L’ILLUMINÉ

Article publié dans la Lettre n° 325
du 11 avril 2011


L’ILLUMINÉ de Marc Hollogne avec sur scène Marc Hollogne, Laurent Dauvillée, Nicolas Goret et sur écran 12 comédiens dont Rufus, Mathilda May, Michel Jonasz, Angela Delfini, Jean-Paul Bordes, Félicie Baille, Nathalie Gillet, Claude Aufaure.
En 1788, à la veille d’une grande fête à laquelle sont conviés trois cents invités, le Chevalier de Casignac s’introduit dans la propriété de la Comtesse de Leauvive, modiste préférée de la reine Marie-Antoinette et propriétaire de la première manufacture de métiers à tisser « à vapeur » du royaume. Que veut Casignac, à une époque où l’invention des « pompes à vapeur » révolutionne le monde, où les bras mécaniques remplaceront bientôt l’effort musculaire ? Justement, son instinct le conduit à vouloir interdire la multiplication de ces machines avant qu’elles ne remplacent l’homme. Quel rapport avec ladite fête? Parce que seront réunis à cette occasion la reine, le gratin politique et plus d’une centaine de commerçants étrangers venus visiter l’entreprise de la Comtesse, en saluer la réussite et pour certains passer commande. L’enjeu politique et commercial est historique. Le Chevalier souhaite l’appui de Madame de Leauvive pour rédiger un manifeste demandant l’interdiction de la prolifération des maudites machines. Cependant, celle-ci le désire-t-elle vraiment ? Ils se sont bien connus autrefois. Le chevalier compte sur ce souvenir, scellé par une tirade mémorable dont elle fut l’inspiratrice. Mais pour le moment, sa diatribe enfiévrée et visionnaire ne convainc pas le moins du monde le maître de séant qui, en l’absence de sa femme, serre très vite le fâcheux dans l’une des geôles du château. Pis, à son retour, la Contesse de Leauvive convoque un magistrat pour traduire le trouble-fête en justice…
Depuis plus de trente ans, le cinéma-théâtre de Marc Hollogne a enchanté des milliers de spectateurs éblouis par cette étrange alchimie que celle de faire dialoguer des personnages sur scène avec ceux projetés sur un écran. Les comédiens discutent, se tendent des objets, se défient, tirent l’épée…
L’illuminé est sa 44e création mais les thèmes abordés en font un spectacle particulier. Il est en effet savoureux de comparer les craintes de cette explosion des techniques au XVIIIe avec celles des avancées technologiques au XXIe. La cohésion entre cinéma et théâtre est un tour de force. C’est un véritable film qui se déroule côté jardin, tandis que côté cour, le cachot du prisonnier est le théâtre de moult péripéties. Les comédiens passent d’un espace à un autre avec une formidable adresse. La projection peu à peu s’efface au profit de la scène, l’illusion est parfaite. Une prouesse tant technique que physique. Théâtre Déjazet 3e.


Retour à l'index des pièces de théâtre

Fermez cette fenêtre ou mettez-la en réduction pour revenir à « Spectacles Sélection »