible cette absence. Sur des panneaux publicitaires de l'Est de la capitale, elle fait apposer 54 affiches en noir et blanc portant deux lettres en capitales qui forment un énigmatique « NI », une façon de s'insurger contre la pollution visuelle produite par la société de consommation et de laisser travailler l'imagination.
 
Anonyme, Mme Ève Labouisse-Curie, fille cadette de Marie Curie, inaugurant le nouveau nom de la rue Pierre-Curie, rebaptisée Pierre-et-Marie-Curie à l'occasion du centenaire de Marie Curie, en 1967. Agrandissement d’une photographie. © Musée Curie (Coll. ACJC).