Parcours en images et en vidéos de l'exposition

MOMIES

avec des visuels mis à la disposition de la presse
et nos propres prises de vue

Parcours accompagnant l'article publié dans la Lettre n°634 du 18 mars 2026


 


Affiche de l'exposition
Entrée de l'exposition.

«Momies »: les musées s’emparent de ce sujet depuis des décennies, nourrissant toujours plus la fascination pour la préservation de ces défunts, dont le corps a défié le temps.
Le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) conserve, parmi de très nombreux restes humains, 70 défunts momifiés, préservés en intégrité dans les réserves du Musée de l'Homme. Proposer cette exposition aujourd’hui permet de rendre visible cette réalité sensible. D’abord pour renouveler l'intérêt, l’attention et enclencher de nouvelles études: documentation de l’identité et de la vie des défunts, provenances et trajectoires muséales, restaurations des corps. C'est aussi l'occasion de clarifier les cadres déontologiques et éthiques et d'ouvrir le dialogue avec les publics: doit-on continuer de montrer les défunts momifiés qui sont conservés au sein des musées, et si oui, comment et pourquoi ?
L'exposition se déploie autour de neuf corps momifiés exceptionnels, la plupart conservés par le Muséum, qui sont accompagnés d'objets funéraires, de documents, d’archives, de photographies et d'œuvres d’art. Elle aborde les questions sociétales et symboliques, décrypte les techniques ancestrales de conservation et explique les recherches scientifiques en cours.
Par ses choix de scénographie et de médiation, l'exposition reflète tout au long de son parcours le cadre éthique élaboré pour ce projet. Ce cadre, en constante évolution, donne la priorité au respect dû aux défunts et au devoir de transparence du musée.

Des corps humains momifiés sont présentés dans cette exposition. Nous vous invitons à les rencontrer avec respect.

 
Texte du panneau didactique.
 
Commissariat scientifique: Éloïse QUÉTEL, conservatrice-restauratrice de restes humains et matériaux organiques, responsable des collections médicales, Sorbonne Université. Photo DR.
 
Commissariat scientifique : Pascal SELLIER, directeur de recherche émérite CNRS, enseignant à Paris 1, équipe Anthropologie biologique et bio-archéologie (ABBA), UMR 7206, Musée de l'Homme. Photo J.-C. Domenech.
 
Plan de l'exposition.


INTRODUCTION

Scénographie

Les momies exercent sur nous une véritable fascination, elles nous intriguent, elles nous font peur. Dans nos sociétés modernes, il est rare de voir des défunts, ainsi les corps préservés des momies sont un possible reflet de notre propre mort.
Cela explique en partie notre curiosité. L'engouement ne se dément pas depuis la fin du 18e siècle et l'expédition d'Égypte de Bonaparte. Un nombre important de défunts momifiés seront exhumés dans le monde par des archéologues, mais aussi par d’autres «explorateurs» plus ou moins respectueux du cadre légal de leurs fouilles, pour le plus grand intérêt des collectionneurs. Les momies jouent alors un rôle incontournable dans notre imaginaire collectif, à travers les arts, la littérature, le cinéma, le spectacle et les foires: les artistes vont lui conférer un rôle subversif et utiliser son aura mystérieuse.

 
Texte du panneau didactique.
 
Sucettes Charamuscas. Guanajuato, Mexique, 21e siècle. Collection particulière, Paris.

Les charamuscas sont des spécialités sucrées d'Amérique latine. À Guanajuato, au Mexique, ces sucettes sont à l'effigie des défunts momifiés exposés au Museo de las Momias.
Scénographie
 
Coffret de jeu de momie égyptienne. Apple Press ®. 21e siècle. Collection particulière, Paris.
 
L'Évasion du Tombeau perdu. Lego ®. 2023. Collection Nicolas Delestre, Lyon.
 
Vidéos : Extraits de films ayant pour sujet les défunts momifiés.
 


1 - À LA RENCONTRE DES DÉFUNTS MOMIFIÉS



1ère partie - Salle 1

Scénographie

Un choix personnel et sociétal

Le mot latin mumia désigne d’abord, au Moyen Âge, le «baume de momie», substance médicinale ou pigment coloré; il vient de l'arabe mümyä’, désignant un baume de poix et de bitume appliqué sur le corps des défunts pour les conserver. Au 16e siècle, ce terme prend son sens actuel de corps conservé, desséché ou embaumé, et participe de l’histoire de la «momie» et de sa dépersonnification, marquant une distance avec l’être, humain ou animal, ayant vécu. La préservation des corps momifiés nous permet pourtant une rencontre avec les humains du passé. Elle ouvre une fenêtre sur des communautés anciennes et sur leur environnement biologique, culturel, social. En retour, elle nous renvoie à nous-mêmes et à notre histoire politique, coloniale, culturelle et scientifique.
 
Texte du panneau didactique.
 
Aurélie Lanoiselée (née en 1981). Nature humaine, 2009. Collection de l’artiste.

Inspirée par le poème Une charogne de Charles Baudelaire (1821-1867), Aurélie Lanoiselée représente la décomposition. En restituant ce moment à l'aide de perles et de broderies, elle fige artistiquement la déchéance du corps.
 
Masque de défunt momifié. Égypte, -30 av. notre ère à 395 de notre ère. Tissu, peinture et dorure. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Paris.
 
Masque de défunte momifié. Égypte, 2e siècle. Stuc, verre, plâtre, dorure, peinture. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Paris.

Préserver l‘identité du défunt est essentiel pour les vivants. En Égypte, les masques funéraires conservent une image plus ou moins fidèle de la personne décédée, lui garantissant ainsi l’accès à l’au-delà. Au Pérou les masques permettent également aux vivants de maintenir le lien avec leurs défunts.
Scénographie

À ce jour, nous savons que notre espèce Homo sapiens enterre ses défunts depuis au moins 110 000 ans. En Asie du Sud-Est et au Portugal, des squelettes ayant entre 12000 et 10000 ans montreraient des signes de momification, mais cette hypothèse ne fait pas l’unanimité. Les plus anciennes momifications intentionnelles avérées ont environ 9000 ans et sont celles du peuple Chinchorro, vivant sur un territoire situé entre le Pérou et le Chili actuels. Nous trouvons par la suite des exemples dans le monde entier, comme chez les Chachapoya au Pérou entre le 9e et le 15e siècle ou les Toraja en Indonésie de nos jours.

 
Texte du panneau didactique.
 
Enveloppe de cartonnage avec portrait. Hawara, Égypte,  2e moitié du 3e siècle. Lin, stuc, tilleul. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Paris.

Les défunts momifiés les plus nombreux et les plus connus sont ceux de l’Égypte ancienne, recouverts de bandelettes textiles. Pourtant, il existe dans le monde des formes de momification très différentes. Elles ont comme point commun de préserver de la décomposition un cadavre humain ou animal, totalement ou partiellement. Nous nous attacherons tout particulièrement aux préservations intentionnelles, qu’elles favorisent un processus naturel ou qu’elles développent des techniques complexes. La conservation du corps peut alors être permanente ou temporaire. Souvent, la momification intentionnelle s’inscrit dans le cadre de pratiques funéraires élaborées.

 

Bien qu’il existe des cas de conservation accidentelle des corps, la momification est un choix funéraire s’inscrivant dans une pratique rituelle. Elle relève d’une volonté de préserver le corps le plus longtemps possible, à l'opposé, entre autres, de la crémation qui est bien plus répandue dans l’histoire humaine. La momification est ainsi une pratique minoritaire et dans les rares sociétés où elle se développe, elle reste souvent réservée à une élite.

Texte du panneau didactique.
 
Texte du panneau didactique.


1ère partie - Salle 2

Scénographie

La momification crée une proximité importante entre les vivants et les morts. L'aspect du corps momifié brouille les frontières et témoigne d’une certaine porosité entre ces deux univers. Les défunts momifiés peuvent être exposés, portés en procession ou même «mis en scène». Reflet, voire continuation de la vie physique, ils s’inscrivent dans le prolongement de la vie sociale, avec son système de parenté, de hiérarchie, de pouvoir. Ils contribuent à transmettre une vision du monde aux personnes qui restent.

 

Rares sont les sociétés qui momifient tous leurs défunts. Dans la plupart des groupes humains, la momification est réservée à un petit nombre d’individus, issus de l'élite ou d’une catégorie sociale spécifique, afin qu’ils continuent leur vie dans l’au-delà, assoient leur pouvoir ou revendiquent un lignage. Dans ces cas, la momification répond à la volonté de déplacer et d’exposer symboliquement le corps pendant un temps long.

Texte du panneau didactique.
 
Texte du panneau didactique.
Catacombes des Capucins. Italie, 2014-2015. Reproductions, 2025. © Alamy Images.
Sophie Zénon (née en 1965). Momies de Palerme «in Case We Die» (Au cas où nous mourrions).
Capucin 3, Capucin 9, Capucin 11, Italie, 2008. Tirages argentiques couleurs sur papier Fuji Chrystal Archive. Collection de l'artiste.
Ces défunts momifiés de la crypte de Palerme ont été immortalisés une nouvelle fois par le travail de l’artiste-photographe Sophie Zénon. L'effet de flou et le traitement de la lumière créent des portraits saisissants, où l’on oscille entre l’absence et la présence du défunt.
Scénographie (Toraja, détails plus bas)
 

Les Toraja forment une population d'environ 1 million de personnes qui vivent en Indonésie, sur l’île de Sulawesi. Leurs funérailles sont fastueuses: la momification permet au corps du défunt de rester intact le temps que la famille organise, finance et rassemble un maximum d'invités pour les célébrations. Considéré comme malade tant qu’il n’est pas inhumé, le défunt reçoit de la visite et des offrandes dans sa demeure, parfois pendant plusieurs années. Lors des funérailles, une effigie du défunt est disposée devant l'entrée du tombeau collectif à flanc de falaise dans lequel le défunt est déposé.

 
Texte du panneau didactique.
 
Masque mortuaire, 19e siècle. Collection particulière, Paris.

Réalisés par des professionnels, les masques mortuaires sont moulés sur le visage de personnes récemment décédées. Ils permettent de conserver une dernière image du défunt, au plus proche de ce qu’il était de son vivant.
 
La cérémonie du Ma’nene des Toraja. Sulawesi, Indonésie.
Reproductions, 2025. © Hendrik (Endy Allorante). © Muslianshah ben Masrie.

Chaque année, en juillet et août, la cérémonie du Ma’nene est pratiquée. Les proches nettoient les caveaux, ouvrent les cercueils et honorent les défunts en les lavant, en changeant leurs habits, en leur faisant des offrandes. La proximité avec les défunts fait partie intégrante de cette société.
Monuments funéraires
1 - Caveaux toraja, Sulawesi. Indonésie, 2008.
2 - Sanctuaire de Revash. Pérou, 2011.
3 - Pyramides. Égypte, 2012.
4 - Mausolée de Lénine. Russie, 2005.
5 - Mausolée de Mao. Chine, 2018.
Reproductions, 2025. © Alamy Images.

Momifier permet aux vivants de préserver un souvenir et une trace tangible du défunt, de le conserver par-delà la mort dans son intégrité physique. Aux 19e et 20e siècles, d’autres pratiques résonnent avec cette ambition, comme la conservation d’une mèche de cheveux, le moulage du visage ou la photographie post-mortem.

 

Les anciens Égyptiens momifient les corps des défunts à partir de la IIIe dynastie, il y a 4800 ans, peut-être inspirés par les momifications naturelles et spontanées observées dans le sable du désert. Initialement réservée à l’élite, la momification atteint son apogée durant le Nouvel Empire: il y a 3500 à 3000 ans, la plupart des Égyptiens et de nombreux animaux étaient embaumés. La pratique se perpétue durant la domination romaine et les débuts du christianisme, soit jusqu’à l’an 400 environ.

Texte du panneau didactique.
 
Texte du panneau didactique.
Scénographie
Corps préservé de Mao Zedong, 1976. Reproduction, 2025. © SIPA.
Corps préservé de Lénine. Reproduction, 2025. © STR New / Reuters.
Corps préservé du pape Jean XXIII, 2014. Reproduction, 2025. © Alamy images.
Corps préservé d’Evita Perôn, 1952. Reproduction, 2025. © Alamy Images.

Conserver ou exposer, parfois de manière spectaculaire, les corps de personnes illustres remplit une fonction idéologique. Les défunts momifiés ont souvent un rôle proche de celui des reliques des saints ou des ascètes: ils ont une dimension sacrée. Leur présence affirme une lignée dynastique, soutient le culte des ancêtres, perpétue l’autorité, une gloire ou un pouvoir politique, pensé comme éternel.

 
Texte du panneau didactique.
 
Anonyme. Henri IV exhumé à la basilique royale de Saint-Denis pendant la Révolution française. France, 1793-1817. Tirage d’exposition. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Michel Urtado.
Jeanne Vicerial. Gisante de cœur, 2022. Fils, drisses, roses vernies.
Courtesy of the artist and TEMPLON, Paris - Bruxelles - New York.
Jeanne Vicerial (née en 1991) s’inspire des gisants, ces sculptures funéraires en pierre de l’art chrétien. Elle joue avec les plis et les drapés grâce à sa technique unique brevetée du «tricotissage». Les viscères sont matérialisées par des roses vernies.


2 - TECHNIQUES ET RITES



2ème partie - Salle 1

Scénographie

Momification naturelle ou intentionnelle

Conserver un corps, c’est éviter sa décomposition. En temps normal, celle-ci survient très vite après le décès par l’action combinée de trois agents: les bactéries et les enzymes présentes dans l’organisme, et les insectes. Les climats chauds, arides, de froid extrême ou encore les environnements acides sont des milieux rares en eau et/ou oxygène. Ils favorisent la préservation des corps et peuvent être un choix d'emplacement pour les défunts.
L'intervention humaine, quant à elle, peut aller plus loin en utilisant un contenant hermétique comme les cercueils de plomb, en retirant des organes ou en utilisant des produits conservateurs. Des exemples représentatifs de la diversité des techniques de momification et des rites qui peuvent leur être associés sont présentés ici.

 
Texte du panneau didactique.
 
Paul-Armand Gette (1927-2024, Lyon). La grande momie, France, 1963-1964. Sculpture en bois et métal. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle, Paris, don de la Société des amis du Musée national d’art moderne 2014.

Réalisée en lettres d’imprimerie, cette œuvre joue sur une association d’idées autour de la préservation. Sa forme évoque un cocon, une carapace ou encore un sarcophage. Les lettres qui la composent renvoient à la mémoire qui se garde et se transmet par l'écrit.

Certains agents naturels favorisent la conservation des corps en raréfiant l'oxygène et/ou l’eau. C’est le cas de l'acide tannique produit par certains végétaux, du sel, du calcaire, mais aussi des climats chauds ou très froids. Les groupes humains ont souvent une connaissance empirique de ces milieux favorables. La momification intentionnelle passe alors par l’accomplissement de gestes qui déclenchent, dirigent ou accélèrent cette préservation.

 
Texte du panneau didactique.
 
Corps momifié des tourbières, Danemark. Reproduction, 2025. © Museum Silkeborg.

Des corps momifiés ont été retrouvés dans les nombreuses tourbières du nord de l’Europe. Ils ont pu être préservés par l'acidité, la fraîcheur, l'obscurité et le faible taux d'oxygène de ces marécages. La présence de mousses, comme la sphaigne qui sécrète de l'acide tannique, contribue à la conservation des corps.

En bloquant l’action destructrice des enzymes et des bactéries, les milieux acides provoquent une momification par tannage de la peau qui se rigidifie. Il y a plus de 2000 ans, les défunts des tourbières d'Europe du Nord, sont par exemple conservés grâce à l’acidité produite par les mousses abondantes dans les marais. De même, il y a 3500 à 3000 ans, les Mound People («peuples des tumulus») au Danemark, étaient inhumés dans d'énormes cercueils en chêne sécrétant de l’acide tannique.

 
Texte du panneau didactique.
 
Mousse de tourbière de type sphaigne. MNHN, Paris.
Scénographie

L’évaporation et l’absorption de l’eau permettent au corps de se dessécher: c’est la dessiccation. Dans les déserts de sable, la dessiccation est facile et rapide, grâce à la chaleur du soleil et au pouvoir très absorbant du sable chaud. C’est le cas par exemple pour les défunts momifiés du bassin du Tarim, dans le désert du Taklamakan en Chine actuelle, qui ont environ 3000 à 4000 ans. Les déserts de pierres sont aussi des milieux favorables, mais dans une moindre mesure, la pierre laissant s’écouler les fluides corporels sans les absorber.

 
Texte du panneau didactique.
 
Corps momifié de l'Homme de Gebelein, actuelle Naga el-Gherira, Égypte. Reproduction, 2025. © Alamy images.

Ce corps naturellement momifié a été découvert en Égypte à la fin du 19e siècle dans une tombe riche en mobiliers. Victime d’un meurtre puis enseveli dans le sable il y environ 5500 ans, le défunt a remarquablement été conservé par l’aridité du désert. Il est aujourd’hui conservé et exposé au British Museum, à Londres.

Le froid, aidé par l'altitude et le vent, bloque l'action des enzymes, des bactéries et des insectes. Cette «cryodessiccation» a permis la momification du célèbre Ötzi il y a 5200 ans dans les Alpes et celle des défunts de la grotte funéraire de Qilakitsoq, au Groenland, au 15e siècle. Le froid peut aussi provoquer, sans déshydratation, une véritable congélation, comme pour les sacrifiés des hauts sommets des Andes. Les milieux isolés comme les hautes montagnes permettent des préservations sur des temps très longs.

 
Texte du panneau didactique.
 
Patte momifiée de mammouth laineux. Îles Lyakhov, Sibérie, Russie, 12 000 avant notre ère. MNHN, Paris.

Cette patte postérieure gauche d’un spécimen de mammouth laineux (Mammuthus primigenius) a été découverte en 1908, en Sibérie. Elle avait été préservée par le froid du pergélisol, c’est-à-dire dans l’épaisseur d’un sol gelé en permanence.


2ème partie - Salle 2

Scénographie

La momification des défunts s’inscrit dans une véritable «chaîne opératoire» funéraire qui associe souvent plusieurs techniques. La plus simple consiste à favoriser ou à augmenter les effets des agents naturels comme la chaleur ou le froid. Il est aussi possible d’intervenir sur le corps par l’application ou l’injection de produits antiseptiques ou desséchants. L’ablation de certains organes permet en outre de supprimer l'eau et les micro-organismes. Enfin, l’enveloppement, plus ou moins hermétique du corps dans des tissus, peaux, vanneries ou cercueils, limite les apports d'oxygène et protège des insectes et des carnivores. Cinq exemples de «chaînes opératoires» sont présentés ici.

 
Texte du panneau didactique.
 
Tête postiche de fardo funéraire. Pérou, Lima, culture Chancay, 11e-15e siècles. Fibres végétales et argent. Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Paris. Donateur Charles Wiener.

Les têtes postiches en bois, céramique ou tissu sont indissociables du fardo, ou paquet funéraire, sur lequel elles sont positionnées. Ce faux visage peint, souvent souriant, confère à l’ensemble richement orné l’apparence d’un personnage vivant.
Les paquets funéraires Chancay au Pérou


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Entre 1000 et 1470, dans la culture Chancay, sur le territoire du Pérou actuel, la momification se pratique par dessiccation. Les corps sont enveloppés dans des fardo («paquets funéraires») composés d’une superposition de tissus, de coton et parfois de laine, puis inhumés dans des tombes communautaires. Les défunts sont souvent accompagnés d'objets personnels et d’offrandes permettant de pourvoir à leurs besoins pendant leur dernier voyage. La momification permet au défunt de renaître et d’accéder à la vie éternelle.


 
Texte du panneau didactique.
 
Coiffe Chancay. Pérou, culture Chancay, 11e-15e siècles. Laine, coton, cheveux. Musée des Confluences, Lyon. © Pierre-Olivier Deschamps - Agence VU.

Antoine de Galbert fait don en 2017 de plus de 500 coiffes de diverses origines au musée des Confluences. Cette coiffe Chancay évoque la complexité des rites funéraires développés par cette culture au fil des siècles.
Scénographie


2ème partie - Salle 3

Scénographie

Dans l’ancienne Égypte, l’embaumement vise à garantir l’immortalité de l’âme du défunt en maintenant l'intégrité de son corps. Afin de l’aider à poursuivre sa vie dans l’au-delà, des amulettes et des formules de protection sont dissimulées entre les bandelettes par les prêtres. La durée de l'embaumement variait selon le milieu social dont était issu le défunt: trois jours pour les individus les plus défavorisés et jusqu’à 70 jours pour les prêtres et les pharaons.

 
Texte du panneau didactique.
 
Petearmosnouphis. Momie d’homme. Musée des Confluences (Lyon, France). © Olivier Garcin.

Petearmosnouphis était un jeune adulte originaire de la ville égyptienne antique d’Ombos, actuelle Kôm-Ombo, dans le sud de l'Égypte. Il a vécu au 1er ou 2e siècle avant notre ère. Fils d’un certain Psebos, il appartenait sans doute à un groupe social aisé. Ses parures de cartonnage en lin ou en papyrus sont richement peintes de façon à assurer sa protection et sa survie dans l’au-delà.

 

 
Sarcophage d’une chanteuse d’Amon de Karnak. Musée du Louvre, Département des Antiquités égyptiennes. © Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Georges Poncet.

Sur ce sarcophage est peinte une scène de pesée de l’âme, ou psychostasie, qui est l’épreuve finale du défunt pour accéder à l’au-delà. Lors de la pesée du cœur face à la plume de la déesse Maât, les actions de la vie du défunt sont évaluées pour lui permettre ou non l’accès au royaume d’Osiris.
 
Embaumement des corps dans l'Égypte antique (1).
Embaumement des corps dans l'Égypte antique (2 et 3).
 
Embaumement des corps dans l'Égypte antique (4 et 5).
 
Stèle à registre, «Appel aux vivants». Égypte, 1550 à 1425 avant notre ère. Calcaire, sculpture en creux, gravure, peinture. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Paris.

L’«appel aux vivants», également nommé «appel aux passants» est une formule gravée sur les stèles, les parois du tombeau ou divers objets funéraires. Elle rappelle l'importance de garder le souvenir du défunt parmi les vivants.
 
Coffre à vases canopes. Égypte, 1550 à 1069 avant notre ère. Bois, vernis, peinture et stucage. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Paris. © Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn - Georges Poncet.

Ce coffre renferme les quatre vases canopes destinés à recevoir les viscères de la personne momifiée. Le coffre est ainsi placé dans la chambre funéraire à proximité du sarcophage du défunt avant que le tombeau ne soit scellé.
 
Offrande d’ovin momifié. Égypte, 80 à 250 de notre ère. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Paris.
Scénographie
 
Livre des morts, papyrus funéraire de Taperousir. Égypte, 332 à 30 avant notre ère. Papyrus. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Paris. Don, Du Camp, Maxime.

Le Livre des morts est composé de rouleaux de papyrus, recouverts de formules funéraires en texte et en image. Il fixe les vertus et valeurs devant être respectées par tous afin d'accéder à l'au-delà. L’ouvrage est parfois placé à proximité du sarcophage pour accompagner le défunt dans son voyage vers le royaume des morts.
 
Dispositif pour humer des odeurs (fumée, baume de Tolu, myrrhe).


2ème partie - Salle 4

Scénographie

La momification par boucanage est une technique de préservation du corps qui consiste à déshydrater les graisses corporelles par l’action de la chaleur et de la fumée. Chez les Guanche, sur l'île de Tenerife, dans les Canaries actuelles, cette momification est pratiquée du 3e au 14e siècle. Le processus, mené par des prêtres et les membres de la famille, varie selon le statut social et le sexe du défunt. Des équipes de recherche travaillent actuellement à recenser et mieux connaître les restes humains en provenance des Canaries présents dans les musées occidentaux.

 
Texte du panneau didactique.
 
Charles-Nicolas Cochin et Jacob von der Schley. Cave sépulcrale des Guanches. Amsterdam, 1749-1779. Tirage d'exposition, 2025. © Rijksmuseum.

Les représentations des rites funéraires guanches sont rares. Cette gravure montre une grotte sépulcrale dans laquelle les défunts sont préparés puis disposés contre les parois, sous le regard d’un groupe d’Occidentaux.
Jeune femme guanche dite «reine» guanche.
Conservée au Musée de l’Homme. © MNHN - J.-C. Domenech.

Les Guanches étaient les premiers habitants des Canaries, probablement d’origine berbère. Ils momifiaient leurs défunts, surtout les élites, avant de les déposer dans des grottes. Cette jeune femme, trouvée fortuitement par un berger, a connu bien des péripéties avant d’intégrer les collections du MNHN. Elle a vécu entre la fin du 8e siècle et la fin du 9e siècle aux Îles Canaries. Âgée de 18 à 20 ans à son décès, elle était de culture guanche, la culture des premiers habitants de ces îles, qui momifiaient leurs défunts, surtout ceux issus des élites, avant de les déposer dans des grottes.
 
Fiche relative à la Jeune femme guanche dite «reine» guanche:
1-Identification.
Ce type de fiche est présent pour les 9 défunts momifiés présentés dans l'exposition.
 
Fiche relative à la Jeune femme guanche dite «reine» guanche:
2 - contexte funéraire.
 

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, plusieurs cultures continuent de momifier les défunts par boucanage. Chez les Anga, la pratique a été réactivée par la volonté de leur chef, Gemtasu. À sa demande, la photographe Ulla Lohmann a documenté, en 2003, tout le processus de restauration du corps momifié de Moimango puis, en 2015, celui de Gemtasu lui-même, son fils. Le boucanage fait partie des rites de passage: à la mort d’un individu, son âme reste étroitement liée à la communauté. Les défunts momifiés,  exposés dans les villages, deviennent alors les protecteurs et les guides des vivants.

Fiche relative à la Jeune femme guanche dite «reine» guanche:
3 - Historique muséal.
 
Texte du panneau didactique.
Ulla Lohmann. Série Les Momies perdues de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2015. Tirages d'exposition, 2025.

- Le village de Koke, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
- Les ancêtres momifiés veillent sur les habitants.
- Gemtasu, ému, face à la dépouille restaurée de son père Moymango.
- Le corps momifié de Moymango ramené sur la falaise qui surplombe le village.
- Gemtasu montre à sa famille comment le positionner lors de la momification.
- Les hommes de la famille de Gemtasu s’occupent de lui pendant le processus de momification.
- La famille proche de Gemtasu.
- Les proches de Gemtasu, dans la maison consacrée à la momification

Ulla Lohmann s’est rendue plusieurs fois en Papouasie pour documenter la momification pratiquée par le peuple Anga. Elle noue une relation profonde avec Gemtasu, le chef du village, qui souhaite restaurer la dépouille momifiée de son père. En 2008, avec l’aide du biologiste Ronald Beckett, ils parviennent à détailler la méthode ancestrale de momification. À la mort de Gemtasu en 2015, Lohmann réalise un reportage sur la momification du chef, suivant ses dernières volontés.

 

 

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Momification par boucanage (1, 2 et 3).
 
Momification par boucanage (4).
 
Ulla Lohmann. Gemtasu, ému, face à la dépouille restaurée de son père Moymango. Série Les Momies perdues de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2015. Tirages d'exposition, 2025.

Momification par boucanage (5 et 6).
 
Ulla Lohmann. Gemtasu montre à sa famille comment le positionner lors de la momification. Série Les Momies perdues de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2015. Tirages d'exposition, 2025.


2ème partie - Salle 5

Scénographie

Entre 800 et 1850, sur le territoire des actuelles îles Marquises, le processus funéraire des personnalités importantes implique une première phase de dessiccation sous le soleil. Cette étape de momification n'est que temporaire. Le corps est ensuite inhumé et la décomposition reprend. Quelques années plus tard, les ossements sont récupérés et les crânes de certains ancêtres sont ornés pour être exposés. Ces informations sont restituées d'après quelques témoignages de voyageurs européens du 19e siècle.

 
Texte du panneau didactique.
 
Crâne des îles Marquises. © MNHN - J.-C. Domenech.

Aux îles Marquises, les crânes de certaines figures de la communauté étaient prélevés longtemps après l'inhumation du corps momifié afin d'être conservés en tant que reliques ou ancêtres. Les attributs et les ornements, tels que les dents de cochon ou les yeux en nacre, indiquent le statut et le rôle de l'ancêtre célébré.
 
Charles Claude Antiq. Momie en cours de dessiccation. Archipel des îles Marquises, Nuku Hiva, 1846. Tirage d'exposition, 2025. © National Library of Australia, Canberra.

Cette aquarelle est la plus ancienne illustration connue d’une momification en cours aux îles Marquises. On la doit au peintre et voyageur Charles Claude Antiq en 1846. Sans autre préparation, le corps se dessèche dans une hutte, abrité des épisodes de pluie par un toit végétal amovible.
 
Maquette de cercueil-pirogue. France, 2025. Bois. Atelier Carbon.

Au cours du rituel funéraire marquisien, les corps finissent inhumés au sein de cimetières sacrés (me’ae), certains dans un «cercueil-pirogue» pour faire la traversée vers l’au-delà. Le cercueil-pirogue peut être confectionné à partir de bois sacré originaire des îles Marquises ou de Tahiti, comme le Calophylle (tamanu en marquisien) ou le Thespesia populnea (mio en marquisien).
 
Momification temporaire chez les anciens marquisiens (1).
 
Momification temporaire chez les anciens marquisiens (2).
 
Momification temporaire chez les anciens marquisiens (3).
 
Momification temporaire chez les anciens marquisiens (4).
 
Momification temporaire chez les anciens marquisiens (5).
 
Momification temporaire chez les anciens marquisiens (6).
 
George Tobin. Le Corps de Mow-Oroah, chef tahitien, Tahiti, 1792. Tirage d'exposition, 2025. © State Library of New South Wales.

George Tobin est un officier britannique embarqué à bord du navire HMS Providence. Il tient un journal illustré de son voyage. À Tahiti, en 1792, il peint l’exposition du corps momifié d’un religieux (arioi), quatre mois après son décès.
 
Dumont d’Urville. Atlas de Dumont d’Urville. Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l’Astrolabe et la Zélée, 1838, tome 1. MNHN, Paris.

L’explorateur Dumont d’Urville dirige un «tour du monde» qui atteint Nuku Hiva, une des îles Marquises, le 5 août 1838. Son anthropologue Alexandre Dumoutier, y récupère trois crânes-trophées qui étaient considérés par d’autres explorateurs comme des prises de guerre. Il s'agirait en fait de reliques de commémorations d’un ancêtre.


2ème partie - Salle 6

Scénographie

Au 19e siècle, une partie de la société européenne souhaite conserver une belle apparence pour ses funérailles. De nombreux procédés de préservation par injection se développent alors. Des substances chimiques, comme la solution de formaldéhyde, remplacent le sang. Les concentrations sont si fortes que cela permet la momification du corps. Depuis, les procédés se sont perfectionnés et ont été réglementés: l'apparence du défunt est maintenue pour quelques semaines seulement, avant inhumation ou crémation.

 
Texte du panneau didactique.
 
Maurice Orange. Bonaparte en Égypte contemplant la momie d’un roi, 1895. Reproduction, 2025. © Ville de Rueil-Malmaison, dépôt du Musée de Granville.
À gauche : Kit d'injection mixte de Jean-Nlcolas Gannal, 19e siècle. Collection Nicolas Delestre, Lyon.

Au 19e siècle, les baumes «naturels» sont remplacés par des liquides ou des baumes chimiques. Ils commencent à être injectés dans le système circulatoire dès 1835. Jean-Nicolas Gannal s’en inspire et met au point un brevet industriel en 1837, comprenant aussi de nouveaux instruments pour préparer les corps
 

La thanatopraxie est la pratique moderne de préservation du corps. Très répandue dans nos sociétés occidentales, elle permet de ralentir la décomposition pendant quelques semaines, le temps pour la famille de faire ses adieux au défunt. Bien qu’elle soit bien moins accessible et pratiquée, la cryogénie permet depuis la fin des années 1960 de préserver les corps dans des cuves extrêmement froides. Pour certains, elle s’accompagne de la croyance que les progrès techniques et scientifiques permettront un jour à ces corps préservés de fonctionner à nouveau.

À droite : Kit d'injection de Jean-Pierre Sucquet, Collin ©, 1847. Collection Nicolas Delestre, Lyon

Le docteur Jean-Pierre Sucquet travaille à simplifier le procédé par injection de Jean-Nicolas Gannal. Il met au point une solution injectable constituée de quatre éléments: un composé chimique, un alcool, un corps gras et de l'eau. D'autres fluides de préservation comme la solution de forrnaldéhyde seront ensuite développés au début du 20e siècle.
 
Texte du panneau didactique.
 
Préservation contemporaine d'un corps (1).
 
Préservation contemporaine d'un corps (2).
 
Préservation contemporaine d'un corps (3).
 
Préservation contemporaine d'un corps (4).
 
Vidéo : La cryogénisation c'est pour quand ? (Version muette sous-titrée).
 


3 - UN PATRIMOINE MUSÉAL



3ème partie - Salle 1

Scénographie

La constitution de collections

Au 19e siècle, l'archéologie est en vogue et les États se livrent à la course aux «découvertes», notamment dans les territoires colonisés. Des fouilles, plus ou moins légales, sont lancées: de nombreux restes humains sont alors exhumés et envoyés en Occident. Les musées et les amateurs privés constituent leurs collections via des expéditions, mais aussi par acquisition auprès d’intermédiaires, des dons ou des legs. À cette époque, aucune réflexion éthique n’est menée sur le déplacement des restes humains d’un pays à un autre. Aujourd’hui, les chercheurs et le personnel des musées tentent de retracer les contextes de leur collecte et de leur itinéraire individuel, en trouvant et en comparant des documents d’archives: récits de missionnaires, registres d'acquisition de musées, galeries ou collectionneurs, carnets de terrain. Cette discipline s’appelle la «recherche de provenance», elle a notamment permis la réalisation des cartes d'identité des défunts momifiés présentés dans l'exposition.

 
Texte du panneau didactique.
 
Peter Paul Rubens (1577-1640). Recueil de dissertations et de notes relatives à la numismatique, à la glyptique et à l’épigraphie antique, «Deux vues du sarcophage et de la momie appartenant à Rubens». France, 1624. Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits, Paris.

Ce dessin est l’un des plus anciens témoignages de la présence d’un corps momifié dans un cabinet de curiosités en Europe. Le corps et son sarcophage, dont la trace a  aujourd’hui été perdue, auraient été achetés par le peintre Peter Paul Rubens vers 1624.
 

De nombreux défunts momifiés ont intégré les collections occidentales, entre l'essor des musées vers 1800 et les années 1950. Initialement peu encadrée, la légitimité de ces opérations est remise en question au fil du temps, ainsi que le statut juridique des cadavres. Aujourd’hui, en France, plusieurs centaines de milliers de restes humains anciens sont conservés dans les collections publiques. Ils sont toujours considérés comme des biens par le Code du patrimoine, même si le Code civil indique que «le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort». Désormais, lorsque des corps sont découverts lors de fouilles, ils restent dans leur pays d’origine.

Félix Bonfils. 235 momies égyptiennes. Homme posant à côté de défunts momifiés, Égypte, 1875. Tirage d'exposition, 2025. © Musée du quai Branly - Jacques Chirac, iconothèque, Paris.

L'homme accroupi sur cette photographie pourrait être un «vendeur de momies», bien que cela ne soit pas attesté. La scène témoigne malgré tout de l'attrait des Occidentaux pour le commerce des corps momifiés, pouvant également conduire à la réalisation de faux.
 
Texte du panneau didactique.
Scénographie

Lors de la campagne d'Égypte, 167 scientifiques accompagnent les soldats du général Bonaparte de 1798 à 1801. La quantité d'objets et de restes, humains et animaux collectés durant cette expédition déclenche une fascination sans bornes pour l'Égypte antique: l'égyptomanie. L'engouement pour les défunts momifiés des Andes suivra au 19e siècle. Cela se constate sur les registres d'inventaire des musées avec l'acquisition de nombreux artefacts et de quelques restes humains.
Ces collectes se fondent sur la notion de rareté. Aujourd'hui, les archives de ces expéditions sont réétudiées dans le cadre des recherches de provenance.

 
Texte du panneau didactique.
 
Léon Cogniet. L'expédition d'Égypte sous les ordres de Bonaparte, 1829-1835. Reproduction, 2025. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet.

Ce tableau dépeint les fouilles archéologiques menées par les savants de l'expédition de Napoléon Bonaparte en Égypte, à la fin du 18e siècle. Cette campagne militaire mobilise 167 scientifiques. Ils effectuent des recherches dans tous les domaines et collectent des corps momifiés.
Scénographie.

Au 19e siècle, un commerce spécialisé en objets de curiosité se développe. Portées par une soif démesurée de nouveautés, les fouilles sauvages et la fabrication de fausses momies se multiplient. Le Musée de l'Homme en conserve une, présentée ici, qui ne contient aucun reste humain ou animal. Une dérive commerciale transforme aussi les autopsies de défunts momifiés, invasives et destructives, en spectacles publics de débandelettage jusque dans des foires, attirant des foules toujours plus nombreuses.

 
Texte du panneau didactique.
 
Simulacre d’une momie d'enfant dans son cercueil. Aksoum, Éthiopie, 19e siècle. Argile, bois, textiles, enduit. MNHN, Paris.

Cet objet a été vendu comme une véritable «momie d'enfant» pour satisfaire une demande très importante. Des imageries médicales ont révélé que cet objet ne comprenait pas de restes humains: il s’agit d’un faux, un simulacre réemployant le cartonnage ancien d’un défunt momifié.


3ème partie - Salle 2

Scénographie

Dès 1895, l'industriel et collectionneur Émile Guimet finance des fouilles archéologiques dans la nécropole de la cité romaine d'Antinoé, en Égypte. Menée par l'égyptologue Albert Gayet, elles permettent des remplir les vitrines du musée privé de Guimet, à Lyon. Elles mettent au jour de nombreuses sépultures dont, en 1904, une jeune femme momifiée. Couchée sur un lit de végétation, entourée de flacons, de coupes, de figurines, d'un miroir et d'autres objets énigmatiques, Myrithis est surnommée «la magicienne» par Gayet. Son surnom, comme ceux des autres défuntes «la prophétesse» ou «la patricienne» contribue à la création d'une mythologie autour des défunts momifiés.

 
Texte du panneau didactique.
 
«L'Egypte antique, les fouilles de M. Gayet à Antinoé». Le Petit Journal, 10 janvier 1904. MNHN, Paris.

Avec la modernisation des techniques d'imprimerie puis la liberté de la presse, le nombre de journaux explose. Une multitude d'articles rend alors compte, au jour le jour, des campagnes de fouilles et des événements qui les accompagnent.
Myrithis. © MNHN - J.-C. Domenech.

Cette jeune fille a été exhumée lors des fouilles de la nécropole d’Antinoé en Égypte. Elles ont mis en lumière des textiles, des sarcophages et des fresques d’une grande richesse témoignant d’un art funéraire mêlant traditions égyptiennes, romaines et coptes. Les défunts et les biens trouvés ont ensuite été dispersés dans plusieurs musées européens.
 
Anonyme. Momie égyptienne. École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris, 19e-20e  siècle. Tirage d'exposition, 2025. © Beaux-Arts de paris.
 
Paul Dominique Philippoteaux. Examen d’une momie, une prêtresse d’Amon, 1891. Reproduction, 2025. © Bridgeman Images.

Cette scène représente le «débandelettage» public d’un corps momifié de femme, une pratique en vogue au 19e siècle. L’opération est pratiquée par le docteur Fouquet, au musée de Gizeh en Égypte, le 31 mars 1891, en présence du ministre de France au Caire et du directeur général des Antiquités égyptiennes.
Scénographie.
 
Mobilier funéraire de Myrithis. Musée du Louvre, département des Arts de Byzance et des Chrétientés en Orient, en dépôt au musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris.
6 - Bracelet (?), ivoire ou os.
9 - Lampes à huile, terre cuite.
10 - Flacons, verre.
12 - Coupes avec échantillons de végétaux: pétales de rose, graminées et feuilles de cédratier.
 
«Qui veut acheter une momie ?». Le Petit Journal, 1939. Reproduction, 2025. © Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

(on peut lire aussi l'article consacré à «une mauvaise cuisinière»)



3ème partie - Salle 3

Scénographie

La collection de corps humains momifiés conservés au Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) compte 70 défunts préservés dans leur intégrité ainsi qu’une centaine de fragments de restes humains momifiés. Ils proviennent principalement d'Égypte et des Andes. Cette collection est d’abord conservée au sein du cabinet d’anthropologie du Jardin des Plantes, puis transférée en 1878 au Musée d’ethnographie du Trocadéro, devenu Musée de l'Homme en 1937. Le premier défunt momifié à entrer dans la collection est le jeune garçon découvert fortuitement aux Martres-d'Artière, en Auvergne, et dont le roi Louis XV ordonna qu'il soit transféré à Paris en 1756.

 
Texte du panneau didactique.
 
Vitrine-cercueil du jeune garçon momifié des Martres-d’Artière, non daté. MNHN, Paris.

Cette vitrine est celle dans laquelle le jeune garçon des Martres-d’Artière était présenté pendant de longues années, au moins jusqu’en 2006. Il était installé debout et attaché au niveau du cou.
Jeune garçon des Martres-d’Artière. © MNHN - J.-C. Domenech.

En 1756, fait rarissime, deux paysans auvergnats retrouvent le sarcophage d’un enfant momifié sur la commune des Martres-d’Artière. La conservation hors du commun de ce défunt suscite la fascination des villageois, pensant avoir affaire à un saint. Le corps est envoyé au Cabinet d'Histoire naturelle à Paris afin d'être examiné puis conservé.
 
L'Univers illustré «Palais de l’industrie. Exposition des missions scientifiques», 9 mars 1878. Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, Paris.

L’Exposition universelle de 1878 comprend une section sur les explorations, voulue par le ministère de l'instruction publique. De nombreux ensembles d’objets sont présentés, qui constitueront les bases des collections du Musée d’ethnographie du Trocadéro puis du Musée de l'Homme.
 
Frédéric Scalberge. Le Jardin du Roy pour la culture des plantes médicinales, 1636.


3ème partie - Salle 4

Scénographie

Ce défunt momifié Chachapoya est habituellement visible dans le parcours permanent du Musée de l’Homme. Dès l'inauguration du Musée d’ethnographie du Trocadéro en 1878, il est présenté dans une vitrine de la galerie américaine, puis dans la section «Nouvelle Amérique» du Musée de l’Homme dès 1939. Le peintre Gauguin réalise un croquis qui l’évoque en 1888, décliné ensuite dans des œuvres comme Ève bretonne. Une résonance et une filiation sont ensuite visibles dans l’histoire de l’art, avec Munch ou Warhol et jusqu'à l’emoji «peur».

 
Texte du panneau didactique.
 
Homme chachapoya. Musée de l’Homme.

Cet homme de la culture Chachapoya, anciennement désigné «momie trépanée de Piedra Grande de l’Utcumbamba» est celle d’un jeune adulte de 20 à 30 ans, ayant vécu entre le 12e et le 16e siècle, dans l’actuel Pérou. Il est exposé depuis 1878, et est réputé avoir inspiré Paul Gauguin et Edvard Munch.
 
Edvard Munch (1863-1944). Le Cri, 1893. Reproduction, 2025. © Nasjonaalmuseet.
 
Paul Gauguin (1848-1903). Ève Bretonne II, 1889. Reproduction, 2025. © Bridgeman Images.
Scénographie
 
Sarcophages de Karajia, Pérou. Reproduction, 2025. © Stefan Ziemendorff.
 
Reconstitution de sarcophage Chachapoya, 2025. Atelier Carbon.

Cette maquette est la reproduction d'un «sarcophage» Chachapoya, tel que désigné par l'explorateur Pierre Vidal-Senèze. Réalisé pour les besoins de cette exposition à partir de photographies, ce dispositif permet de reconstituer le contexte funéraire du défunt à l'échelle 1.
 
Anonyme. Défunts momifiés boliviens présentés durant l'Exposition universelle. Paris, 1889. Tirage de reproduction, 2025. Musée du quai Branly - Jacques Chirac, iconothèque, Paris, don de Marie-Hélène Reichlen.
 
Benjamin Vautier, dit « Ben » (1935-2024). J'attends, 2006. Sérigraphie couleur sur papier 300g, fond noir, texte blanc. Édition signée et numérotée 32/100. Collection institut d'art contemporain, Villeurbanne / Rhône-Alpes. © Ben Vautier/ Adagp, Paris.

Cette œuvre de Ben offre une réflexion humoristique sur la mort et l'éternité du temps. Proche du mouvement Fluxus, Ben est célèbre pour ses slogans décalés.
 
Vidéo : Enquête archéologique. Les Chachapoyas : vivre avec les morts (extrait). 1 min, France, 2018. Français-anglais. GAD, Hélène Maucourant et Agnès Molia (version muette sous-titrée).

 
Vidéo : Interview de Sonia Guillén, directrice du Centre Mallqui (Pérou), consacré à la sauvegarde et l'étude des restes humains de la culture Chachapoya. 3 min, France, 2025. Français-anglais. JDE Production. © MNHN.



3ème partie - Salle 5

Scénographie

La presse divulgue régulièrement des découvertes archéologiques qui passionnent le public. C'était déjà le cas en 1881, lors de la découverte officielle du pharaon Ramsès II momifié ou lors de son arrivée en France en 1976. Accueilli comme un chef d’État, son corps embaumé fait un détour place de la Concorde, autour de l’obélisque, avant d’arriver au Musée de l'Homme. Il est étudié par 80 chercheurs durant 7 mois: cela permet d’avoir toutes les informations nécessaires pour stopper sa décomposition et permettre sa restauration, avant son retour au Musée du Caire où il est exposé dans le parcours permanent.

 
Texte du panneau didactique.
 
Nona Inescu (née en 1991). Preserver, 2023-2024. Acier, fleurs séchées. Catinca Tabacaru Gallery, Bucarest, Roumanie.

Les végétaux séchés fragiles cohabitent ici avec une structure en acier. La forme de cette dernière est inspirée des sarcophages et des caisses de Ward, des serres portatives du 19e siècle. L'œuvre questionne les déplacements botaniques historiques, comme ceux réalisés autour de la dépouille de Ramsès II.
4 - José Oster. Retour au Caire, 10 mai 1977. Reproduction, 2025. Musée du quai Branly - Jacques Chirac, iconothèque, Paris.
Après avoir été étudié à Paris, le corps de Ramsès II retrouve le musée du Caire, dont on voit ici la salle des sarcophages. Le défunt a été transporté dans une caisse recouverte de velours orné de motif de lotus par des soldats et des responsables du musée.
6 - Anonyme. Au musée du Caire, déballage sous bulle stérile, 15 mai 1977. Reproduction, 2025. Musée du quai Branly - Jacques Chirac, iconothèque, Paris.
Le transfert du corps de Ramsès II dans sa vitrine s'effectue ici dans une «bulle» stérile, qui empêche toute contamination par spores, micro-organismes, bactéries ou insectes susceptibles de détériorer le corps.


4 - L'ÉTUDE DES DÉFUNTS MOMIFIÉS



4ème partie - Salle 1

Scénographie

Une enquête sur la vie

Les défunts momifiés conservent des informations biologiques et culturelles irremplaçables. Par examen visuel, comparaisons morphologiques, imagerie médicale et analyses chimiques, il est possible de reconstituer les conditions et modes de vie du passé. Coutumes sociales, alimentation, tâches répétitives ou métiers, liens familiaux, migrations, maladies, pratiques funéraires et spirituelles sont autant d’informations qui nous éclairent sur des sociétés disparues et leurs évolutions.
Ces recherches pluridisciplinaires s’inscrivent dans des normes éthiques et déontologiques strictes qui encadrent tout geste effectué sur un reste humain. Elles sont aujourd’hui motivées par une volonté d’identifier ces défunts.

 
Texte du panneau didactique.
 
Jeune fille de Strasbourg. En cours de dépôt par le Chapitre de Saint-Thomas au Musée de l’Homme. © E. Quetel.

Fillette probablement issue d'une famille aristocratique protestante d'origine étrangère à Strasbourg, cité-État indépendante jusqu’à la fin du 17e siècle, décédée entre ses 7 et ses 11 ans, entre les années 1635 et 1640. Son état exceptionnel de conservation témoigne d’une grande maîtrise technique de la momification. Décrite par Victor Hugo en 1842, elle fascine par sa conservation remarquable et ses somptueux habits. Une équipe pluridisciplinaire tente depuis 2009 d'identifier une jeune fille momifiée. Elle reposait dans l’église Saint-Thomas, à Strasbourg, dans la même chapelle que le comte Gustave-Adolphe de Nassau-Sarrebruck. Les deux corps ont été embaumés au 17e siècle, dans un contexte de troubles politiques et sanitaires, afin que leurs familles, éloignées géographiquement, puissent les identifier une fois la situation apaisée. Mais celle-ci s’enlise et le comte de Nassau est finalement inhumé en Allemagne en 1998, contrairement à cette jeune fille dont l'identité reste encore inconnue.
 
Jeune fille de Strasbourg, détails. En cours de dépôt par le Chapitre de Saint-Thomas au Musée de l’Homme.
© E. Quetel.

 
Une équipe pluridisciplinaire tente depuis 2009 d'identifier une jeune fille momifiée. Elle reposait dans l’église Saint-Thomas, à Strasbourg, dans la même chapelle que le comte Gustave-Adolphe de Nassau-Sarrebruck. Les deux corps ont été embaumés au 17e siècle, dans un contexte de troubles politiques et sanitaires, afin que leurs familles, éloignées géographiquement, puissent les identifier une fois la situation apaisée. Mais celle-ci s’enlise et le comte de Nassau est finalement inhumé en Allemagne en 1998, contrairement à cette jeune fille dont l'identité reste encore inconnue.

Texte du panneau didactique.
 
Costume reconstitué de la jeune fille momifiée de Strasbourg, 2022. Fondation Abegg (reconstitution par Emma Marentette), Suisse.

Le costume de la jeune fille de Strasbourg a été daté entre 1620 et 1640. La richesse des tissus et des dentelles semble indiquer qu’elle était issue d’une famille aisée, probablement de la noblesse ou de la bourgeoisie allemande. La reconstitution du costume par Emma Marentette est extrêmement fidèle à l'original et reprend les mêmes matériaux. À l’occasion de cette réalisation, 200 boutons en bois sculptés à la main ont été reproduits à l'identique.
 

Dès la fouille, de nombreux spécialistes sont présents afin de comprendre les couches géologiques du terrain, prélever des échantillons, marquer leurs emplacements, faire des photographies et des croquis. Il s’agit bien sûr des archéologues et des anthropologues, mais aussi, par exemple, des palynologues et des entomologistes qui étudient respectivement les pollens et les insectes. Dans leur laboratoire, ils analysent ensuite toutes les données et transmettent leurs résultats qui sont alors confrontés, synthétisés et publiés.

Imageries médicales de la jeune fille momifiée de Strasbourg. Allemagne. Reproductions, 2025. © Stéphanie Zesch / Wilfried Rosendahl. German-Mummy-Project / Reiss-Engelorn-Museen Mannheim.

Les imageries médicales du corps de la Jeune fille ont permis de déterminer que l'abdomen et le thorax avaient été vidés de leurs viscères et comblés par du textile. Les examens dentaires et osseux montrent également une malformation et un arrêt temporaire de sa croissance.
 
Texte du panneau didactique.
Différentes disciplines collaborent pour dater un décès.

Depuis le 17e siècle, des autopsies sont pratiquées et permettent de mieux connaître le corps humain, ce qui transforme la médecine. Des autopsies sont réalisées sur des défunts momifiés seulement à partir du 19e siècle, mettant en évidence les évolutions biologiques et les pratiques funéraires passées. La radiographie est utilisée dès 1895 pour examiner l'intérieur du corps sans l’altérer. Puis, les progrès scientifiques dans des domaines comme l’anatomie, l’imagerie médicale, la chimie et la génétique se succèdent et offrent des outils supplémentaires à la recherche.

 
Texte du panneau didactique.
 
«Hématite, bitume, coquillages, gomme, corail, son, vitriol, vif-argent, chaux, colophane, seiche, amidon, momie», issu du manuscrit du Livre des simples médecines. Robinet Testard (1471-1531). France, 1520-1530. Reproduction, 2025. © BNF.

Du Moyen Âge au 18e siècle, les corps momifiés sont utilisés en Europe en tant que remède. Broyés et réduits en poudre, ils entrent dans la composition de traitements contre diverses maladies. Ce phénomène décline avec l'avancée de la science. Ambroise Paré (1510-1590), chirurgien du roi, fut parmi les premiers à s'opposer à cet usage.
 

L'étude des défunts momifiés fait intervenir différentes disciplines aux méthodes diverses, permettant de confronter les points de vue et les résultats. Les objectifs d’études varient: alors que l’anthropologie biologique, la médecine légale ou l'anatomie pathologique s’attachent à déterminer l’âge, le sexe et les traumatismes physiques d'un individu, les analyses biochimiques tentent de comprendre les trajectoires et les modes de vie humaine que sont les liens familiaux, les migrations ou les régimes alimentaires. L’archéologie et l’histoire, par les traces matérielles ou écrites, précisent l’environnement socioculturel. Ce croisement de regards permet de reconstituer un contexte global de vie des défunts, le plus complet possible.

Trépanation du crâne. © Christophe Bou et Samuel Mérigeaud.

Les clichés montrent une ouverture de 5,5 cm de diamètre dans le crâne, réalisée post-mortem et avant la momification, probablement pour extraire le cerveau. La découpe est nette, faite d’une vingtaine de perforations circulaires, probablement réalisées par un perçoir en silex.
 
Texte du panneau didactique.
 
La faune des cadavres: travailleurs de la mort. France, 19e siècle. MNHN, Paris.

Cette boîte préservant des insectes a appartenu à l’entomologiste Jean Pierre Mégnin (1828-1905). Il s’agit d’insectes nécrophages de différentes espèces qui participent à la décomposition du corps en intervenant successivement. Leur présence permet de déterminer le temps écoulé entre la mort et la momification.
 
Boîte contenant quarante-cinq globes oculaires en verre représentant une variété de pathologies de l'œil, 18e siècle. Émail, bois, verre, métal, velours. Sorbonne Université, Collections médicales et d'anatomie pathologique, Paris.
Scénographie

La momification permet la conservation d'éléments organiques destinés à se décomposer: peau, ongles, cheveux, tissus musculaires, organes... Leur étude permet d'obtenir des informations qui n'existent plus sur le squelette. La peau révèle des indices sur certaines infections, blessures ou tatouages. Les cheveux offrent un regard sur la coiffure, parfois encore intacte. Avec les vêtements et les parures, ils constituent des marqueurs sociaux. Ces observations permettent de se représenter les modes de vie passés et sont autant de témoins de cultures et d’identités disparues que la science préserve.

 
Texte du panneau didactique.
 
Masque de défunt momifié. Égypte, 1er siècle. Stuc, verre, incrustation, peinture. Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, legs, Paris.

Ce masque funéraire représente une femme aux cheveux attachés et coiffés d’une couronne. Les masques des défunts momifiés de l'Égypte ancienne sont une source d'informations précieuse sur les coiffures, mais aussi sur le maquillage ou les conventions esthétiques de l'époque.
Résidus alimentaires trouvés dans l'estomac d’Ötzi.
Reproductions, 2025. © Frank Maixner / Eurac Research.


Découvert en 1991 dans les Alpes, le corps de cet homme, surnommé Ötzi, assassiné il y a environ 5300 ans, a été momifié accidentellement par le glacier. C’est, à ce jour, le plus étudié des défunts momifiés. Les scientifiques connaissent même son dernier repas: une bouillie à base de céréales, accompagnée de viande de chevreuil et de bouquetin. Son estomac contenait également des traces de fougères.
Scénographie

Outre les examens visuels, des prélèvements, invasifs et destructifs, peuvent être réalisés s’ils sont validés par une commission spécifique. Les échantillons sont conservés et les résultats consignés dans une base de données accessible aux scientifiques. Par exemple, le contenu de l'estomac permet de connaître le dernier repas du défunt; un cheveu révèle les substances consommées, d’éventuelles carences alimentaires ou des fluctuations hormonales. L’ADN isolé dans une dent, la peau ou un autre tissu peut aider à comprendre les liens de parenté, les migrations ou les maladies. Ce sont de véritables archives biologiques.

 
Texte du panneau didactique.
 
Robert Doisneau (1912-1994). La surprenante légèreté d’une momie péruvienne, 1943. Reproduction, 2025. © Robert Doisneau / Gamma Rapho.

Entre 1942 et 1943, le Muséum (MNHN) sollicite Robert Doisneau pour un reportage photographique. Cette technicienne des collections, peut-être Mme Lucienne Delmas ou Mme Germaine Davant, déplace un défunt momifié. Comme d’autres scientifiques, soigneurs et animaux, elle passe sous l’objectif de l'artiste qui offre un regard poétique sur les sciences naturelles.
 
Vidéo : Prélèvements sur les défunts momifiés du musée de l'homme.
 
1 - Scanner 3D Artec Spider, 2016. Musée de l'Homme, P2GM, Paris.
2 - Microscope et sa boîte de la marque Stiassnie. France, 1900-1922. Bois, métal, verre. Collections médicales et d'anatomie pathologique. Sorbonne Université, Paris.
3 - Craniomètre Boulitte ©, 19e siècle. Métal, plastique. Collections Sciences et techniques, Sorbonne Université, Paris.
Le craniomètre était utilisé pour mesurer les crânes, y compris ceux des défunts momifiés. Au 19e siècle, la craniométrie était une discipline qui cherchait à classer les êtres humains en «races » selon la forme et la taille des crânes. Basée sur une idéologie discriminatoire, cette discipline n'existe plus.
4 - Centrifugeuse, 21e siècle. Musée de l'Homme, P2GM.
La centrifugeuse est un instrument utilisé pour séparer les différents éléments d’un échantillon liquide selon leur masse. Par exemple, l'ADN peut ainsi être isolé des autres composants cellulaires afin d’être analysé.
 
Scanner de l’homme Chachapoya. France, 2021. Reproductions, 2025.  © Samuel Mérigeaud.

Ce scanner permet de voir le squelette et les organes du défunt. Son analyse nous montre qu’il s’agit d’un jeune homme et qu’il ne présente pas de pathologies dentaires, hormis quelques caries. Il permet également d'estimer sa taille, autour de 1,75 m.
 
Scanners de Myrithis. Centre hospitalier universitaire de la Pitié-Salpêtrière. Paris, 19 février 2011. Reproductions, 2025. © Samuel Mérigeaud.

L’Imagerie médicale a permis de confirmer l’âge et le genre de la défunte: la morphologie du bassin est de type féminin et certains cartilages de croissance ne sont pas encore soudés aux articulations, indiquant qu’il s’agit d’une adolescente ou d’une très jeune adulte. Ses dents de sagesse presque formées indiquent qu’elle avait moins de 20 ans.
 
Chaque culture, chaque époque crée une relation particulière avec ses défunts. Bien que rare, la momification reste l’une des pratiques les plus impressionnantes par la proximité qu’elle propose avec le corps mort. Aujourd’hui, les défunts momifiés présents dans les musées font l’objet d’une attention spécifique et le cadre déontologique évolue. Il existe un débat autour de leur conservation, mais la prise en compte de leur humanité, avec tout le respect qui leur est dû, est centrale. Au terme de cette visite, nous vous invitons à partager vos réflexions sur ces sujets sensibles qui questionnent notre humanité.
Jeune femme des Andes. Musée de l’Homme. © MNHN - J.-C. Domenech.

Cette jeune femme aux longs cheveux, dite «des chuppas» en référence au monument funéraire pré-inca qui l’abritait, a vécu dans les Andes (dans l’actuelle Bolivie), possiblement dans la région de l’Atacama. L’histoire de cette femme est inconnue. Elle a été donnée au MNHN en 1867 par un amateur d'antiquités, Arnous-Rivière. En 2024, des analyses ont permis de savoir qu'elle a vécu entre le 8e et le 10e siècle. Son collier fait actuellement l'objet de recherches, afin d'obtenir d’autres indices de son passé.
 
Texte du panneau didactique.
 
Citation d'Edgar Morin
 
Jérôme Conscience (né en 1976). Et si on s'arrêtait de mourir, 2010. Granit marlin. Courtesy de l'artiste.


4ème partie - Salle 2

Scénographie

Le carbone est un atome présent sous différentes formes dans toute matière organique: bois, végétal, peau, os, ivoire. En mesurant la dégradation progressive d'un atome rare de carbone, dit «C14» il est possible de dater la matière organique jusqu’à 50000 ans.  Utilisée depuis les années 1950, cette méthode a été employée par le Centre de recherches et de restauration des musées de France, le C2RMF, pour préciser l’époque où ont vécu certains défunts momifiés présentés dans l'exposition.

 
Texte du panneau didactique.
 
Prélèvements pour l’analyse C14, Paris, 2024. © MNHN - Jean-Christophe Domenech.
 
Récipient double à anse en pont. Pérou, 1400 à 1532. Engobes rouge et brun. Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris. Donateur Pierre Vidal-Senèze.
 
Tête de tumulus funéraire (chulipa). Andes, Pérou, culture Chachapoya, 1400-1532. Argile et terre, pigments rouge et blanc. Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris. Donateur M. Langlois.
 
Schéma de la chaîne d'exécution de la datation par le radiocarbone.
 
Courbe des résultats de l’analyse C14, établie par Thibault Clauzel, permettant de donner l’âge de la mort de la jeune femme des Andes, 2024. © C2RMF - Tristan Maillet.