
CRIME
ET CHATIMENT
Article
publié dans la Lettre n° 192
CRIME ET CHATIMENT de Dostoïevski.
Adaptation scénique Gaston Baty. Mise en scène Robert Hossein avec
33 comédiens dont Francis Huster, Jacques Boudet, Mélanie Thierry,
Jacqueline Danno, Nathalie Nerval, Jean-Paul Solal, Clément Harari,
Pierre Forest, André Chaumeau, Hélène Sevaux, Janine Souchon, Jenny
Bellay.
A Saint-Pétersbourg, Raskolnikov, un jeune étudiant à l’université,
vit dans une extrême pauvreté. D’origine bourgeoise, il voudrait
aider financièrement sa mère et éviter le mariage de sa soeur Dounia
qui se vend au vieux Loujine pour que son frère puisse achever ses
études. Le jeune homme a emprunté de l’argent à une vieille usurière,
voici quelques mois. Pourquoi cette femme, qui s’enrichit sur le
dos des pauvres, vit-elle? Dans son esprit, la réponse provoque
sa décision, celle de l’assassiner pour sortir lui-même et les siens
de leur condition et accomplir « ses devoirs d’humanité envers les
hommes ». Le meurtre perpétré et personne ne le soupçonnant à priori,
il pourrait délivrer sa soeur de son projet, donner un peu de bonheur
à sa mère, terminer ses études et, qui sait, partir pour l’étranger
afin de refaire sa vie et effacer ainsi son crime de sa mémoire.
Mais l’esprit droit de Raskolnikov n’est pas si malléable. A mesure
que le temps s’écoule, il devient insupportable à lui-même. Des
sentiments incontrôlables l’envahissent qui le poussent à assumer
son acte et à l’expier.
C’est en 1933 que Gaston Baty signe et met en scène avec un énorme
succès l’adaptation scénique de l’oeuvre publiée en 1866. C’est
cette version que Robert Hossein a choisie. Dans cette Russie du
XIXe, il se sent plus que tout autre chez lui et le travail qu’il
conçoit est une pure merveille. Les décors et leur formidable machinerie,
d’un réalisme impressionnant, transportent le public de la chambre
de l’usurière à celle de l’étudiant, du bureau du juge Porphyre
à l’humble galetas de Sonia, du café bondé au bouge sordide. On
est saisi par l’irréelle beauté du grand rideau de scène en toile
transparente peint tel un tableau qui s’ouvre sur une fresque vivante
et par la justesse de la création des humbles costumes. Ce combat
d’un homme avec sa conscience est interprété par un Francis Huster
particulièrement poignant, dosant avec une rare sensibilité les
forces et les faiblesses de son personnage. Mélanie Thierry,
Sonia pathétique, Jacques Boudet Porphyre époustouflant dans un
rôle clé, et tous les autres comédiens, loin d’être des faire-valoir,
lui donnent la réplique avec un naturel consommé. Un spectacle inoubliable,
fidèle à l’esprit de l’auteur et à l’époque, qui démontre une fois
encore les qualités éclectiques de metteur en scène et de directeur
d’acteurs de Robert Hossein. Théâtre Marigny 8e (Lettre
192).
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