ANNETTE MESSAGER
Une hirondelle ne fait pas le printemps

Article publié dans la Lettre n°639 du 27 mai 2026



 
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ANNETTE MESSAGER. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Malgré la permanence des animaux dans ses œuvres, c’est la première fois qu’une exposition est consacrée à cette artiste sur ce thème. Pour cela, Annette Messager (née en 1943) a confié des œuvres et des installations de sa collection et d’autres réalisées spécialement pour l’occasion au musée de la Chasse et de la Nature. Une fois de plus celui-ci fait dialoguer les armes, tableaux, animaux naturalisés et autres objets de toute nature de ses collections avec les œuvres d’artistes contemporains qui participent le plus souvent personnellement à leur présentation. C’est ce qu’a fait Messager avec une soixantaine d’œuvres dont certaines proviennent de prêts de collectionneurs.
Toutes les salles du musée portent un nom en relation avec leur contenu. Messager a elle-aussi donné un titre illustrant son propre sujet pour chacune d’entre elles. C’est ainsi que la grande salle d’exposition temporaire est illustrée par «Le théâtre de la cruauté». Pour la salle du sanglier, c’est «Enfance de l’art» et pour la salle du cerf et du loup, c’est «Sous-bois et pulsions». Nous avons aussi «Sauvagerie domestiquée» pour le cabinet des oiseaux de proie; «Trophées intimes» pour la salle des trophées; «Transports amoureux» pour le salon bleu et le salon de compagnie; «Rameaux graphiques» pour la salle de la forêt, etc.
Parmi toutes ces œuvres, certaines attirent plus particulièrement notre attention. Ce sont, par exemple, ces Douze petites effigies (1990) qui forment un tableau de chasse intime et attestent la tyrannie des hommes envers les animaux. Ou ces Vingt-deux expressions (2025) formées avec des noms d’animaux tels «Avoir un chat dans la gorge», «Avoir un mal de chien», «Avoir une faim de loup», «Avoir d’autres chats à fouetter», «Être comme un coq en pâte», etc. Il arrive aussi que Messager croise des morceaux humains et des espèces animales comme avec ces Trois escargots-seins (2017).  Elle utilise de nombreuses peluches et composent avec des installations plus ou moins complexes. On note cet avertissement écrit sur le ventre d’un renard ceinturé par un ours «Waiting You» (2023) ou ce rappel entre les pattes de l’ours blanc, l’animal emblématique du musée: «Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué». Dans la magnifique salle des trophées, à côté de trois armes en tissu, kapok et cordelettes, Messager transforme par le dessin des photographies intimes en animaux. Ainsi un phallus devient un chat, un sein un ours, etc.
Il y a souvent de l’ironie dans certaines salles. Par exemple, dans la salle d’armes,  Messager a placé un lapin naturalisé tenant un fusil, devant un tableau représentant une scène de chasse avec ce titre Possible vengeance!  Que dire aussi de ces Transports amoureux composés de différentes hybridations d’anatomies humaines et animales disposés sur des chariots posés à même le sol des salons bleu et rouge?
De nombreuses surprises nous attendent au fil des seize étapes du parcours, jusqu’à la salle de la Forêt avec cette gigantesque araignée faite avec Treize soutiens-gorge (2015) et cette vingtaine d’acryliques sur papier aux noms évocateurs: Sein maternel (2019), Oiseau-seins (2017), Pieuvre-cancer (2019), Lapin chasseur (2020), Chat-squelette (2021), Vagin ailé (mardi 12h) (2018), Squelette ailé 1 (2025), Le Jardin du tendre (et du cruel) (1988-2025), etc. Une exposition originale et variée, bien en phase avec les lieux. R.P.  Musée de la Chasse et de la Nature 3e. Jusqu’au 20 septembre 2026. Lien : chassenature.org


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