
LES
DERNIERES LUNES
Article
publié dans la Lettre n° 188
LES DERNIERES LUNES de Furio Bordon.
Traduction Ginette Herry. Adaptation Jean Piat. Mise en scène Stéphane
Hillel avec Jean Piat, Stéphane Hillel, Marie Lenoir.
Il n’est plus tout à fait jeune mais pas encore âgé. Il se trouve
seulement à l’âge critique où le poids des ans commence à se faire
sentir et où l’orgueil interdit de devenir une charge pour les siens.
Autrefois professeur de lettres, ce père vit dans ses souvenirs,
baigné dans la musique de Bach. Dans une chambre d’enfants, sa chambre,
décorée par la famille Donald au complet et dont il affectionne
plus particulièrement Riri, il s’affaire autour d’une valise qu’il
a posée sur le lit. Que doit-il prendre, que doit-il laisser? il
l’ignore. Il sait juste qu’il part pour cette maison de retraite
choisie par son fils et qu’il a refusé d’aller visiter pour se rendre
compte... avant. Chez son fils et sa belle-fille, il n’est pas malheureux.
C’est là qu’il vit depuis que celle qui a partagé sa vie l’a quitté
trop tôt. Il a continué seul le chemin, mais la flamme qu’elle entretenait
dans son coeur par son amour, s’est éteinte avec elle. Non, il n’est
pas malheureux, il se sent simplement de trop. Devant ce bagage
qu’il remplit maladroitement, ses pensées vont vers sa femme qui
ne l’a pas quitté puisqu’elle est là toute proche, lui parle et
le prie de différer ce départ. Mais le fils survient, à la fois
pressé d’emmener son père, mais se sentant coupable. Les dernières
phrases parviendront-elles à combler le fossé qui s’est creusé entre
eux tout au long des années?
Jean Piat et Stéphane Hillel évoluent comme poissons dans l’eau
dans cette comédie douce-amère, sans doute parce que le premier
pense déjà à cet âge fatidique tandis que le second possède peut-être
un père ou une mère qui tôt ou tard...Ils sont magnifiques de sensibilité,
de justesse, de retenue. Entre les deux, Marie Lenoir apparaît,
présente et lointaine, très à l’aise dans le rôle de l’aimée inoubliable.
La mise en scène épouse avec une grande sensibilité les mots qui
s’égrènent, ceux que l’on n’a jamais dits, ceux que l’on a retenus
jusqu’au bout, tendres, amers, avec un soupçon de dérision. Une
très jolie pensée sur ce moment critique que tous, parents ou enfants
nous abordons un jour ou l’autre, même si notre esprit se refuse
à associer la maison de retraite à Jean Piat, cet éternel jeune
homme! Théâtre Montparnasse 14e (Lettre 188).
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