
ANDRÉ LE NÔTRE EN PERSPECTIVES
1613 - 2013
Article
publié dans la Lettre n° 363
du
20 janvier 2014
ANDRÉ LE NÔTRE EN PERSPECTIVES. 1613 -
2013. Comment rendre hommage, à l’occasion du 400e anniversaire
de sa naissance, dans des salles d’exposition fermées, au génial
concepteur de tant de jardins ? Les commissaires y sont parvenus
en s’attachant à nous faire mieux connaître Le Nôtre, ses méthodes
de travail, ses réalisations et l’influence qu’il a encore aujourd’hui
sur les architectes et les urbanistes.
Le parcours de l’exposition commence de manière inattendue par «
Le Nôtre collectionneur ». Nous découvrons, grâce à des prêts venus
du monde entier, qu’il était passionné par les tableaux, les dessins,
les estampes, les bronzes et les médailles, pour la plupart contemporains,
réalisés par des artistes français mais aussi par des maîtres italiens,
hollandais et flamands. Ces œuvres étaient exposées dans son logis
des Tuileries, visités par tous les amateurs d’art. On voit ainsi
Adam et Eve chassés du Paradis (Le Dominiquin, 1623-1625),
Neptune et Amphitrite ou l’Allégorie du monde marin (L’Albane),
Le Christ et la femme adultère (commandé à Poussin en 1653),
de nombreux petits bronzes - il en possédait 129 - dont un magnifique
Vénus châtiant l’amour (Susini, 1639). N’ayant pas d’héritiers
directs, Le Nôtre fit don au roi en 1693 de ses plus belles pièces.
Dans la salle suivante intitulée « Formation, carrière, honneurs
et réalisations», on apprend qu’il commence sa formation avec son
père, dont il héritera en 1637 de la charge d’Officier du Roi en
tant que jardinier ordinaire du Roi, en charge des Tuileries, où
il est né. De 1629 jusqu’à 1635, année où il devient premier jardinier
de Monsieur, Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, il suit l’enseignement
de Simon Vouet. Dans l’atelier de ce dernier, Premier peintre du
roi, il fait la connaissance de nombreux artistes tels que Mignard
et surtout Le Brun, qu’il retrouvera sur de nombreux chantiers.
C’est également dans cette salle que l’on voit des tableaux représentant
quelques-unes de ses réalisations : Vaux-le-Vicomte, Versailles,
Sceaux, etc. Une carte de l’Europe nous montre toutes ses réalisations
allant jusqu’à Greenwich et Windsor (Angleterre), Postdam et Charlottenbourg
(Allemagne) ou encore Rome. En tout, plus de 50 réalisations qui
ont fait sa renommée jusqu’à aujourd’hui.
Les cinq salles suivantes nous montrent l’étendue des connaissances
de Le Nôtre et ses méthodes de travail. Nous avons vu qu’il avait
une formation de dessinateur et de jardinier. Mais son savoir ne
s’arrête pas là. Il possède toutes les connaissances de la profession,
telles l’arpentage et le nivellement. Bien sûr ce n’est pas lui
qui procède aux relevés. Il les confie à ses collaborateurs, souvent
des membres de sa famille, et c’est à partir de ces relevés qu’il
conçoit ses jardins.
Les commissaires nous décrivent deux techniques utilisées pour les
axes et les points de vue. La première, les collimations, permet
des alignements visuels en coordonnant les distances et les niveaux
grâce à des terrasses. La seconde, dont on a un magnifique exemple
avec le Grand Canal du château de Versailles est l’anamorphose.
Elle sert à compenser la diminution apparente des parties lointaines.
Plus les formes sont éloignées plus elles doivent être allongées
et élargies. C’est du grand art !
Les découverts et les couverts sont également décrits dans ces salles.
Les premiers sont d’immenses parterres ornés de sculptures et de
topiaires, c’est-à-dire des arbustes taillés de telle façon qu’ils
forment des sculptures. Les seconds sont des bosquets où Le Nôtre
joue avec la hauteur des arbres. Ils sont le cadre de fêtes somptueuses,
en particulier dans les quinze bosquets de Versailles, dont l’un
d’entre eux, le bosquet du Théâtre d’Eau, va être rénové par le
paysagiste Louis Benech et le sculpteur Jean-Michel Othoniel, à
qui l’on doit la bouche de métro faisant face à la Comédie française.
La dernière salle est consacrée à « L’héritage et la modernité de
Le Nôtre». Après 65 années de vie active, son art perdure à travers
l’œuvre de nombreux concepteurs. La diffusion de celui-ci passe
par ses réalisations mais aussi par des gravures et des traités.
On voit un grand nombre d’illustrations et de projets allant du
XVIIe siècle à nos jours. Parmi ceux-ci les dessins de Le Corbusier
sont les plus significatifs, mais on peut aussi mentionner le mémorial
du 11 septembre à New-York dont l’auteur, Peter Walker, se déclare
fasciné par « le travail de Le Nôtre sur le vide ». Bien sûr si
rien ne remplace la visite des parcs et jardins que Le Nôtre réalisa,
nous sortons de cette exposition, où l’on ne savait pas trop ce
que nous allions y voir, tout à fait conquis. Château de Versailles
78. Jusqu’au 23 février 2014.
Pour
voir notre sélection de visuels, cliquez ici.
Lien : www.chateauversailles.fr.
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