
AUX SOURCES DE LA PEINTURE ABORIGENE
Article
publié dans la Lettre n° 347
du
10 décembre 2012
AUX SOURCES DE LA PEINTURE ABORIGENE.
Australie- Tjukurrtjanu. Rêve de l’eau, Rêve d’émeu, Rêve
du vieil homme sur la mort ou le destin, Rêve du serpent et de l’eau,
Rêve d’un esprit à travers le territoire de Napperby, Rêve de la
fourmi volante, Rêve de la grande grotte avec objet rituel, Rêve
du serpent pour les enfants, voici quelques-uns des titres des
quelque 200 œuvres que l’on peut voir en ce moment et pour la première
fois en France, au Musée du quai Branly. Les toiles ou panneaux
de bois peints qui portent ces titres ne sont qu’un assemblage de
lignes droites ou sinueuses, de cercles, de demi-cercles, d’ovales,
de flèches, remplis de petits points aux couleurs vives et lumineuses.
Quelquefois on aperçoit une figure anthropomorphe ou une esquisse
d’animal, un serpent le plus souvent. Si ces tableaux ont incontestablement
une valeur artistique qui explique l’engouement des musées et des
collectionneurs du monde entier, sans explication par des spécialistes
(et encore !), leur signification nous échappe totalement.
La croyance dans le Temps du Rêve, Tjukurrpa en langue aborigène,
est une force de vie active qui donne corps à l’identité spirituelle
et sociale des différents peuples présents en Australie depuis plus
de 50.000 ans, comme en atteste la datation d’une peinture rupestre,
Kangourou sur la roche d’Uluru, bien plus ancienne donc que
les fresques paléolithiques des grottes européennes. Le Temps
du Rêve explique les origines du monde selon les Aborigènes,
avec des créatures géantes sorties de la terre, de la mer ou du
ciel, qui ont créé la vie et les paysages australiens avec leurs
fleuves et leurs montagnes et dont l’esprit est resté dans la terre.
C’est pourquoi cette terre est sacrée pour les peuples indigènes
et que l’on retrouve sa couleur rouge dans leur peinture.
Chacune des 250 tribus étaient gardiennes de rêves, un lieu par
exemple, qui leur étaient propres et qu’une autre tribu n’avait
pas le droit de copier. A l’origine les dessins étaient faits sur
le sol, sur la peau ou sur des écorces. C’était pour leurs auteurs
une façon de raconter l’histoire. En 1971, un jeune professeur de
dessin, Geoffrey Bardon, nommé à Papunya, un camp indigène sordide
d’un millier d’âmes, au centre de l’Australie, demande à un peintre
de décorer le mur de l’école. Pour la première fois, après des essais,
une grande fresque est peinte sur un mur blanchi à la chaux par
un groupe d’artistes. Ce sera la Peinture murale de la fourmi
à miel. Bardon apprend à ces hommes « initiés » l’usage des
panneaux d’aggloméré et de la peinture à l’acrylique. Sans se renier,
ceux-ci s’approprient ces techniques et fondent, l’année suivante,
la coopérative Papunya Tula Artists qui regroupe 11 associés.
La quasi-totalité des peintures qui nous sont présentées aujourd’hui
ont été réalisés par 20 des quelque 25 artistes de Papunya, la Florence
australienne, entre 1971 et 1972, avant que leur art ne devienne
plus commercial.
Le parcours commence par la présentation d’objets anciens et déjà
peints de ces signes étranges. Puis il continue, artiste par artiste,
comme une succession de monographies et se termine par des peintures
monumentales dont certaines ont été faites par plusieurs artistes
ensemble. Une salle est consacrée aux « peintures secrètes » et
un panneau nous explique que les Aborigènes ont été informés que
« cette exposition présente des œuvres culturellement sensibles
qui ne peuvent être montrées à des femmes ou des membres non-initiés
de leurs communautés ». Puisqu’elles sont exposées, c’est que les
Aborigènes concernés savent bien que nous sommes incapables d’en
saisir le sens profond ! N’empêche, cette exposition est magnifique
et il serait dommage de la manquer. Musée du Quai Branly 7e.
Jusqu’au 20 janvier 2013. Pour
voir notre sélection de visuels, cliquez ici. Lien
: www.quaibranly.fr.
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