SCARLETT O’HARA. La dernière conférence de presse de Vivien Leigh. De Marcy Lafferty. Adaptation Caroline Silhol. Collaboration artistique Anne Bourgeois. Avec Caroline Silhol.
L’affiche du film Autant en emporte le vent et sa musique plongent immédiatement l’assistance dans l’ambiance. Vêtue d’une superbe robe blanche, Caroline Silhol apparaît et se glisse dans le personnage de Vivien Leigh. L’actrice va mal. Elle se prête à une dernière conférence de presse, une opportunité pour l’interprète mythique de Scarlett O’Hara de revenir sur son passé.
Si Vivien Leigh était Scarlett, Caroline Silhol est Vivien Leigh. Vive et gracieuse, debout ou assise aux côtés d’un gros bouquet de roses, elle confie les paroles nostalgiques de l’actrice : «Si je devais refaire ma vie, je rejouerais Autant en emporte le vent et j’épouserais Laurence». Ces quelques mots résument toute l’existence de Vivien. Son amour pour le théâtre et celui pour l’homme de sa vie l’ont conduite à ce qu’elle est aujourd’hui, minée par la maladie qui l’emportera à cinquante-trois ans. Le caractère bien trempé de l’actrice s’impose alors. Elle voulait faire du théâtre, elle fit du théâtre, elle voulait épouser Laurence Olivier, elle l’épousa.
Vivien Leigh n’aimait pas le cinéma, un art artificiel selon elle, et détestait Hollywood. Mais elle n’eut pas de cesse qu’elle n’obtienne le rôle de Scarlett, tant le roman de Margaret Mitchell l’avait impressionnée. Scarlett c’était elle. Le tournage, épique, fut pourtant un cauchemar. Elle aimait en revanche la discipline du théâtre et s’installait dans sa loge comme dans un cocon protecteur, même si certaines créations furent un naufrage financier pour le couple qu’elle forma avec Laurence, «The Theater Royals» comme on les surnommait.
Bipolarité, fausses couches, dépression, tuberculose, tous ces maux eurent raison de Vivien. Le tournage du film Un tramway nommé désir où, dit-elle, la folie de Blanche Dubois résonnait en elle comme une prémonition, fut le choc de trop, et l’éloignement de Laurence Olivier le coup de grâce. Maniaco-dépressive, sa mémoire ne résista pas aux électrochocs. Sa carrière s’acheva mais il lui restait encore le sens de la dérision :
«Vous connaissez les cinq étapes de la vie d’un acteur?
Qui est Vivien Leigh?
Je veux Vivien Leigh.
Je veux UNE Vivien Leigh.
Je veux une Vivien Leigh JEUNE.
Qui est Vivien Leigh?»
C’est tout le drame de beaucoup d’actrices, un drame que Caroline Silhol, Vivien éblouissante, ignore totalement. M-P P. Théâtre de Poche Montparnasse 6e (01.45.44.50.21).