
LES MASQUES DE JADE MAYAS
Article
publié dans la Lettre n° 338
du
19 mars 2012
LES MASQUES DE JADE MAYAS. Jusqu’à
présent, on n’a découvert que quelque 45 masques de jade dont 35
au Mexique, dans les cités importantes de la péninsule du Yucatan.
Leur datation s’échelonne du Classique ancien au Classique tardif,
soit entre 250 et 900 de notre ère, période d’épanouissement de
la culture maya. Ces masques sont non seulement rares mais aussi
complexes à restaurer. C’est ainsi que le masque du roi Pakal, découvert
dans sa tombe sous le temple des Inscriptions en 1952, était constitué
de près de 350 pièces éparpillées sur le sol humide. Une première
reconstitution avait eu lieu mais on avait « oublié » 130 pièces
mal archivées, retrouvées en 2002 ! Depuis une dizaine d’années,
le projet Mascaras Funerarias, conçu par l’Instituto nacional de
Antropología e Historia à Mexico, sous la direction de Sofía Martínez
del Campo Lanz, également commissaire de la présente exposition,
a permis de restaurer 14 masques en faisant intervenir des spécialistes
de diverses disciplines. La majeure partie de ces masques sont visibles
aujourd’hui pour la première fois hors du Mexique. A côté de ceux-ci,
d’autres objets sont présentés, nous donnant ainsi un aperçu très
complet de la civilisation maya. Nous pouvons donc voir près de
130 œuvres originales auxquelles s’ajoutent quinze fac-similés des
objets portés par le roi Pakal dans sa tombe, y compris son masque
funéraire.
Ces masques de mosaïque étaient des portraits du défunt destinés
à permettre sa métamorphose en Dieu du Maïs, dieu à l’origine de
la création du monde maya. Sa renaissance en dieu du Maïs permettait
la continuité des cycles agraires, garante des survies des communautés
indiennes. La composition de plusieurs trousseaux funéraires a permis
de comprendre leur usage et leur signification. C’est donc avec
beaucoup d’intérêt que nous voyons reconstitués quelques-uns de
ces trousseaux composés de bustes sculptés en pierre et stuc, de
colliers et de bracelets de perles, de céramiques polychromes et
d’autres objets, comme ce dossier de trône sculpté en calcaire présentant
deux divinités en train de discuter sur l’origine du monde.
Justement, si le jade était la principale pierre utilisée dans la
confection des masques, c’est qu’il était considéré comme un élément
primordial au même titre que le ciel ou l’océan, sources de vie
et dans lesquels résidaient les dieux créateurs dans leur dualité
céleste et aquatique. Le jade symbolisait la pérennité, l’humidité,
la fertilité, le renouvellement, la renaissance, le souffle et l’essence
vitale. Tout comme les coquillages marins et les minéraux métalliques,
le jade était le symbole des voies de communication entre les trois
plans du cosmos. Le jade était aux mayas ce que l’or était aux incas.
Ces masques sont donc des chefs-d’œuvre de mosaïque, comme celles
de Ravenne ou de Constantinople, mais les objets qui les accompagnent
sont tout aussi intéressants. Citons, parmi d’autres, ce Tapis
funéraire composé de 1648 coquillages et 6630 graines brodés
sur une toile de lin, ce Vase tripode avec représentation de
l’oiseau primordial et du singe araignée ou encore ce Relief
en pierre aux quatre-vingt-seize glyphes. Moins spectaculaires
mais tout aussi instructif sur les croyances mayas, nous avons des
Assiettes « tuées » afin qu’elles ne nuisent pas au défunt.
Les portraits sculptés de certains hauts dignitaires, tout comme
les masques, montrent cette déformation céphalique si caractéristique,
obtenue en serrant le crane durant l’enfance afin qu’il ressemble
au fameux épis de maïs. Une exposition aussi riche qu’instructive,
divisée en quatorze sections, à ne pas manquer. Pinacothèque
de Paris 8e. Jusqu’au 10 juin 2012. Pour
voir notre sélection de visuels, cliquez ici. Lien
: www.pinacotheque.com.
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