
L’ALOUETTE
Article
publié dans la Lettre n° 342
du
11 juin 2012
L’ALOUETTE de Jean Anouilh. Mise en
scène Christophe Lidon avec Sara Giraudeau, Olivier Claverie, Stéphane
Cottin, Marie-Christine Danède, Joël Demarty, François Dunoyer,
Jacques Fontanel, Maëlia Gentil, Bernard Malaka, Davy Sardou.
« Jeanne d’Arc, c’est une histoire qui n’en finira plus ! ».
La pucelle d’Orléans fait partie intrinsèque de l’histoire de France
depuis le XVe siècle, une personnalité mythique qui a fait couler
beaucoup d’encre. Que n’a-t-on pas inventé à son sujet, sur ses
origines, sa vie, son combat et sa mort ? Bon nombre d’écrivains,
de dramaturges, de cinéastes se sont penchés sur cette figure emblématique,
apportant un point de vue et des réponses face à un personnage à
jamais entouré de mystère. Dans l’Alouette, Jean Anouilh
propose de retracer le parcours extraordinaire d’une jeune fille
ordinaire, projetée contre son gré dans le destin d’une France et
d’un roi aux abois, à travers les étapes de son procès. Son Alouette
est tout d’abord une enfant naïve, sévèrement éduquée par des parents,
simples paysans. Visitée par Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte
Marguerite qui l’enjoignent d’aller trouver Charles VII et de le
presser de lever une armée, il la dépeint spontanée, pleine d’humour
et de bon sens, ayant déjà cette propension féminine de savoir mener
les hommes par le bout du nez. Le texte traduit en profondeur les
interrogations, les craintes, les angoisses de l’adolescente, qui
se dit sollicitée par des voix, l’assurance de la jeune fille face
à l’indolence d’un roi, certes intelligent, mais pas vraiment convaincu
de son destin, ni soucieux de régner, son inébranlable volonté de
lever le siège d’Orléans puis de conduire le dauphin Charles au
sacre de Reims, changeant ainsi le cours de la guerre de Cent ans.
L’écriture originale mêle dialogues classiques et dialogues à l’humour
délicieusement décalé.
Face à Jeanne ses juges, qu’elle affronte avec lucidité, au cours
de son procès. Broyée par la bêtise, la lâcheté et la cruauté des
hommes, jouant d’un curieux contraste entre sa fragilité physique
et sa détermination, l’auteur la veut forte, se battant jusqu’au
bout, main de fer dans un gant de velours.
Sara Giraudeau incarne à merveille cette héroïne aux multiples facettes.
Elle lui apporte toute la palette de son talent, évolue avec elle
selon les étapes de sa brève existence, jeune fille au tempérament
hors du commun, chef de guerre et sainte de l’église catholique.
Elle lui confère la candeur, l’espièglerie et la fraîcheur de l’adolescence,
l’implacable volonté de la jeunesse. L’interprétation de tous ceux
qui l’entourent séduit tout autant. Les rôles de ses parents, des
différents membres de la cour, les personnages clés du procès qui
la tourmentent ou la conseillent sont remarquablement joués. Les
lieux et périodes multiples, habilement suggérés sous la rosace
majestueuse de Catherine Bluwal, apportent à l’ensemble une touche
particulière, une dimension presque sacrée. Christophe Lidon a choisi
une mise en scène sobre, sans apprêt pour une œuvre qui, par sa
simplicité, rend proche du public un passage incontournable de notre
histoire. Il lui offre là un fort beau moment. Théâtre Montparnasse
14e.
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