
LE
CID
Article
publié dans la Lettre n° 251
LE CID de Pierre Corneille. Mise en
scène Brigitte Jaques-Wajeman avec treize comédiens dont Catherine
Salviat, Claude Mathieu, Jean-Baptiste Malartre, Christian Blanc,
Alexandre Pavloff, Roger Mollien, Audrey Bonnet, Loïc Corbery, Léonie
Simaga, Jacques Bourgaux.
Depuis sa création à la Comédie Française le 28 août 1680, 1625
représentations se sont succédé entre cette date et 1977. Chaque
metteur en scène et comédiens ont apporté à ce monument du théâtre
cornélien leur propre perception de l’œuvre et leur propre sensibilité.
La densité de la tragédie et la complexité des relations, l’histoire
de ces personnages acculés par les maures, rois et reines chrétiens
qui, pied à pied repoussèrent un envahisseur toujours plus bas vers
le sud, sont particulièrement riches à une époque où l’honneur et
le devoir étaient portés au-dessus de tout autre sentiment et réclamaient
vengeance lorsqu’ils étaient salis. Si la vie véritable de Rodrigo
Diaz de Vivar le conduisit à servir des rois chrétiens puis, banni
de Castille par le roi Alphonse VI, à se mettre au service de rois
chrétiens et probablement maures, ce qui lui valut les surnoms de
Cid et de Campeador, personne mieux que lui incarne
le sens de l’honneur, de la loyauté et du devoir, qualités intrinsèques
à tout héros de roman. Le Cid reste attaché à bons nombres d’œuvres
dont celle de Guillén de Castro en 1618, dont Corneille s’inspira,
cédant alors à la mode espagnole. Ce personnage mythique est devenu
le symbole du courage et de l’honneur. Alors amoureux de Chimène,
il doit venger son père don Diègue, insulté par le Comte de Gormas,
père de celle-ci. La vengeance qui s’en suivit eut en 1637 un certain
retentissement à la cour de France à un moment où Richelieu venait
d’interdire les duels.
Siècle après siècle, l’œuvre fut représentée sous différentes versions,
avec plus ou moins de bonheur, Jean Vilar et Gérard Philipe l’ayant
à jamais marquée de leur empreinte. Brigitte Jaques-Wajeman a porté
son choix sur la première version, celle de 1637, que Corneille
intitule tragi-comédie. La sobriété pour la mise en scène
et l’enchantement pour les décors et les costumes sont de mise.
Cette version sert particulièrement bien les femmes. Léonie Simaga
est une infante rayonnante face à Audrey Bonnet, remarquable Chimène.
Roger Mollien, don Diègue, Jean-Baptiste Malartre, le roi, Christian
Blanc, le Comte, Loïc Corbery, don Sanche, amoureux de Chimène,
répondent parfaitement à l’attente du public. Que dire du choix
d’Alexandre Pavloff, bien pâle reflet du guerrier redoutable ? On
aimerait pouvoir applaudir les célèbres alexandrins dont il a la
charge mais ils sont ternes, sans élan, parfois même incompréhensibles.
C’est le seul bémol, mais il est de taille. Comédie Française
1er.
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