
AVIS
AUX INTERESSES
Article
publié dans la Lettre n° 231
AVIS AUX INTERESSES de Daniel Keene.
Mise en scène Didier Bezace avec Gilles Privat, Jean-Paul Roussillon.
Le vieil homme arrive au terme de sa vie. Il le sait. Les médecins
lui ont donné trois mois. Il a pris rendez-vous à l’hôpital. Il
aura une chambre, des draps propres, des médicaments pour calmer
la douleur. Des gens vont s’occuper de lui. Léo le regarde, les
yeux vides. Léo est un enfant attardé. Il a quarante ans. Que faire
de lui? Qui s’occupera de son fils après lui?
Cette saison théâtrale sera la saison Daniel Keene. Le Théâtre
de la Commune recevra plusieurs pièces de l’auteur australien.
On peut voir également Ce qui demeure, une série de pièces
courtes, montées par Maurice Bénichou aux Métallos. Keene est monté
partout en France. Ce qui frappe dans l’écriture de Keene est l’apparente
banalité de ses phrases. Avis aux intéressés est une pièce
courte où les silences éloquents répondent à des phrases brèves,
faussement insignifiantes. Le vieil homme s’est retiré du monde,
s’enfermant dans sa relation avec son fils. L’imminence de sa mort
le force à sortir de son silence pour trouver une solution confortable
pour lui et son fils. Daniel Keene conduit ses personnages dans
différents lieux de rencontre parallèles, une banque, une gare,
une salle d’attente. Le père parle. Ces quelques phrases, au vocabulaire
simple, charrient toute une vie, tout un destin aliéné.
Didier Bezace parle très bien de la pièce: «... l’Amour. Cette
découverte rédemptrice constitue le vrai dénouement de la pièce».
Didier Bezace réalise un chef-d’oeuvre de mise en scène. La pièce
se déroule dans beaucoup de lieux, en autant de petites saynètes,
et même comme des clignements d’yeux. La silhouette penchée du vieil
homme affligé, ou bien suivi par son fils, l’homme attablé dans
sa cuisine, écrivant une missive, sont comme des vignettes de dessin
aux traits vifs. Didier Bezace a imprimé des images fortes sur le
texte de Keene, il y a une part d’enfance tragique dans cette fable.
Jean-Paul Roussillon est un immense comédien, on le sait. Mais ce
qu’il y a de remarquable avec les grands comédiens est qu’ils nous
surprennent encore. La force de son talent est telle que l’on oublie
qu’il s’appelle Roussillon. Pendant la pièce, il est le père, tout
simplement, il n’a pas de prénom, il est le père fatigué, usé, lié
à son fils par les liens physiques, une relation basée sur les demandes
du corps de son fils, le froid, la chaleur, la faim, le sommeil.
Roussillon, à la diction inimitable, donne à chaque syllabe son
sens. En face de lui, Gilles Privat interprète Léo. Il est surprenant.
Les spectateurs bouleversés restent assis, abasourdis à la fin du
spectacle. Chacun fait sa fin à la pièce. Cette pluralité d’interprétation
est bien dans l’esprit de Keene qui pense que « la pièce une
fois écrite est libre d’interprétation ». Théâtre de la Commune-Aubervilliers
93.
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