
CYRANO DE BERGERAC
Article
publié dans la Lettre n° 383
du
25 mai 2015
CYRANO DE BERGERAC de Edmond Rostand.
Mise en scène Henri Lazarini avec Benoît Solès, Emmanuel Dechartre,
Clara Huet, Vladimir Perrin, Michel Melki, Emeric Marchand, Lydia
Nicaud ou Christine Corteggiano, Anne-Sophie Liban, Michel Baladi,
Pierre-Thomas Jourdan, Julien Noïn, Jean-Jacques Cordival, Geneviève
Casile.
Oui, décidément, Benoît Solès joue dans la cour des grands… Cyrano.
Protéiforme et attachant, caracoleur amoureux et diseur impénitent,
il se love dans ce rôle mythique, que nombre d’acteurs ont rêvé
de porter à bout de bras, de rapière, de nez, d’amour. Les publics,
qui se sont succédé depuis 1898, ne s’y sont pas trompés en ne démentant
jamais le succès de la pièce. Nul besoin d’en raconter l’intrigue,
ses caps, ses péninsules, ses émois de balcon, l’amour usurpé, les
larmes au bord du cœur, et cette inimitable passion qui sourd dans
la pudeur et la fidélité, et les feuilles qui tombent au soir du
grand silence si douloureusement contenu dans l’aveu impossible,
quand vient, avec la Camarde, le temps ultime des apocalypses amoureuses.
D’un canevas si connu, l’enjeu est de faire montre d’inventivité,
tout en laissant à cette langue superbe le charme de son flux. La
mise en scène est tout à la fois classique, dans les lieux, les
costumes, tout en donnant ce surcroît de poésie et d’imaginaire
qui signe une vraie réussite. Citons, entre autres, le nez qui oscille
entre masque et appendice, le costume même de Cyrano, d’hier comme
d’aujourd’hui, l’épée si présente dans son immatérialité même, l’effet
saisissant des presque ombres chinoises dans l’intermède lunaire
qu’invente le héros facétieux pour distraire le barbon, impatient
et libidineux, le temps d’un échange de serments. Tandis que se
déclinent thème et variations de la chanson populaire « Au clair
de… », les acteurs servent avec jubilation et entrain, dans le rire
comme dans le tragique et l’émotion, cet intemporel bonheur théâtral.
A la fin de l’envoi, ils nous touchent.
Et la lune fantasque du Cyrano originel, et la lune mutine de Méliès,
et la lune des incorrigibles cueilleurs de rêve accompagnent l’inaltérable
héros vers la cime de son panache.
Vous reprendrez bien quelques tartelettes amandines ? A.D.Théâtre
14 14e.
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