
MAORI. Leurs trésors ont une âme
Article
publié dans la Lettre n° 333
du
5 décembre 2011
MAORI. Leurs trésors ont une âme.
Il ne s’agit pas seulement d’une exposition d’objets maori mais
bien d’un cours sur les Maori, conçu par le musée Te Papa Tongarewa
de Nouvelle-Zélande, présenté pour la première fois à l’étranger.
Le sujet est dense et complexe, à l’image de ce peuple qui traversa
l’Océan Pacifique sur de grands waka hourua (canots à voile
à double coque), pour s’installer en Nouvelle-Zélande Aotearoa.
Le parcours de l’exposition, très clair grâce à une excellente scénographie,
traite neuf thèmes regroupés en trois parties. De nombreux panneaux
expliquent la signification des magnifiques objets qui nous sont
présentés mais aussi des luttes qui parsemèrent l’histoire des Maori
depuis l’arrivée des colonisateurs jusqu’à une époque très récente.
La première partie, consacrée au whakapapa (la généalogie),
montre les liens qui existent entre toutes choses, animées et inanimées.
C’est cela qui donne son titre à cette exposition car les objets
les plus précieux ou les plus sacrés, comme les taonga, sont
des entités vivantes qui relient spirituellement le passé au présent
et ont permis à ce peuple de maintenir intacte, en Nouvelle-Zélande,
une identité culturelle existant depuis le VIIIe siècle. Dans cette
partie sont notamment présentés des éléments de waka (canot)
anciens, ainsi qu’un Waka Ama, canot moderne utilisé en sport,
et des éléments de whare tupuna (maison de réunion ancestrale)
dont chaque partie symbolise quelque chose, l’ensemble représentant
le corps d’un ancêtre à l’intérieur duquel on trouvait refuge. Une
whare tupuna est partiellement reconstruite dans l’exposition
pour expliquer au public les parties de cette demeure et ce qu’elles
représentent, leurs fonctions et le rôle qu’elles jouent toujours
aujourd’hui pour les tribus. Le troisième thème est celui du Ta
Moko, l’art du tatouage traditionnel, qui connaît un renouveau,
signe que les Maori se réapproprient aujourd’hui cet art ancestral
comme expression d’identité et de fierté.
La deuxième partie est consacrée aux expressions du mana,
terme qui fait référence à « une force ou une qualité d’origine
spirituelle, qui réside dans les êtres vivants, les animaux, et
même les objets animés ou inanimés, lorsqu’ils inspirent le prestige
et le respect ». Le mana est transmis grâce au whakapapa
(la généalogie) et s’acquiert par les réalisations de chacun. En
affirmant leur propre tino rangatiratanga (autodétermination),
ceux qui possèdent le mana peuvent également le transmettre
et ainsi renforcer celui des autres. Pour illustrer cela, nous avons
des taonga (trésors personnels) dont les plus anciens datent
de 1100 à 1300, qui peuvent être des outils ou des objets de parure,
et des instruments de musique traditionnels qui reprennent leur
place dans la musique contemporaine. Une place de choix est faite
à la langue du peuple maori, le te reo, un taonga
(trésor) qui a failli disparaître mais qui est aujourd’hui parlé
en société comme à la télévision et est une des langues officielles
de la Nouvelle-Zélande. Enfin un thème est consacré aux wahine
(femmes), dont le prestige était bien plus grand avant l’arrivée
des colons et du christianisme.
La dernière partie traite du kaitiakitanga, la sauvegarde
et le soin portés aux ressources naturelles. Dans la vision maori
du monde, tous les éléments (vivants ou inanimés) sont liés et descendent
de Papatuanuku (la terre-mère) et de Ranginui (le
père-ciel). Les êtres humains font partie de cet ordre naturel,
dont ils sont également les gardiens. Ce rôle a failli disparaître
avec la déforestation et la pollution. Il en est de même avec la
pêche, illustrée par de magnifiques hameçons, mise en danger par
la loi qui a fait passer en 2004 la propriété du littoral et des
fonds marins au gouvernement, malgré les protestations et les rassemblements
inégalés des Maori et des sympathisants.
En prolongement de cette exposition, nous pouvons voir des œuvres
d’artistes maori contemporains (art numérique, photographies, sculptures,
installations, etc.). Une exposition aussi belle qu’instructive.
Musée du quai Branly 7e. Jusqu’au 22 janvier 2012. Pour
voir notre sélection de visuels, cliquez ici. Lien
: www.quaibranly.fr.
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