
LE
DOUANIER ROUSSEAU
Jungles à Paris
Article
publié dans la Lettre n° 256
LE DOUANIER ROUSSEAU. Jungles à Paris.
Après Londres et avant Washington, cette exposition, qui présente
cinquante tableaux majeurs de cet artiste et un très grand nombre
de documents particulièrement intéressants, rend hommage à un peintre
dont l'œuvre continue à susciter des interrogations. Henri Rousseau
(1844-1910) était un modeste employé d'octroi, d'où cette appellation
de « douanier », qui ne quitta jamais Paris ! Le thème
central de l'exposition, les jungles, est donc le fruit de son imagination,
nourrie par des visites au Jardin des Plantes, au Muséum d'Histoire
naturelle et au Jardin d'Acclimatation ! Au total douze jungles
sont ainsi présentées, provenant des plus grands musées et collections
du monde. Il y en a de deux sortes, des effrayantes mettant en scène
des combats de bêtes sauvages, Cheval attaqué par un jaguar,
Combat de tigre et de buffle, comme celles qu'il voyait dans
l'Album des bêtes sauvages (Galerie Lafayette), et des paisibles,
comme Joyeux Farceurs, mettant en scène des singes, facétieux
substituts des humains, dira-t-on.
A coté de ces jungles, nous voyons, dans un ordre plutôt chronologique,
les autres sujets de prédilection de Rousseau. Celui-ci, autodidacte,
ne devint peintre que sur le tard. Ce fut un fidèle exposant, à
partir de 1885, du Salon des Artistes Indépendants puis du Salon
d'Automne. Ses toiles suscitèrent la moquerie du public et de la
critique qui le qualifièrent d'une manière péjorative de «
naïf », tandis qu'il devenait l'ami de Jarry, Apollinaire,
Picasso, Delaunay, Kandinsky, ... et que le XXe siècle le reconnut
comme l'un des ancêtres du primitivisme et du surréalisme. Alors
que Le Petit Journal écrivait que « La gloire de Rousseau
est faite de l'admiration de quelques-uns et de la moquerie de tout
le monde », il est piquant de voir, sur le catalogue du Salon
d'Automne de 1905, ses oeuvres reproduites sur la même page que
celles de Cézanne, Vuillard, Matisse, Rouault et Derain ! Lui qui
n'avait jamais renoncé, malgré les sarcasmes, était enfin reconnu
à sa juste mesure.
Ses premières œuvres sont des paysages, comme l'Octroi et
des portraits comme Moi-même, où il se représente devant
un paysage de canal avec, sur sa palette, les noms de ses deux épouses,
Clémence, morte en 1888, et Joséphine. Cela le conduit à «
inventer » ce qu'il appellera a posteriori, en 1907, le «
portrait-paysage ». Il aimait aussi les allégories. Celle
de La Guerre est particulièrement impressionnante par sa
démesure tandis que Les Représentants des puissances étrangères
venant saluer la République en signe de paix témoigne bien de
son solide esprit républicain. La poésie n'est pas absente de son
œuvre comme on peut le voir avec La Bohémienne endormie ou
Le Rêve, son dernier tableau (1910), ni les sujets modernes
comme Les Joueurs de football. En résumé nous avons là une
très belle exposition, à la présentation limpide, riche en documents
utiles à la compréhension de l'œuvre de ce peintre inclassable.
Grand Palais 8e. Jusqu'au 19 juin 2006. Pour
voir notre sélection de diapositives, cliquez ici.
Lien : www.rmn.fr
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