LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD

Article publié dans la Lettre n° 396
du 2 mai 2016


  Pour voir notre sélection de visuels, cliquez ici.

LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD de Marivaux. Mise en scène Salomé Villiers assistée de Lisa de Rooster, avec Salomé Villiers, Raphaëlle Lemann, Philippe Perrussel, Bertrand Mounier, François Nambot, Etienne Launay. Vidéos Léo Parmentier.
L’inquiétude de Silvia est à son comble. Orgon, son père, a pour dessein de la marier à Dorante, le fils d’un ami, qui lui est tout bonnement inconnu. C’est bien simple, elle en fait des cauchemars ! Une idée lui vient alors à l’esprit : pourquoi ne pas échanger sa personne avec celle de Lisette sa suivante ? Ce subterfuge lui donnerait tout loisir d’observer le prétendant sans se dévoiler, et de mesurer l’authenticité de ses sentiments. Un peu surpris mais bon père, Orgon accède à cette étrange requête. Il l’est encore davantage lorsqu’une lettre de son ami le prévient que Dorante a eu la même idée. Le voici qui arrive paré du costume de son valet Bourguignon-Arlequin. Attisé par l’imagination de Mario, le frère de Silvia, le petit jeu engagé n’est pourtant pas sans danger. En échangeant leurs rôles dans une société faite de codes et de bienséances, les maîtres s’en sortiront mieux que les valets qui verront brisé dans l’œuf le rêve un moment caressé d’accéder à une meilleure condition.
Grand connaisseur de la société de son temps et fin psychologue, Marivaux invite à réfléchir sur les réactions du sentiment amoureux confronté à l’argent et au statut social, une étude qui ne dénote pas aujourd’hui comme le relève la mise en scène très actuelle de Salomé Villiers. Sur scène, transats et parasols, donnent le ton. Vêtus de costumes contemporains aussi variés que drôles (on appréciera, entre autres, les divers atours d’Orgon), les comédiens incarnent leurs personnages avec un enthousiasme manifeste. Physiquement très présents sur scène, ils le sont tout autant lors des vidéos projetées à bon escient entre les actes. Les clips très travaillés nous font pénétrer dans la gentilhommière à colombages de la famille, dévoilant l’intimité des habitudes quotidiennes avec beaucoup d’humour.
L’imagination débordante de Salomé Villiers fait merveille. Son travail sur une pièce classique n’a rien à envier à celui résolument moderne de grands metteurs en scène tel Luc Bondy et son Tartuffe pour donner un exemple récent. Lucernaire 6e.

Retour à l'index des pièces de théâtre

Nota: pour revenir à « Spectacles Sélection » utiliser la flèche « retour » de votre navigateur