NAN GOLDIN. This Will Not End Well. Après Stockholm, Amsterdam, Berlin et Milan, c’est au tour de Paris d’accueillir cette rétrospective de la photographe américaine Nan Goldin (née à Washington D.C. en 1953), à travers ses diaporamas et vidéos. En effet, si Goldin voulait être cinéaste, c’est par le biais des diaporamas et aujourd’hui des vidéos qu’elle s’exprime. Cela lui permet de modifier en permanence ses œuvres. Ses diaporamas sont différents d’une projection d’un lieu à l’autre.
Depuis 1981, elle a réalisé une douzaine de diaporamas. La présente exposition en présente six, cinq dans le salon d’honneur du Grand Palais et un, gratuitement, dans la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (métro Saint Marcel). Son scénographe, Hala Wardé, a transformé le salon d’honneur en une sorte de village où il a installé cinq structures toutes différentes, adaptées aux œuvres qui y sont présentées. Il n’y a pas de parcours imposé mais il vaut mieux suivre le plan proposé qui nous fait voyager d’une manière chronologique dans ces espaces.
Le premier diaporama, The Ballad of Sexual Dependency (1981-2022 ; 41’ 52”), rassemble plus de 700 images prises sur une longue période, montrant les différentes vies de Goldin, ses multiples relations, ses histoires d’amour, d’intimité, de beauté, de douleur et de perte. Cette œuvre, la plus connue de l’artiste, une référence dans l’histoire de l’art, est dédiée en particulier à tous ceux et celles qui sont morts pendant l’épidémie de sida.
Le deuxième diaporama, The Other Side (1992-2021 ; 16’ 44’’), présenté comme le précédent en version analogique avec le bruit des carrousels de diapositives, rend hommage aux ami-e-s transgenres de Goldin, avec qui elle a vécu et qu'elle a photographié-e-s entre 1972 et 2010.
Vient ensuite Memory Lost (2019-2021 ; 24’ 26’’) qui évoque les côtés les plus sombres de la dépendance aux drogues. Il s’en dégage une ambiance angoissante et l’impression d’être pris au piège. Pour la première fois, Goldin fait appel à des musiciens pour composer une partition.
Parallèlement à Memory Lost, Goldin travaille sur un projet miroir, Sirens (2019-2020 ; 16’ 01’’) réalisé à partir de scènes tirées d’une trentaine de films dont ceux de Clouzot. Dans cette vidéo, Goldin aborde la thématique du plaisir et de la volupté que les drogues peuvent procurer. Sirens fait écho au chant des sirènes qui menaient les marins à leur perte en les attirant jusqu’aux récifs où leurs navires se brisaient.
La dernière œuvre présentée au Grand Palais, Stendhal Syndrome (2024 ; 26’ 02’’) interroge l’intense réaction allant jusqu’à la perte de connaissance que peut provoquer la beauté écrasante de l’art, tel que la décrit Stendhal. Pour illustrer ce syndrome, Goldin s’inspire de six mythes des Métamorphoses d’Ovide, texte lu en voix off par l’artiste elle-même. On se doit de reconnaître que c’est l’œuvre qui nous a le plus touchés, tant par le sujet que par la nature des photographies.
Il en est de même avec Sisters, Saints, Sibyls (2004-2022 ; 35’ 17’’) présenté au centre de l’immense chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Il s’agit d’une commande publique faite à Goldin en 2004 pour être présentée en ce lieu dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.
L’hôpital de la Salpêtrière, commandé par Louis XIV, était un lieu d’enfermement destiné aux femmes et enfants ainsi qu’un asile d’aliénées. C’est cela qui a inspiré à Goldin de raconter sa relation étroite avec sa sœur aînée Barbara. Cette jeune fille très sensible s’était rebellée contre le conformisme des banlieues américaines dans les années 1960. Sa mère l’avait inscrite dans un pensionnat très strict dont elle s’était échappée pour se jeter sous un train, un suicide méthodiquement préparé. Elle avait dix-huit ans et Nan onze. Cette dernière, qui compare sa sœur à Sainte Barbara, une jeune fille vierge décapitée par son père païen pour avoir défié l’ordre patriarcal et proclamé sa foi, met en lumière les forces qui ont poussé sa sœur à mettre fin à ses jours, la façon dont une famille toxique, terrifiée face à la sexualité et la révolte d’une petite fille, a précipité le destin de celle-ci. Ses parents seront dans le déni et masqueront ce suicide. La projection sur trois écrans s’accompagne d’une installation qui représente une jeune fille alitée, allusion au propre enfermement, tant de Barbara que de sa sœur Nan Goldin. Sisters, Saints, Sibyls est une œuvre extrêmement touchante qu’il ne faut pas manquer. C’est aussi l’occasion de visiter cette chapelle, classée monument historique et qui aurait bien besoin d’être rénovée.
Nan Goldin ayant interdit la reproduction de tout ou partie de ses œuvres, le parcours qui accompagne cet article ne comporte que les cartels et les quelques visuels communiqués par le service de presse. R.P. Grand Palais 8e. Jusqu’au 21 juin 2026. Lien : www.grandpalaisrmn.fr.