
MELANCOLIE,
génie et folie en Occident
Article
publié dans la Lettre n° 248
MELANCOLIE, génie et folie en Occident.
Jean Clair, directeur du musée Picasso a conçu cette exposition
hors du commun pour nous montrer, à travers plus de 250 œuvres l’importance
de la mélancolie dans l’art.
Le mot mélancolie apparut dans les traités médicaux grecs du IVe
siècle avant Jésus-Christ et signifiait « bile noire ». Les romains
le traduisirent par « atrabile ». C’est son excès ou son altération
qui provoque tristesse, abattement ou fureur. Cette sombre substance,
cette « mauvaise humeur », siège dans la rate (spleen en anglais),
organe de couleur foncée. En fait la bile noire n’est qu’une fiction
ou une métaphore dont il nous reste les « idées noires » !
Aucune disposition d’âme n’a occupé l’Occident aussi longtemps que
la mélancolie. Le sujet touche au cœur des problèmes auxquels l’homme
est aujourd’hui sensible : de l’histoire à la philosophie, de la
médecine à la psychiatrie, de la religion à la théologie, de la
littérature à l’art. La mélancolie, par tradition cause de souffrance
et de folie, est aussi considérée depuis l’Antiquité comme le tempérament
des hommes marqués par la grandeur : les héros et les génies. Sa
désignation comme « maladie sacrée » implique une dualité. Mystérieuse,
la mélancolie l’est toujours, bien qu’elle fasse aujourd’hui l’objet,
sous son appellation de « dépression », d’une approche médico-scientifique.
L’iconographie de la mélancolie est d’une infinie richesse et il
n’est donc pas étonnant que ce soit l’histoire de l’art qui ait
su la première fournir les bases de cette nouvelle approche de l’histoire
culturelle du malaise saturnien. L’exposition introduit le public
à cette richesse encore mal connue à travers huit sections : I -
Prologue : la mélancolie antique. Des stèles avec des personnages
en méditation, la tête appuyée sur une main, fixent une attitude
qui deviendra caractéristique de la représentation de la mélancolie.
II - Le Bain du diable : le Moyen Age. La mélancolie est vue négativement
et est peu à peu assimilée à la paresse et à la tristesse. III -
Les Enfants de Saturne : la Renaissance. La mélancolie inspire la
création tout en étant source d’inquiétude (Dürer - Cranach l’Ancien :
la Mélancolie). IV - L’Anatomie de la mélancolie : l’âge
classique. A la fin du XVIe siècle et au XVIIe la mélancolie redevient
une source de maux, voire de folie. Des objets extravagants (Autel
macabre, comprenant une momie et trois squelettes de fœtus humains)
voient le jour. V - Les Lumières et leurs ombres : le XVIIIe siècle.
La mélancolie est alors perçue comme une forme dangereuse de déraison.
Ceux qui en sont atteints sont mis dans des asiles pour les retirer
de la société. VI - La mort de Dieu : le romantisme. Pour l’artiste
du XIXe siècle la mélancolie se définit à la fois comme l’expression
du désir et de son impossibilité, d’où l’attraction exercée par
l’imaginaire sur les artistes romantiques. VII - La naturalisation
de la mélancolie. A la fin du XIXe siècle l’idée de la souffrance
des malades mélancoliques s’impose alors que jusqu’au milieu du
XIXe siècle on pensait qu’ils n’éprouvaient rien (Van Gogh : Portrait
du docteur Paul Gachet - 1890). VIII - L’Ange de l’Histoire :
mélancolie et temps modernes. La mélancolie du XXe siècle apparaît
fondamentalement liée à l’histoire avec, en plus, la fascination
du vide (Giorgio de Chirico : Mélancolie - 1912 ; Ron Mueck :
Sans titre (Gros homme) - 2000). Grand Palais 8e.
Jusqu’au 16 janvier 2006. Pour
voir notre sélection de diapositives, cliquez ici.
Lien: www.rmn.fr/melancolie
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