NADIA LÉGER
Une femme d'avant-garde

Article publié dans la Lettre n°611 du 5 mars 2025



 
Pour voir le parcours en images et en vidéos de l'exposition, cliquez ici.

NADIA LÉGER. Une femme d’avant-garde. Nadia Petrova, N. Khodossievitch, N. Khoda, N. KH., Wanda Petrova, Wanda Grabowska, H. Xogacebur, N. Petrova Léger, N. Léger et bien d’autres signatures sont celles d’une seule et même artiste que nous appellerons Nadia Léger (1904-1982). Est-il étonnant que cette artiste d’exception soit oubliée ? Trois mariages, le deuxième étant avec Fernand Léger dont elle partage la vie de 1928 à 1955, une multitude de styles, successivement ou en même temps, un engagement absolu avec le parti communiste français et surtout être à l’ombre de Léger, cela ne facilite pas la reconnaissance. La présente exposition remédie à cet oubli avec de nombreuses œuvres de Nadia et de ses contemporains. Tout au long du parcours, on remarque qu’il n’y a aucune œuvre de Nadia prêtée par une institution. Toutes appartiennent à des collections privées. Nadia est-elle absente de nos musées ?
Le parcours de l’exposition est à la fois thématique et chronologique. Il commence par la présentation d’une cinquantaine de tableaux de personnalités russes, de Lénine à Brejnev, de Tolstoï à Chagall en passant par Marx et Staline et en y ajoutant Maurice Thorez. D’emblée on prend conscience de l’engagement politique de son auteur.
Viennent ensuite ses premières peintures réalisées à l’âge de quinze ans à Smolensk, dans sa Biélorussie natale, où elle intègre le Palais des arts créé par le nouveau pouvoir soviétique pour apprendre le dessin. On voit ainsi un Autoportrait figuratif au fusain et un Presse-papier cubiste ou suprématiste à l’huile. Déjà le mélange des genres.
En 1921, elle arrive à Varsovie et s’inscrit à l’École des Beaux-Arts tout en côtoyant l’avant-garde polonaise. De cette période nous avons des portraits au fusain (vers 1921-1922) et des tableaux suprématistes, dont une élégante Jeune fille suprématiste (vers 1921-1922), qui s’inscrit dans la lignée du «réalisme cubo-futuriste» de Malevitch, un des premiers inspirateurs de Nadia.
En 1925 elle arrive à Paris avec son époux, le peintre polonais Stanislas Grabowski, avec lequel elle aura sa fille Wanda, et s’inscrit au cours d’Amédée Ozenfant à l’Académie Moderne. Cependant c’est Fernand Léger qu’elle a remarqué en Pologne en feuilletant la revue L’Esprit nouveau. Séparée de Grabowski elle débute une liaison avec celui-ci et rejoint ses cours à l’Académie Moderne en 1928. Comme lui elle veut contribuer à l’élaboration d’un art social, se déployant aussi bien dans la peinture de chevalet que sur les façades des bâtiments. La comparaison des sujets et de leur traitement par les deux artistes montrent de grandes similitudes mais également des différences dans le traitement des portraits, en particulier son Autoportrait (1948), et surtout des natures mortes dont on a plusieurs exemples.
En 1932, d’élève elle devient assistante de Léger, le remplaçant quand il est absent. C’est aussi cette année-là qu’elle adhère au Parti communiste. Un reportage photographique de Robert Doisneau vers 1938 montre l’importance de Nadia dans l’Atelier Léger. Celui-ci accueillera quelque 350 artistes entre 1924 et 1955 (mort de Fernand Léger). Des œuvres de quelques-uns d’entre eux sont exposées. Parmi ceux-ci notons Franciska Klausen, Marcelle Cahn, Simone Herman, Nicolas Ionesco, Bengt Olson, Sam Francis, Aurélie Nemours, Nicolas de Staël, Hans Hartung, ainsi que Wanda Grabowska, la fille de Nadia, et Georges Bauquier (1910-1997), élève puis assistant de Léger et troisième époux de Nadia. On observe que Léger était autant ouvert à la peinture figurative qu’à la peinture abstraite.
La section suivante met en exergue son engagement dans le PCF et surtout dans la Résistance à partir de 1941. On remarque, outre d’autres portraits de personnalités communistes, de magnifiques toiles telles Autoportrait, le serment d’une résistante (1941), Femme pendue - La mort de Tania (1942), Fernand Léger et son coq rouge (1942), Portrait de ma fille (1942) et Berthy Albrecht (1945).
Dans la veine de Composition aux deux matelots (1951) et des Constructeurs (1950), dont sont exposés des tableaux préparatoires, de Léger, Nadia peint de magnifiques représentations de Baigneuses, Mineurs, Marchande de poissons, etc., ainsi qu’un étonnant Staline et la pionnière (1953).
La dernière section est la plus surprenante. Après avoir embrassé le suprématisme, le constructivisme, le cubisme, le nouveau réalisme français, Nadia revient au suprématisme dans les années 1960. Elle vante dans ses toiles les exploits de Youri Gagarine ou encore de Lénine qu’elle associe à l’Aeroflot dans une grande mosaïque ornant la vitrine de cette compagnie sur les Champs-Élysées. Le parcours se termine avec des sculptures et des bijoux suprématistes.
Une exposition qui remet sur le devant de la scène une artiste qui consacra plus de temps à la gloire de son époux, à qui elle dédia deux musées, qu’à sa propre carrière. R.P. Musée Maillol 7e. Jusqu’au 23 mars 2025. Lien : www.museemaillol.com.


Pour vous abonner gratuitement à la Newsletter cliquez ici

Index des expositions

Accès à la page d'accueil de Spectacles Sélection