HENRI ROUSSEAU. L’ambition de la peinture. Enfin une exposition qui met de côté la légende du «Douanier Rousseau» pour nous parler du peintre et de sa pratique artistique. Après le changement de statut de la Fondation Barnes de Philadelphie qui lui permet désormais de prêter ses œuvres, celle-ci a pu coproduire avec le musée de l’Orangerie la présente exposition. Celle-ci réunit des peintures de ces deux institutions qui possèdent, grâce au marchand Paul Guillaume, les plus grandes collections d’œuvres d’Henri Rousseau, auxquelles s’ajoutent des prêts de nombreux musées et collectionneurs d’Europe et d’Amérique. C’est donc une cinquantaine de toiles, dont les plus célèbres, qui sont présentées à Paris après Philadelphie dans un parcours en sept étapes.
Henri Rousseau (1844-1910), né à Laval, est employé au service d’octroi de la ville de Paris, d’où ce surnom de douanier que lui ont donné ses amis peintres. C’est en autodidacte qu’il pratique la peinture, avec les conseils de Jean-Léon Gérôme (1824-1904) et de Puvis de Chavannes (1824-1898). Il s’exerce aussi en faisant des copies au Louvre. Malgré cette absence de formation, il revendique son statut de «peintre», allant même à demander au ministre des Beaux-Arts, en 1884, que quelqu’un le lance. Considéré comme un «naïf» par ses contemporains, il n’est apprécié que par la critique et les autres artistes, au premier rang desquels figure Picasso. En 1893, il prend sa retraite pour se consacrer exclusivement à la peinture. Il a alors 49 ans.
Dans la première section « Moi-même peintre », on voit son fameux autoportrait devant un quai et un pont (Moi-même, portrait-paysage, 1890) ainsi qu’un tableau représentant l’octroi et deux portraits d’homme et de femme sur bois de 1884, entrés récemment dans les collections du musée de l’Orangerie.
Vient ensuite «Rousseau et son cercle; l’invention du portait-paysage». D’autres peintres, tel Léonard de Vinci, ont représenté des gens devant des paysages mais Rousseau systématise cette présentation avec des décors exubérants.
Dans les sections suivantes, on voit comment Rousseau cherche à séduire une clientèle proche de lui, tels des artisans et des commerçants. Pour cela il varie les formats, petits en général, et les sujets, natures mortes, paysages, scènes de la vie courante, etc. À côté de cela, il tente sa chance en participant à des concours officiels pour la décoration de certains hôtels de ville mais est évincé dès les premières étapes des sélections. Il participe aussi au Salon des Indépendants, à partir de 1886, avec de grands formats, recevant même des médailles destinées à son homonyme, ce dont il se vante ! Parmi ceux-ci, on note tout particulièrement La Guerre (vers 1894) et Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix (1907), acquise par Picasso.
Ayant noté l’intérêt du public pour les toiles exotiques de Gauguin, il se lance dans de grandes compositions mettant en scène des animaux sauvages, lions, tigres, singes, etc. au milieu d’une végétation imaginaire, inspirés par les animaux et les plantes qu’il voit au Museum national d’Histoire naturelle et dans les serres du Jardin des Plantes. Les commentaires sont élogieux et il en vient à anticiper les commandes.
Le parcours se termine avec «Les Tableaux Manifestes», trois grandes toiles uniques dans l’œuvre de Rousseau. Sont réunis ici ces trois chefs-d’œuvre que sont La Bohémienne endormie (1897); Mauvaise surprise (1899-1901) et La Charmeuse de serpents (1907).
La dernière salle nous présente la chronologie de Rousseau et de nombreux documents, lettres, articles de presse, interviews qui éclairent la vie et l’œuvre de ce grand artiste. Une très belle exposition avec des panneaux et des cartels développés très intéressants, y compris ceux destinés au jeune public. R.P. Musée de l’Orangerie 1er. Jusqu’au 20 juillet 2026. Lien : www.musee-orangerie.fr.