FEMMES AU BORD DU MONDE

Article publié dans la Lettre n°612 du 19 mars 2025


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FEMMES AU BORD DU MONDE. Texte et mise en scène Astawabi Dembele. Avec Kristina Strelkova, Marie Philippe, Fatouma Mladjao, Dipi Mahadev.
Pema, jeune indienne, vit heureuse dans une famille sans inquiétude, père, mère, sœur cadette, deux jumeaux. Au milieu des montagnes, des nuages, des arbres.
Un bruit de bottes vient interrompre cette félicité. Pema s’enfuit avec son père et sa petite sœur. En éclaireurs vers un monde plus serein. La mère et les jumeaux les rejoindront plus tard.
Commence la longue marche, jusqu’à un nouveau bruit de bottes. «Cours, Pema, cours vers la forêt, cache-toi, nous nous retrouverons à la frontière!», lui crie son père.
Exil et solitude pour la jeune fille livrée à elle-même, dans l’inconnu, le dangereux, l’incertain, l’incompréhensible. Elle marche, marche encore, en quête de LA Frontière. Elle n’a aucune idée de ce que cela représente, mais l’opiniâtreté lui tient compagnie, envers et contre toutes les bonnes ou méchantes circonstances. La Frontière, ce seront les retrouvailles, se répète-t-elle. Telle une abeille affolée, elle se heurte à toutes les frontières, infranchissables, au-delà desquelles elle se persuade qu’il y a le père et la sœur. Fuir, arriver, partir encore. Rencontres de cauchemars, de violences multiples, de l’absurdité des formulaires dont il manque toujours un exemplaire. Rencontres avec le sourire et la tendresse palpable et sans réticence d’autres femmes, avec le partage de leurs aventures, de leurs rêves, de leurs souvenirs d’une grand-mère qui nourrit. Force du rire et des gestes pudiques, de la grande solidarité, celle qui rend solide au-delà de la souffrance et de l’hébétude. Une tour de Babel, où chacune parle et chante dans sa propre langue, où elles se comprennent au-delà des mots. Langues d’Inde ou des Comores, russe ou espagnol. Dans le creuset du français. Elles chantent, récitent des poèmes, dansent leur inoxydable liberté.
L’espace scénique est vide, la frontière y est tracée d’une ligne rectangulaire. Langues et expériences diverses s’y entremêlent entre les larmes, les rires et les espoirs de ces perpétuelles errantes, ces femmes qui errent «beaucoup longtemps», où le temps s’étire dans une densité étrange, qu’elles seules sont à même de ressentir. Ce sont des femmes fissurées, en interstice. Chacune est en exil, d’enfant, de père, de sœur, de grand-mère. D’elle-même à tout jamais...
Au moment où enfin le père appelle, où Pema va franchir le pont vers le monde de l’autre côté, un sinistre bruit de drame...
Ces instants, que ces quatre comédiennes, toutes excellentes, nous offrent, sont magnifiques et porteurs d’une intensité d’émotion, sans larmoiement ni sensiblerie, qu’il est urgent d’aller partager avec elles. A.D. Théâtre du Funambule 18e.


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