POMPON VOLTAIRE

Article publié exclusivement sur Internet avec la Lettre400
du 10 octobre 2016


POMPON VOLTAIRE. Texte de Yvan Varco. Mise en scène Anne Bourgeois avec Anne Deleuze et Yvan Varco.
Costume masculin à la française et torrents de boucles auburn, longs gants de cavalière, on la croirait sortie d’un roman de cap et d’épée. Elle, c’est Emilie du Châtelet, qui écrit, tout en les formulant d’une voix avide, ses commentaires sur le bonheur. Dans son dos, la haute figure de son époux, monsieur du Châtelet. Mari ostensiblement abandonné, il regarde avec humour et sans acrimonie sa pétulante Emilie, qui est partie sans vergogne vers des amours plus stimulantes, pour l’esprit et le corps, avec le grand Voltaire. Par un artifice judicieux, c’est le même Yvan Varco qui revient incarner l’amant préféré depuis tant d’années. Et le duel peut s’initier, duel d’amants, de rivaux, de complices, dans les entrechats de deux esprits aussi brillants, qui ne se font pas de quartier tout en stimulant leur réflexion commune, entre deux corps qui ne s’épargnent pas tout en se lovant sans cesse dans la tendresse de l’autre. Emilie n’éprouve aucune retenue à exprimer ses sentiments, à titiller la vanité et chatouiller le corps parfois réticent ou las de son Voltaire. Il est bousculé, charmé et ravi devant cette tornade impitoyable. Au-delà de la figure convenue du philosophe cynique, persifleur, un tantisoit misogyne, Yvan Varco campe un homme plus intime, glouton et sensuel, parfois agacé et jaloux devant la finesse et l’impertinence rieuse et combative de sa jeune et indomptable maîtresse.
Anne Deleuze a l’impétuosité amoureuse et une verve polémiste qui revendique à juste titre l’intelligence de la raison scientifique. Le tableau noir et la craie sont là pour étayer au passage une démonstration ou un aphorisme. Elle ne s’en laisse conter sur rien et préfigure les virulentes féministes, Olympe de Gouges et George Sand ne sont pas loin.
On assiste, amusé et attendri, à ces chassés-croisés de l’intelligence et de la tendresse. Qu’en mots choisis et virevoltes élégantes ces choses-là sont dites… A.D. Studio Hébertot 17e.


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