
HUBERT ROBERT (1733-1808) Un
peintre visionnaire
Article
publié dans la Lettre n° 397
le
23 mai 2016
HUBERT ROBERT
(1733-1808). Un peintre visionnaire. Ce peintre est surtout
connu pour ses représentations réelles ou imaginaires de ruines.
D’ailleurs, l’une des sections de cette exposition s’intitule « Robert
des ruines » et correspond à une profonde démarche esthétique de
son époque où l’on prend l’art antique comme modèle et l’archéologie
comme méthode. Mais Guillaume Faroult, le commissaire de cette exposition,
nous montre qu’Hubert Robert était bien autre chose, que ses talents
étaient multiples et cela dans toutes sortes de domaines, y compris
l’architecture, la conception de jardins et l’ameublement.
Le parcours s’ouvre par le magnifique portrait peint par Elisabeth
Vigée-Le Brun en 1788, que l’on avait pu voir au Grand Palais dans
l’exposition consacrée à cette dernière, et par un buste en terre
cuite réalisé par Augustin Pajou en 1787. Tous les deux nous montrent
un homme d’une très grande empathie, à l’œil vif et plein d’intérêt.
C’est bien le personnage dont parlent ses contemporains qui ont
eu beaucoup d’admiration pour lui. Alors que sa formation n’est
pas terminée, il part pour Rome où il demeurera de 1754 à 1765,
bénéficiant de la faveur d’être hébergé au sein de l’Académie de
France, avant d’y être admis de plein droit. Là, il profite des
leçons du peintre d’architecture Giovanni Paolo Pannini et du graveur
Giovanni Battista Piranesi. Il se lie d’amitié avec son contemporain
Fragonard (1732-1806), tous deux s’inspirant l’un l’autre. Une section,
consacrée à leur relation, nous montre des toiles aux sujets similaires
peintes par les deux artistes à Rome.
De retour en France, Robert est agréé et reçu comme membre à part
entière en qualité de « peintre d’architecture » à l’Académie royale
de peinture et de sculpture en 1766. Son morceau de réception est
une toile grandiose, Le Port de Rome, ornée de différents
monuments d’architecture antique et moderne dit aussi Le Port
de Ripetta. Son admission lui donne le droit de participer dès
1767 au Salon, qui se tient tous les deux ans. Il a à cœur de présenter
autre chose que des peintures d’architecture, par exemple des paysages.
Diderot le remarque et fera à maintes reprises son éloge.
Néanmoins, les représentations de monuments réels ou imaginaires,
souvent en ruines, constituent une part importante de la production
de Robert comme le montrent les nombreuses toiles exposées. Toutefois,
il utilise ces sujets pour évoquer, par exemple, le temps qui passe
et la mort. C’est le cas avec Les Bergers d’Arcadie (1789)
ou l’Obélisque brisé autour duquel dansent des jeunes filles
(1798). Il peint aussi des sujets terrifiants comme L’Incendie
de Rome (vers 1771) ou ces paysages montagneux comme Les
Gorges d’Ollioules et Les Sources de Fontaine-de-Vaucluse,
tous deux peints en 1783 et réunis ici. Mais c’est encore dans l’architecture
qu’il se montre particulièrement brillant, faisant véritablement
œuvre de peintre visionnaire avec des représentations audacieuses
comme Le Vieux Pont (vers 1760), Un Port orné d’architecture
(vers 1761) ou Caprice architectural avec un canal (1783).
A l’opposé, on le trouve aussi dans la peinture de genre. On peut
en voir cinq exemples dont Les Polichinelles musiciens (vers
1762-1764) et Jeune femme tendant un biberon à un bébé (fin
1772 ?) ainsi qu’un carnet d’esquisses. Il peint également d’immenses
décors pour un grand nombre d’hôtels particuliers. Très peu sont
encore en place. Ceux qui sont présentés, d’une manière hélas très
banale et sans recul, sont conservés aujourd’hui dans des musées
(Louvre et Arts décoratifs). D’une manière encore plus surprenante,
on découvre un Hubert Robert qui conçoit la fameuse laiterie du
domaine de Rambouillet pour la reine Marie-Antoinette, y compris
son ameublement et les pièces du service de Sèvres (« bol sein »).
L’artiste est également un concepteur de jardins. C’est lui qui
aménage les Bains d’Apollon dans le parc du château de Versailles
(1778) où il occupe la charge qu’avait tenue André le Nôtre au XVIIe
siècle. Il travaille dans bon nombre de jardins et en particulier
celui du château de Méréville (Essonne).
Bien qu’il soit né et mort à Paris, Hubert Robert ne fit, toutes
proportions gardées, qu’un petit nombre de peintures sur la capitale.
Il s’intéressa surtout aux nombreux changements architecturaux de
son époque. On voit ainsi, d’un côté, L’Intérieur de la salle
de l’Opéra, le lendemain de l’incendie (1781) ou La Démolition
des maisons du pont Notre-Dame (1786) et, de l’autre, L’Ecole
de chirurgie en construction (1773). Avec Les Monuments de
Paris (1788), il représente sur une même toile, en une sorte
de caprice, quelques-uns des monuments de la capitale.
Au début de la Révolution de 1789, Robert peint La Bastille dans
les premiers jours de la démolition (1789), sous un ciel d’orage,
symbole d’un bouleversement à venir. En 1793, il représente La
Violation des caveaux des rois, dans la basilique Saint-Denis,
bien éloigné de la peinture qu’il avait faite de cet édifice vingt
ans plus tôt. Mais il est rattrapé à son tour, à cause de ses fréquentations
avec des aristocrates, et emprisonné en octobre 1793. En prison
il continue de peindre. On voit ainsi des assiettes qu’il a décorées
et signées au dos et le bouleversant Le Ravitaillement des prisonniers
à Saint-Lazare, qui témoigne de la dureté des conditions de
détention dans sa prison.
Heureusement, après la chute de Robespierre, Robert est libéré et,
dès 1795, il est nommé « Conservateur du Muséum national des arts »,
l’actuel musée du Louvre, où il était logé depuis 1779 et y avait
son atelier. C’est à cette époque qu’il représente des projets et
des aménagements du Louvre dont ces chefs-d’œuvre que sont Vue
imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruine (1796) et
Projet pour la transformation de la Grande Galerie (1796) où
il adopte un système d’éclairage zénithal, qui ne sera mis en place
qu’au XIXe siècle. Hubert Robert était donc bien « un peintre visionnaire »
et cette exposition en apporte la preuve.
9 mars au 30 mai 2016. Musée du Louvre 1er. Lien
: www.louvre.fr.
26 juin au 2 octobre 2016. National Gallery of Art,
Washington.
Lien : www.nga.gov/content/ngaweb.htm.
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