
PISSARRO DANS LES PORTS
Rouen, Dieppe, Le Havre
Article
publié exclusivement sur le site Internet, avec la Lettre
n° 356
du
17 juin 2013
PISSARRO DANS LES PORTS, Rouen, Dieppe,
Le Havre. Trois expositions sont consacrées simultanément cet
été en Normandie aux peintres impressionnistes sous l'égide de la
Réunion des Musées nationaux. Celle de Rouen, « Eblouissants
reflets », réunit une centaine de toiles peintes par les
grands noms du mouvement impressionniste autour de la thématique
du reflet dans l'eau. Celle de Caen, « Un été au bord de
l'eau », s'intéresse à cet espace de détente et de loisirs
que constitue le bord de mer, avec le sable, le spectacle de l'eau,
les barques et les voiles, et le bain. Enfin celle du Havre, dont
nous allons rendre compte, traite pour la première fois, en tant
que tel, du corpus des œuvres des ports normands de Pissarro, soit
près de 120 pièces dont 44 sont présentées à cette occasion.
Né à Saint-Thomas (Antilles danoises) en 1830, Pissarro débarque
une première fois au Havre à l'âge de douze ans puis revient en
France en 1855 pour y poursuivre ses études, notamment avec Courbet
et « son maître » Corot. Il fait la rencontre de peintres
impressionnistes tel que Monet ou pointillistes tels que Signac
et Seurat, dont il adoptera la méthode durant quelques années (1885-1890).
Mais il préfère la manière impressionniste, plus rapide d'exécution.
Cherchant de nouveaux sujets, différents des motifs ruraux habituels,
Pissarro trouve à Rouen un site urbain qui lui plaît bien. Il y
séjourne à quatre reprises. Une première fois en 1883 où il peint
un ensemble assez varié de 18 œuvres. Il y revient ensuite en 1895
et enfin y fait de longs séjours en 1896 et 1898, s'installant dans
des hôtels dont il transforme une chambre en atelier. En effet,
en 1895 il découvre chez Durand-Ruel, qui est aussi son marchand,
la série des Cathédrales peinte par Claude Monet à Rouen en 1892
et 1893. Cet ensemble le fascine. C'est la réponse à ce qu'il recherchait
depuis longtemps et il décide de faire lui-aussi des séries, c'est-à-dire
des ensembles cohérents. Il porte alors son choix sur Rouen, dont
les motifs lui sont familiers. Plus tard, cherchant un nouveau site,
il se rend à Dieppe en 1901 et en 1902. La première année il se
consacre au centre historique et la seconde au paysage portuaire
qu'il peint, entre autres, depuis sa chambre de l'Hôtel du Commerce.
Enfin, en 1903, au lieu de retourner à Dieppe il se rend au Havre,
sur la suggestion du collectionneur Peter Van der Velde, membre
du Cercle de l'Art moderne, fondé au Havre (Lettre
343). Ce choix est sans doute aussi dicté par des considérations
plus prosaïques, comme il l'écrit à son fils Rodolphe : «
L'Hôtel du Commerce (à Dieppe donc) est pour le moment impossible,
à cause de la nourriture ».
Au Havre, il s'installe à l'Hôtel Continental, sur le port, d'où
il peint l'entrée et la sortie des bateaux, sa santé ne lui permettant
pas de poser son chevalet dans d'autres lieux. « C'est
peu esthétique le port du Havre, mais on s'y habitue et on finit
par y trouver un grand caractère. » écrit-il à Rodolphe.
C'est là qu'il termine sa série des ports avec 24 tableaux, dont
trois sont acquis par des collectionneurs et deux entrent au musée
du Havre, achetés par la commune, au grand dam du conservateur,
« Un ancien graveur de l'Ecole, qui s'est essayé dans la peinture
de portrait » d'après une lettre de Pissarro à son fils Georges.
Et il ajoute « On n'a pas idée de cela » ! Quelques
semaines plus tard, Pissarro décède à Paris, le 13 novembre 1903,
à l'âge de 73 ans.
L'exposition nous présente donc un choix de peintures, gravures
et dessins de Pissarro, réalisés dans ces trois ports normands,
selon la méthode des séries de Monet, représentant le même sujet
à des heures différentes et par des temps différents, ce qui obligeait
l'artiste à travailler simultanément sur plusieurs sujets. En introduction
nous avons une dizaine de tableaux de Boudin relatifs, en particulier,
au port du Havre et, à la suite des œuvres de Pissarro, des tableaux
de peintres havrais ou amateurs du Havre tels Dufy, Friesz, Marquet
et Maufra.
C'est donc un excellent prétexte pour faire un détour par le Havre
et parcourir cette exposition et voir ou revoir les collections
permanentes de l'un des tout premiers musées modernes français.
Musée d'Art moderne André Malraux, Le Havre (76). Jusqu'au
29 septembre 2013. Pour
voir notre sélection de visuels, cliquez ici.
Lien : www.rmn.fr.
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