Parcours en images et en vidéos de l'exposition

ENFIN LE CINÉMA !
Arts, images et spectacles en France, 1833-1907


avec des visuels mis à la disposition de la presse
et nos propres prises de vue

Parcours accompagnant l'article publié dans la Lettre n°536 du 8 décembre 2021



 

Accueil dans la grande galerie
Entrée de l'exposition
Introduction
Enfin le cinéma !
Arts, images et spectacles 1833-1907

En 1895, les frères Lumière inventent le Cinématographe, appareil d’enregistrement et de projection de «photographies animées». Autour de 1906-1907, émerge le cinéma, loisir de masse avec ses salles de spectacle dédiées. Mais c’est au XIXe siècle, dans le contexte d’une nouvelle France urbaine, industrielle et « moderne », que des femmes et des hommes, marqués par un sentiment d’accélération du temps et la conscience accrue de la mobilité du monde, poursuivent ce que l’on pourrait appeler un rêve de cinéma : pouvoir saisir et restituer la réalité telle que nous la percevons, en mouvement, mais aussi en couleur, en relief et sonore. En un mot, faire de la vie un spectacle.

 
Texte du panneau didactique.
 
Légende.


Prologue : La vie même

Scénographie

Le cinéma, par l’entremise de Georges Méliès, en 1896, s’est précocement emparé du mythe grec de Pygmalion et Galatée. Dans les Métamorphoses (Ier siècle après J.-C.), Ovide raconte l’histoire d’un sculpteur, Pygmalion, qui a réalisé en ivoire la statue d’une femme si belle qu’il en tombe amoureux et confie à la déesse de l’amour Aphrodite le souhait de trouver une épouse aussi parfaite. Son voeu est exaucé et alors qu’il embrasse sa sculpture, celle-ci s’anime.

Comment dire mieux cette fascination pour la mise en mouvement de l’inanimé et ce désir d’incarner la vie dans l’image ? Au XIXe siècle, différents spectacles et récits réactualisent ce vieux rêve de l’humanité, comme le tableau vivant ou la pantomime...

Si c’est bien le progrès technologique qui permet enfin l’animation de l’image, le cinématographe choisit le prétexte de l’art classique et du mythe pour mettre en scène sa capacité à représenter la vie comme aucun autre médium avant lui. Rodin traduit le passage du marbre à la chair vivante par la métamorphose de l’informe marmoréen en forme humaine. Méliès fragmente au contraire la figure de Galatée anticipant le montage cinématographique futur. Les images voyagent : le cinématographe s’en enrichit, mais il les popularise jusqu’à la satire parfois. La trivialité cinématographique imprègne le mythe. Cette « impureté » est au fondement de l’art du film.

La photographie tente aussi, dès les premiers daguerréotypes, de se jouer de l’incertitude entre la vie et sa représentation illusionniste, notamment à travers les portraits post-mortem, mais c’est le cinématographe qui semblera en mesure de parfaire cette illusion.

 
Texte du panneau didactique.
 
Anonyme. Folies-Bergère. Tous les soirs tableaux vivants, Paris, impr. Emile Levy, 1883. Lithographie en couleurs, 61 × 40,5 cm. Paris, Bibliothèque nationale de France, Estampes et photographie. Photo BnF.
 
Auguste Rodin (1840-1917).  Pygmalion et Galatée, 1889. Plâtre (moulage du marbre), 76 × 82,4 × 73 cm. Paris, musée Rodin. Photo : © Agence photographique du musée Rodin – Jerome Manoukian.
 
Jean-Léon Gérôme (Vesoul, 1824-Paris, 1904). Pygmalion et Galatée, esquisse à l’huile, 1890. Huile sur toile, 90,5 × 70 cm. The Pittas collection.


1 - Le spectacle de la ville

Scénographie

Sous le Second Empire, Paris se métamorphose « à vue d’oeil » en une métropole monumentale où circulent toujours plus vite les flux de marchandises et de personnes. Capitale de divertissements en tous genres et lieu de consommation de masse, couverte d’affiches, de réverbères ou d’architectures éphémères, elle devient une « ville lumière » mais aussi une « ville écran », un spectacle sans cesse renouvelé.

Dès le milieu du XIXe siècle, les artistes et les photographes veulent capter et restituer « le transitoire, le fugitif, le contingent », selon les mots de Baudelaire (Le peintre de la vie moderne, 1863). Se glissant dans les habits du bourgeois à son balcon, du flâneur des boulevards ou du badaud, ils adoptent de nouveaux points de vue. Le regard mobile des personnes et l’agitation aléatoire des rues sont rendus par des effets de perspective accélérée, de ruptures d’échelles entre les plans, de décentrements et de cadrages découpant abruptement les figures sur les bords.

Le cinématographe, produit de cette culture de la modernité et machine vouée à l’enregistrement de la vitesse, fait de la « capitale des arts » un sujet de prédilection. La fixité du cadre des premiers films Lumière qui perpétuent cette iconographie urbaine les assimile encore à des peintures ou à des photographies (on parle alors de « photographies animées »). Mais, il est aussi héritier d’une lignée d’attractions toujours plus immersives : panoramas, dioramas, aquariums, musées de cire… ambitionnant d’inviter plus encore le spectateur dans l’image.

 
Texte du panneau didactique.
 
Anonyme. Depuis un balcon, quai Voltaire, Paris, vers 1870. Épreuve sur papier albuminé, 14 × 9 cm. Paris, Collection Bernard Garret. Photo © Coll B. Garrett Paris.
 
Gustave Caillebotte (1848 - 1894). Le pont de l’Europe (On the Pont de l’Europe), 1876-1877. Huile sur toile, 105,7 x 130,8 cm. Etats-Unis, Texas, fort Worth, Kimbell Art Museum. Photo © Kimbell Art Museum.
 
Constant Puyo. Ménisque simple. F : 20 [Balcon à Montmartre, Paris], vers 1900. Epreuve argentique, 21 × 16 cm. Paris, musée d’Orsay. Photo © musée d’Orsay / Alexis Brandt.
Scénographie
 
Charles Marville (Charles-François Bossu, dit) (1813-Id.1879). Haut de la rue Champlain, 20ème arrondissement, Paris. Entre 1877 et 1878. 26 x 36,4 cm. France, Paris, Musée Carnavalet. CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
 
Marville (Charles-François Bossu, dit) (Paris, 1813-Id., 1879). Déplacement de la colonne du Châtelet, Paris, avril-mai 1858. Epreuve sur papier albuminé, 25,7 × 35,5 cm. Paris, musée Carnavalet, Histoire de Paris.
 
Berthe Morisot (Bourges, 1841-Paris, 1895). Vue de Paris des hauteurs du Trocadéro, 1871-1873. Huile sur toile, 46 × 81,6 cm. Santa Barbara, Santa Barbara Museum of Art, Gift of Mrs. Hugh N. Kirkland.
 
Honore Daumier (Marseille, 1808 - Valmondois, 1879). ≪ Locataires et propriétaires », dans Le Charivari, 21 février 1854, p. 3. Paris, musée Carnavalet, Histoire de Paris.

Mr Vautour. - Bon !.. voilà encore une maison qu'on abat... Je vais augmenter chacun de mes locataires de deux cents francs !.

Scénographie
 
Pierre Bonnard (1867-1947). Paravent : Promenade des Nourrices ou Frise des Fiacres. 1897. Paravent constitué d’une suite de quatre feuilles lithographiées en cinq couleurs, 143,40 x 46 cm. France, Paris, Musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Michèle Bellot.
 
Louis Anquetin (Etrepagny, 1861-Paris, 1932). Coup de vent sur un pont de la Seine, 1889. Huile sur toile, 120 × 127 cm. Breme, Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen.
 
Camille Pissarro (1830-1903). La Place du Théâtre Français, France, 1898. Huile sur toile, 72.39 × 92.71 cm. Los Angeles, Etats-Unis. Los Angeles County Museum of Art. Collection of Mr. and Mrs. George Gard De Sylva. Photo : © Lacma.
 
Henri Rivière (1864-1951). Passagers sur l’impériale d’un omnibus. Paris entre 1885 et 1895. Épreuve argentique. Paris, musée d’Orsay. © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski, © Adagp, Paris, 2021.
 
Théophile Féau (1839-1892). La Construction de la tour Eiffel vue de l’une des tours du palais du Trocadéro, 1887-1889.
Album relié composé de vingt épreuves sur papier albuminé, 31,8 × 291 cm.

Paris, musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Patrice Schmidt.
 
Anonyme. Champs-Élysées, vue Lumière n°O 151, 189. Collection de l’Institut Lumière. Photo : © Institut Lumière.
 
Joseph Kuhn (Chatenois, 1859- ?). Visite officielle du tsar Nicolas II de Russie et de la tsarine  Alexandra, Paris, 7 octobre 1896. Epreuve argentique (papier à développement), 11,8 × 14,6 cm. Paris, musée d’Orsay.
 
Nadar (Felix Tournachon, dit) (Paris, 1820 - Id., 1910). Vitrine de l’atelier Nadar, Marseille, 1899. Epreuve sur papier albuminé, 21,8 × 16,3 cm. Paris, Bibliothèque nationale de France, Estampes et photographie.
 
Photogramme ci-dessus : Cinématographe Lumière. Panorama des rives de la seine, III, 1897. © Lyon, Collection de l’Institut Lumière.
Scénographie
 
Félix Vallotton (Lausanne, 1865 - Neuilly-sur-Seine, 1925). Scène de rue à Paris, 1897. Gouache et huile sur carton, 35,9 × 29,5 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art, Robert Lehmann Collection, 1975.
 
Felix Vallotton (Lausanne, 1865 - Neuilly-sur-Seine, 1925). Les Rassemblements, 1895 / 1902-1903.  L’Affichage moderne (X). Crayon, encre de Chine, rehauts d’aquarelle sur papier vergé, 26 × 20,7 cm. Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts. Acquisition, 2013.
 
Eugène Atget (1857 – 1927). Saint-Germain-des-Prés, rue de l’Abbaye Paris, 1898. Epreuve sur papier albuminé, 17,4 × 22,8 cm. Paris, musée Carnavalet. Photo : CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet.
 
Giuseppe De Nittis (Barletta, Italie, 1846 - Saint-Germain-en-Laye, 1884). La Place du Carrousel ; Ruines des Tuileries en 1882, 1882. Huile sur bois, 45 × 60 cm. Paris, musée du Louvre.
Scénographie
 
Louis Anquetin (1861-1932). Place de clichy le soir, 1887. Pastel, 69 x 53 cm. Collection particulière. Photo © Peter Schälchli, Zurich.
 
Paul-Emmanuel Legrand (1860-1947). Devant « Le Rêve », 1897. Huile sur toile, 134 × 105 cm. Nantes, musée d’arts de Nantes. Photo © RMN-Grand Palais / Gérard Blot.
 
Jean Beraud (Saint-Pétersbourg, 1849 - Paris, 1935). Aux Ambassadeurs, 1890. Huile sur toile, 60 × 75 cm. Paris, musée des Arts décoratifs.
 
Eugène Atget (Libourne, 1857 - Paris, 1927). Devant une colonne Morris, place Denfert-Rochereau, Paris, 1898. Epreuve sur papier albumine, 20,5 × 17,3 cm. Paris, Bibliothèque nationale de France,  Estampes et Photographie.


2 - Mouvements de la nature

Scénographie

Les recherches des artistes et des savants traduisent des sensibilités et des préoccupations nouvelles. C’est l’animation du monde en son entier, visible et invisible, dont l’évidence est interrogée. La saisie photographique bouleverse la représentation du réel : de l’infiniment grand à l’infiniment petit, des profondeurs sous-marines à celles du corps humain, du mouvement perpétuel des astres à celui, grouillant, des micro-organismes, ce qui échappait à la perception commune est observé, analysé et partagé. Résultant d’un procédé mécanique, la photographie est considérée comme le moyen de reproduction le plus fiable. Ce médium révolutionnaire fournit un formidable répertoire de procédures et d’effets optiques (flou, découpage séquentiel, surimpression, instantané, montage, projection dans l’obscurité) que les peintres et sculpteurs s’approprient.

Les premiers films tournés en extérieur, appelés « vues de plein air » par Méliès, se concentrent sur des motifs récurrents : fumées, nuées, éclairs, mers déchaînées. Comprendre et fixer sur la toile, la plaque ou la pellicule les mouvements des êtres, des choses et des éléments est la grande affaire de cette fin de siècle.

À l’instar du cinéma, articulant les contraires entre l’observation scientifique du fonctionnement du monde et sa restitution sensible, les créateurs de l’Art nouveau et la danseuse Loïe Fuller, convaincus des capacités émotionnelles de la ligne serpentine, génèrent des formes inédites : ils cristallisent dans la matière ou figurent par la danse le sentiment vitaliste de la croissance et les cycles de la vie.

 
Texte du panneau didactique.
 
Antonin Daum (Bitche, 1864 - Nancy, 1930) et Louis Majorelle (Toul, 1859 - Nancy, 1926), Flambeau Magnolia, vers 1902. Lampe-flambeau à trois bras, bronze doré et ciselé, verre double moulé et ciselé, 84,5 × 25 cm. Nancy, musée de l’Ecole de Nancy.
 
Auguste Renoir (1841-1919). La Seine à Champrosay, 1876. Huile sur toile, 54,6 × 66 cm. Paris, musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Patrice Schmidt.
 
Norbert Goeneutte (Paris, 1854 - Auvers sur-Oise, 1894). Le Pont de l’Europe et la Gare Saint-Lazare, 1887. Huile sur toile, 47,6 × 56,5 cm. Baltimore, The Baltimore Museum of Art, The George A. Lucas Collection.
 
Auguste Delaherche (1857 - 1940). Grand vase, 1893. Grès émaillé, H. : 51,2 cm. Paris, musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda.
 
Agathon Léonard (Lille, 1841 - Paris, 1923), Jeu de l’écharpe, 1899. Biscuits de porcelaine dure.Danseuse no 2, 45,5 × 23,3 × 20,9 cm ;  Danseuse no 4, 50 × 20,6 × 17,9 cm ;  Danseuse no 5, 47,4 × 23,1 × 20,7 cm ; Danseuse no 13, 53,1 × 39,4 × 17,5 cm ; Danseuse no 14, 52,6 × 33,7 × 16,5 cm. Sèvres, Manufacture et Musée nationaux.
 
The taber bas-relief photographic syndicate Ltd (Paris). Mlle Loïe Fuller, 1897. Photographie, épreuves au citrate (aristotype), 18,40 x 22,60 cm. France, Paris, Musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Jean-Gilles Berizzi.
 
Théodore-Louis-Auguste Rivière (Toulouse, 1857 -  Paris, 1912). Loïe Fuller, vers 1900. Plâtre, 29 × 18 cm. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
 
Gustave Caillebotte (1848 -1894). Linge séchant au bord de la Seine, Petit-Gennevillier, 1892. Huile sur toile, 106 x 150 cm. Allemagne, Cologne, Wallraf-Richartz-Museum & Fondation Corboud. Photo © Rheinisches Bildarchiv Köln Cologne.
 
Léon Foucault (1819-1868). Sang de grenouille, juin 1844. Daguerréotype, 8,6 × 11,4 cm. Paris, BnF. Photo BnF.
Scénographie
 
Félix Vallotton (1865-1925). La Valse, 1893. Huile sur toile, 61 x 50 cm. Le Havre, musée d’art moderne André Malraux. Collection Olivier Senn. Donation Hélène Senn-Foulds, 2004. Photo © MuMa Le Havre / David Fogel.
 
Anonyme. Théâtre des Menus-Plaisirs … tous les soirs à 8h ½ Les Invisibles, 1883. Lithographie en couleurs, 61 x 42,3 cm. France, Paris, BNF. Photo © Photo BnF.
 
Etienne-Jules Marey (Beaune, 1830 - Paris, 1904), Décomposition du vol d’un goéland. Réplique de la sculpture originale en bronze (Collège de France), 1887. Résine, 12,9 × 57 × 23,5 cm. Beaune, musées de la ville de Beaune.
 
Photogramme ci-dessus : Alice Guy-Blaché (née Alice Guy) (1873-1968). Baignade dans un torrent. France, 1897. Production : Société Léon Gaumont & Cie, Paris. Collection Gaumont-Pathé Archives.


3 - Du temps donné à voir

Scénographie

La révolution des transports, les cadences nouvelles de la fabrication des biens matériels ou encore le développement de la presse quotidienne à grand tirage transforment la perception du temps. Le surgissement des évènements et leur disparition soudaine deviennent des sujets à part entière pour la peinture, la photographie et l’imagerie populaire.

Une dimension essentielle s’impose alors à la vocation représentative des arts : la variabilité temporelle. Le dispositif du diorama qui se multiplie au cours du XIXe siècle tente d’y répondre ; une même image permettant d’alterner une vision diurne et nocturne d’un paysage.

Les possibilités sérielles de la machine photographique répondent aussi au tourment de la représentation du temps. En restituant des scènes quelconques tirées du quotidien – tels des essais d’instantanés en plongée sur l’animation d’un carrefour urbain - la photographie contribue à détourner les artistes de la représentation de l’événement historique, de l’instant prégnant, idéalisé, sacralisé dans les compositions
de la peinture d’histoire.

L’intérêt grandissant des peintres – notamment Monet et Pissarro - pour la durée les entraîne à cultiver la sensation, à traduire la nature éphémère des manifestations du réel dans des recherches audacieuses sur la couleur, déclinant en séries des variations sur un même motif.

Avec le cinématographe, le temps ne sera plus symbolisé. Il ne relèvera plus de la synthèse ni de l’intermittence, mais il sera reproduit par le défilement d’images photographiques, les photogrammes.

 
Texte du panneau didactique.
 
Louis Lumière (1864 – 1948). Place des Cordeliers, Lyon [en 55 photogrammes], 10 mai 1895 (prise de vue). Cinq épreuves argentiques contrecollées sur une planche cartonnée. Paris, musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Alexis Brandt.
 
Claude Monet (1840-1926). Cathédrale de Rouen. Le portail et la tour Saint-Romain, effet du matin, harmonie blanche, 1893. Huile sur toile, 106,5 x 73,2 cm. France, Paris, Musée d’Orsay. Photo © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt.
 
Claude Monet (1840-1926). La Cathédrale de Rouen. Le portail, soleil matinal, 1893. Huile sur toile, 92,2 × 63 cm. Paris, musée d’Orsay.
 
Claude Monet (1840-1926). Cathédrale de Rouen, le portail, temps gris, harmonie grise, 1892. Huile sur toile, 100,2 x 65,4 cm. France, Paris, Musée d’Orsay. Photo © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt.
 
Claude Monet (1840-1926). Cathédrale de Rouen, le portail et la tour Saint Romain, plein soleil, harmonie bleue et or, 1893. Huile sur toile, 107 x 73,5 cm. France, Paris, Musée d’Orsay. Photo © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt.
 
Camille Pissarro (Charlotte-Amélie, Iles Vierges, 1830 - Paris, 1903). Le Boulevard Montmartre, mardi gras, après-midi, 1897. Huile sur toile, 63,5 × 77,5 cm. Los Angeles, Hammer Museum, The Armand Hammer Collection. Gift of the Armand Hammer Foundation.
 
Camille Pissarro (Charlotte-Amélie, Îles Vierges, 1830 - Paris, 1903), Le Boulevard Montmartre, matin d’hiver, 1897. Huile sur toile, 64,8 × 81,3 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art, Gift of Katrin S. Vietor, in loving memory of Ernest G. Vietor, 1960.
André Adolphe Eugene Disderi (Paris, 1819 - Id., 1889). Triple autoportrait place de la Concorde, Paris, vers 1865.
Epreuve sur papier albumine, 10,7 × 28,8 cm.
Paris, Collection Christophe Goeury.
 
Pierre Henri Amand Lefort (fabricant). Château des Fleurs aux Champs-Élysées, avec effet jour / nuit, après 1849.
Lithographie en couleurs recto-verso perforée, vue pour polyorama panoptique, 14,5 × 20 cm.
Paris, La Cinémathèque Française, Conservatoire des techniques.

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Louis Daguerre (Cormeilles-en-Parisis, 1787 - Bry-sur-Marne, 1851). Charles-Marie Bouton (Paris, 1781 - Id., 1853),
Le Campo Santo de Pise, entre 1834 et 1839. Huile sur toile, 92 × 152 cm.
Collection particulière.

 

Scénographie

Le spectateur du cinéma aurait-il son origine dans le cadre domestique ? À partir des années 1830, c’est en effet dans l’intimité, chez soi et en famille, que l’on s’enthousiasme devant les premières images en mouvement (phénakistiscopes, folioscopes, praxinoscopes…) et diverses expériences optiques comme les kaléidoscopes, la stéréoscopie, ou les vues d’optique, qui fonctionnent comme des dioramas miniatures. Ces nouveaux « joujoux scientifiques » suscitent l’intérêt du poète Baudelaire, pour qui ils « peuvent amuser longtemps, et développer dans le cerveau de l’enfant le goût des effets merveilleux et surprenants » (Morale du joujou, 1853). Le monde bourgeois s’habitue à voir, mais aussi à manipuler et à mettre en mouvement lui-même ces images « à portée de main ». Le cinématographe sera conçu, dès ses débuts, comme une machine et une pratique théoriquement accessibles à tous.

 
Texte du panneau didactique
 
Emile Reynaud. Praxinoscope. Théâtre de Luxe, 1889. 36 × 25 × 34 cm. Paris, La Cinémathèque française, Conservatoire des techniques.
 
Anonyme. Polyorama panoptique (petit modèle) et ses six vues, à partir de 1849. 20 × 16 × 29 cm (appareil ferme) ;
lithographies en couleurs sur parchemin, 10 × 14,5 cm.
Paris, La Cinémathèque Française, Conservatoire des techniques.
 
Anonyme. Stéréoscope à main, 1880. 11 × 18,7 × 12,5 cm. Paris, La Cinémathèque Française, Conservatoire des techniques.
 
Carlo Ponti (Genève, 1823 - Venise, 1893). Mégaléthoscope, 1862. 62 × 48 × 90 cm (appareil fermé). Paris, La Cinémathèque française, Conservatoire des techniques.


4 - Le corps mis à l'épreuve

Scénographie

La frénésie semble s’emparer des corps, à l’heure de la mise en scène des prouesses sportives et des convulsions hystériques, sous couvert d’observations scientifiques. Gesticulations, pantomimes, tics, contorsions ou déformations inspirent aux artistes et caricaturistes des audaces plastiques qui feront des organismes, des squelettes ou des carcasses les sujets principaux de l’«attraction cinéma» et des premières vues comiques produites par Pathé et Gaumont. Mécanisé par le mouvement perpétuel des phénakistiscopes ou par les chronophotographies d’Etienne-Jules Marey et Albert Londe, démembré par les prestidigitateurs et les opérateurs de films « à trucs », comme Georges Méliès et Segundo de Chomon, accéléré par les tours de manivelle des projectionnistes, le corps s’émancipe des canons traditionnels de la figuration réaliste.

Qu’il soit pathologique, excentrique, voire monstrueux, sa représentation est l’un des ressorts des films des premiers temps, lesquels enfreignent parfois la bienséance par l’obscénité des gestes et des regards, des allures et des costumes. S’il contribue à la fétichisation et à l’érotisation des femmes, le cinéma perpétue et renforce aussi la violence des stéréotypes coloniaux et racistes en se nourrissant d’« exhibitions » diverses, du barnum forain aux « villages indigènes » situés dans les expositions universelles, en passant par le Jardin d’acclimatation qui institue, en 1877, la pratique de monstration d’êtres humains.

Ces représentations spectaculaires, à logique commerciale, témoignent de l’intégration de l’Autre dans une chaîne très hiérarchisée (de la bête brute, tel le singe, à l’homme blanc au sommet, en passant par l’animal noble, comme le lion, suivi par le colonisé, l’enfant et la femme) et attirent alors un public de citadins de plus en plus nombreux.

 
Texte du panneau didactique.
 
Georges Desvallières (Paris, 1861 - Id., 1950). Joueurs de balle, 1894. Pastel, 141,5 × 141,5 cm. Collection particulière.
 
Claude Monet (1840-1926). Les Déchargeurs de charbon, vers 1875. Huile sur toile, 54 × 65,5 cm. Paris, musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Patrice Schmidt.
 
Alexandre Promio (1868-1926). Déchargement d’un navire, vue Lumière nº 34, Espagne, 21 mai- 12 juin 1896. Collection de l’Institut Lumière. © Institut Lumière.
Fernand Pelez (Paris, 1843 - Id., 1913). La Bouchée de pain (études), vers 1904.
  Trois jeunes hommes de profil ;  Vieil homme coiffé d’un chapeau melon, une besace en bandoulière ; Homme courbé en avant, mains dans les poches ; Un vieil homme à béquilles et un jeune homme côte à côte ;
Homme de trois quarts coiffé d’une casquette, mains dans les poches.
Huile sur toile, 179 × 69,5 cm (tableau final). Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
 
Paul Richer (1849-1933). La Course, 1895. Phénakistiscope, 70 × 45 × 1,45 cm. Paris, Beaux-Arts de Paris. Photo © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris.
 
Thomas McLean (1788-1875) [fabricant]. Mac Lean’s Optical illusions or Magic Panorama, entre 1833 et 1834. Disque de phénakistiscope. Diamètre 23,5 cm. France, Paris. Cinémathèque Française. Photo © Collection La Cinémathèque française / Stéphane Dabrowski.
 
Disque de phénakistiscope. Paris, La Cinémathèque française,
Conservatoire des techniques.

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Disque de phénakistiscope. Paris, La Cinémathèque française,
Conservatoire des techniques.

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Scénographie
 
Anonyme. Folies-Bergère. Le Dernier mystère du Docteur Lynn. Où est le corps ?, Paris, impr. Emile Levy, entre 1884 et 1886. Lithographie en couleurs, 60 × 42 cm. Paris, musée Carnavalet, Histoire de Paris.
 
Maison Roullet-Decamps, Automate. La Charmeuse de serpent, Zulma, années 1880. 90 × 40 × 40 cm. Monaco, Nouveau musée national de Monaco, collection Madeleine de Galea.
 
Alfred Boucher (Bouy-sur-Orvin, 1850 - Aix-les-Bains, 1934). Au but ! 1886. Bronze, 46 × 70 × 35 cm. Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel.
 
Georges Méliès (Paris, 1861 - Orly, 1938). L’Homme à la tête en caoutchouc, France, 1901. La Cinémathèque Française.

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Scénographie
 
Louis Périer. Château des Clos, Bonnelles, 1886. Épreuve sur papier albuminé, 10 × 15,4 cm. Paris, Collection Bernard Garrett. Photo © : Coll B. Garrett Paris.
 
Anonyme. Démonstration par un gymnaste d’un mouvement aux barres parallèles, 1890. Épreuve au citrate (aristotype), 21,5 × 26,7 cm. Paris, musée d’Orsay. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Patrice Schmidt.


5 - Regards de voyeurs, corps de femmes

Scénographie

Si le terme « voyeur » apparaît dans le langage des années 1880 pour définir le regardeur, par effraction, d’un spectacle érotique, cette figure fait déjà l’objet de représentations récurrentes dès les années 1840. Les caricaturistes de la presse satirique illustrée croquent alors des hommes, au théâtre ou aux bains de mer, qui braquent lorgnettes, télescopes ou jumelles sur les corsets, les mollets ou les tenues de bain des femmes. Ils sont rejoints dès les années 1850 par les photographes qui, dans leur studio, mettent en scène des modèles féminins exhibant leur anatomie, parfois même en pleins ébats sexuels, sous le regard d’un homme toujours habillé.

Le stéréoscope, instrument de visionnement binoculaire à pratique solitaire, « pour voir les dames de près », redouble le dispositif voyeuriste. Il oblige le consommateur de ces images vendues sous le manteau à pencher ses « yeux avides » sur deux « trous », selon l’anathème de Baudelaire lancé contre la photographie. L’appareil apporte profondeur et volume aux images finement coloriées à la main, et permet de scruter les regards, les corps et les sexes dans leur singularité.

Les opérateurs de films recyclent les outils de la représentation du voyeurisme photographique : trou de serrure, oeilleton, fenêtre dans un paravent, loupe, télescope ou jumelles. Par la vertu du montage alterné des plans, le spectateur observe le mateur, et aussi ce qu’il est censé voir : coucher, bain ou encore effeuillage d’une femme. Avec le cinématographe, le modèle destine sa parade érotique autant au voyeur inclus dans le champ qu’à
la caméra et… au public.

 
Texte du panneau didactique.
 
Henri de Toulouse-Lautrec (Albi, 1864 - Saint-André-du-Bois, 1901). Le Photographe Paul Sescau, Paris, s.n., 1896. Lithographie en quatre ou cinq couleurs, 60,7 × 80 cm. Paris, Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, collections Jacques Doucet.
 
Duparc (?- ?).  Le Rêve d’une Grisette, 1897. Deux photographies (douze exposées) extraites d’un ensemble composé de vingt.
Epreuves au citrate (aristotypes), 11,8 × 16,8 cm (chacune).
Paris, Bibliothèque nationale de France, Estampes et photographie.
 
- Anonyme. Modèle nu (Victorine Barré) regardant les objectifs binoculaires de la chambre photographique, vers 1850. Daguerréotype stéréoscopique colorié. Collection W. & T. Bosshard.
- Anonyme. Le Coucher. Modèle jetant un regard hostile, vers 1855. Daguerréotype stéréoscopique.  Collection W. & T. Bosshard.
- Anonyme. La Toilette. Modèles nus jouant la surprise, vers 1855. Daguerréotype stéréoscopique colorié. Collection W. & T. Bosshard.
 
Félix-Jacques Moulin (1802-1879). Nu, reflet au miroir, Narcisse, 1850. Daguerréotype stéréoscopique colorié, 6,1 × 5,4 cm. Paris, musée d’Orsay don de la Fondation Kodak-Pathé, anc. Collection Thérèse Bonney, 1983. Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Patrice Schmidt.
De gauche à droite :
- Ferdinand Zecca, Pathé Frères – Ce que l’on voit de mon sixième – 1901. © Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.
- Anonyme, Pathé Frères – Five Ladies – 1900. © Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.
- Ferdinand Zecca, Pathé Frères – Par le trou de la serrure – 1901. © Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.
 
Ferdinand Zecca (1864-1947). Ce que l’on voit de mon sixième ou Scènes vues de mon balcon, Pathé, 1901.
Collection Gaumont-Pathé Archives. © 1901 – Fondation Seydoux – Pathé.


6 - Une réalité augmentée

Scénographie

Au XIXe siècle, se développe une culture des inventions scientifiques dont le but est de s’approcher au plus près de l’illusion de la réalité et de l’expérience perceptive. Pour certains inventeurs des années 1860 comme Charles Cros ou Louis Ducos du Hauron, la quête de l’enregistrement et de la restitution du mouvement s’accompagne de celle des couleurs ou de la vision en relief.

La couleur, d’abord peinte artisanalement sur la pellicule, selon la technique utilisée pour les plaques de lanterne magique ou les photographies, est un élément à part entière de l’attraction cinématographique. Elle est vive, changeante et surnaturelle plutôt que réaliste, et pleinement « moderne », comme celles des nouveaux colorants industriels, des feux d’artifice, de la chromolithographie ou des éclairages électriques de la danseuse Loïe Fuller.

Si le cinéma en trois dimensions ne voit le jour qu’au siècle suivant, des expérimentations visent à adapter la stéréoscopie au cinématographe ou à animer des anaglyphes. Comme en peinture, de nombreux films suggèrent le relief par des effets de trompe-l’oeil et de sujets dont la trajectoire semble devoir « crever l’écran » en s’approchant du spectateur.

Les premiers films ne sont pas non plus silencieux. Présentés en « programmes » d’une dizaine de vues et d’une trentaine de minutes commentés par des conférenciers ou « bonimenteurs » forains, ils sont aussi souvent bruités et accompagnés de musique, et même bientôt synchronisés avec des pistes de phonographes sur lesquels sont enregistrées les plus célèbres voix des artistes de la Belle Époque.

 
Texte du panneau didactique.
 
François Flameng (Paris, 1856 - id., 1923). Phono-Cinéma-Théâtre. Exposition de 1900, Paris. Affiches Camis, 1900. Lithographie en couleurs, 244,5 × 124 cm. Paris, musée Carnavalet, Histoire de Paris.
 
Léon Belly (1827-1877). Pèlerins allant à La Mecque, 1861. Huile sur toile, 161 x 242 cm. Paris, France, musée d’Orsay. © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Léwandowski.
 
Alexandre Promio (1868-1926). Caravane de chameaux, vue Lumière n°407, 1897. Collection de l’Institut Lumière. Photo : © Institut Lumière.
 
Pal. La Loïe Fuller. Folies-Bergère, 1893. Lithographie, 125 × 85 cm. Paris, Bibliothèque Forney. © Bibliothèque Forney / Roger-Viollet.
 
Jules Chéret (Paris, 1836 - Nice, 1932).  Folies-Bergère. La Danse du feu, Paris, impr. Chaix, 1897. Lithographie cinq couleurs, 125 × 99 cm. Paris, Bibliothèque nationale de France, Estampes et photographie.
Edouard Detaille (Paris, 1848 - Id., 1912). Panorama de la bataille de Champigny (fragment), 1882. Huile sur toile, 166 × 457 cm.
Nantes, musée d’arts de Nantes.
 
Jean-Léon Gérôme (Vesoul, 1824 - Paris, 1904). Sarah Bernhardt, vers 1895. Marbre, teinture, taille avec mise aux points, pierre, taille, 69 × 41 × 29 cm. Paris, musée d’Orsay.
 
Adrien Tournachon (Paris, 1825-Id., 1903). Le Mime Charles Deburau écoutant, 1854. Épreuve sur papier salé, 28,7 × 21,3 cm. Paris, musée d’Orsay, don de M. et Mme André Jammes. Photo © musée d’Orsay / Patrice Schmidt.
Auguste-Barthélemy Glaize (Montpellier, 1807 - Paris, 1893). Spectacle de la folie humaine, 1872.
Huile sur toile, 152 × 310 cm.
Arras, musée des Beaux-Arts.
 
Maximilien Luce (Paris, 1858 - Id., 1941). L’Aciérie, 1895. Huile sur toile, 116 × 89 cm. Genève, Association des amis du Petit Palais.
 
Gaston de La Touche (Saint-Cloud, 1854 - Paris, 1913). Grand jet d’eau, s.d. Pastel, 78 × 55 cm. Paris, Musée d’Orsay, legs de M. Jean-Pierre Hugot, 1976.
Scénographie
 
Paul Signac (Paris, 1863 - Id., 1935). Femme à l’ombrelle, 1893. Huile sur toile, 81 × 65 cm. Paris, musée d’Orsay.
 
François Willème (Sedan, 1830 - Roubaix, 1905). [Portrait de femme], statuette, vers 1863-1868. Biscuit de porcelaine en photo-sculpture, 52 × 53 × 30 cm. Paris, musée des Arts Décoratifs.
 
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), Louis Comfort Tiffany (1848-1933). Au Nouveau Cirque, Papa Chrysanthème, vers 1894. Vitrail : verres "américains", cabochons, H. 120 ; L. 85 cm. Musée d’Orsay, Paris. Photo © Rmn – Grand-Palais (Musée d’Orsay) / Gérard Blot.
 
Edgar Degas (Paris, 1834-Id., 1917). Chanteuse au café, 1879. Huile sur toile, 53,5 × 41,8 cm. Chicago, The Art Institute of Chicago, Bequest of Clara Margaret Lynch in memory of John A. Lynch. Photo : The Art Institute of Chicago.


7 - L'histoire en tableaux

Scénographie

Dès 1896, le cinématographe s’attache à raconter des histoires en proposant de courts films historiques ou religieux. Ceux-ci font appel à la culture visuelle et à l’imaginaire collectif de la période, dominés par les reproductions des oeuvres de peintres académiques tels Delaroche ou Gérôme, par les bibles illustrées de Doré ou Tissot, ou encore par les derniers grands succès de la peinture militaire ou religieuse au Salon (Detaille, Merson), qui font l’objet de tableaux vivants ou d’adaptations théâtrales.

Tous ces artistes ont en commun un sens certain de l’invention. Ils délaissent le modèle théâtral classique de la peinture d’histoire et développent de nouvelles stratégies narratives : hors-champ, suspense, représentation de l’«instant d’après» qui inscrivent le moment représenté dans une temporalité étendue, que le cinématographe n’a plus qu’à « dérouler » à l’écran. Si les premiers réalisateurs de fictions (Alice Guy, les frères Lumière, Georges Méliès) empruntent à ces oeuvres leurs propositions narratives, ils s’en servent aussi comme documents pour imaginer les costumes et les décors.

Avec ces films mettant en scène les grands moments de l’histoire de France ou la vie de Jésus-Christ, le cinématographe s’affirme comme un médium populaire, divertissant et édifiant, qui sait flatter les sentiments patriotiques ou dévots des spectateurs. Son identité étant encore imprécise, le cinématographe se pare parfois des attributs de la peinture en installant autour de l’écran un cadre doré.

 
Texte du panneau didactique.
 
Carrey (?- ?). Les Dernières Cartouches. Théâtre de l’Ambigu. Paris, impr. Ch. Wall & Cie, 1903. Lithographie en couleurs, 160 × 121 cm. Paris, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.
 
Alphonse de Neuville (1835-1885). Les Dernières Cartouches. Défense d’une maison cernée par l’ennemi, 1873. Huile sur toile, 110 × 165 cm. Bazeilles, Maison de la Dernière Cartouche. Photo : © Musée de la dernière cartouche - comité national des traditions des TDM.
 
Alexandre Promio (attribué à) (1868-1926). Les Dernières Cartouches. Vue Lumière n°O 745, 1897. Barcelone, Filmoteca de Catalunya. Photo : © Institut Lumière.
 
Luc Olivier Merson (1846-1920). Le repos pendant la fuite en Egypte, 1880. Huile sur toile, 77 x 133 cm. France, Nice, Musée des Beaux-Arts Jules Chéret. Photo © Laurent Thareau © Adagp, Paris, 2021.
 
Alexandre Promio (1868-1926). II. La Fuite en Égypte, vue Lumière n°934, 1897. Collection de l’Institut Lumière. © Institut Lumière.
Scénographie
 
Gustave Doré (Strasbourg, 1832 - Paris, 1883). La Maison de Caïphe, 1875. Huile sur toile, 107,6 × 177,2 cm. Houston, The Museum of Fine Arts. Museum purchase funded by the Laurence H. Favrot Bequest.
 
Alexandre Cabanel (1823-1889). Cléopâtre dit aussi Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort, 1887. Huile sur toile, 162,6 × 287,6 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunste. Photo : © Hugo Maertens, Collection KMSKA - Flemish Community (CC0).
 
Paul Delaroche (Paris, 1797 - Id., 1856) et son atelier. L’Assassinat du duc de Guise, 1834. Huile sur toile, 88,5 × 126,5 cm. Blois, musée du Château de Blois.
 
Jean-Joseph Weerts (Roubaix, 1846 - Paris, 1927).  Marat assassiné ! 13 juillet 1793, 8 heures du soir, 1880.  Huile sur toile, 268 × 360 cm. Paris, Centre national des arts plastique en dépôt à La Piscine, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent, Roubaix.


Épilogue : la salle de cinéma

Scénographie

Au début du XXe siècle, les projections cinématographiques sont des attractions spectaculaires, parmi d’autres, intégrées aux représentations acrobatiques ou de jonglerie et aux jeux d’illusion et de prestidigitation. Elles remplacent certains spectacles de cabaret, café-concert et music-hall passés de mode. Vers 1906-1907, le spectacle cinématographique, « ambulant », colporté par les forains, se sédentarise progressivement en s’installant dans des architectures dédiées, éclectiques et festives.

L’enjeu crucial est désormais de séduire et fidéliser un public de spectateurs socialement très divers en lui proposant des films plus longs, narratifs et régulièrement renouvelés. La location de bobines aux propriétaires de salles, instituée en 1907 par l’entreprise Pathé, transforme le «cinématographe» en profondeur : si le terme désigne d’abord un objet d’attraction foraine (un appareil de projection et des pellicules), son acception se dématérialise pour signifier une expérience temporelle et immersive, que l’on nomme aujourd’hui « cinéma ».

L’avocat et écrivain Edmond Benoit-Lévy, fondateur de l’Omnia-Pathé, la première salle parisienne véritablement consacrée au cinéma (1906), racontera : « j’ai voulu qu’un de mes actes les plus importants dans la carrière du film fût un acte de confiance : la construction d’une salle de bonne compagnie. Je pense que le spectacle des vues animées n’a rien à gagner aux établissements rudimentaires et mal tenus. Le délabrement, la saleté encouragent à accueillir des productions viles. Car je considère le cinématographe comme un moyen d’expression nouveau. »

 
Texte du panneau didactique.
 
Louis Abel-Truchet. Le cinéma Gaumont-Palace, place de Clichy, vers 1913. 50 x 61 cm. France, Paris, Musée Carnavalet. CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
 
Emmanuel Stanek (Prague, 1862 - Londres, 1920). Théâtre Salon des visions d’art. Le Gioscope. Miss Darling. Chromo. Paris, Affiches Brondert, 1900. Lithographie en couleurs, 115 × 155 cm. Paris, La Cinémathèque Française.
 
Raoul Grimoin-Sanson (Elbeuf, 1861 - Oissel, 1941). Etablissements Jules Demaria. Appareil grand modèle pour projection animée et projection fixe, 1902. 50 × 44 × 80 cm. Paris, La Cinémathèque française, Conservatoire des techniques.
Scénographie
 
Candido Aragonez de Faria (1849-1911). Cinématographes Pathé frères, 1906. Lithographie, 240 x 160 cm. Cinématographe Pathé frères, affiche Candido de Faria. © 1906, coll. Fondation Pathé.
 
Candido Aragonez de Faria (1849-1911). Cinématographes Pathé frères, 1906. Lithographie, 240 x 160 cm. Cinématographe Pathé frères, affiche Candido de Faria. © 1906, coll. Fondation Pathé.
 
Léonce Perret (1880-1935). Léonce cinématographiste, mai 1913. France, photogramme du film muet en noir et blanc teinté.
Production : Société Léon Gaumont & Cie, Paris.
Paris. Collection Gaumont-Pathé Archives.

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