L'AVALEUR

Article publié dans la Lettre n° 414
du 13 février 2017


  Pour voir notre sélection de visuels, cliquez ici.

L’AVALEUR de Jerry Sterner. Mise en scène Robin Renucci avec Nadine Darmon, Marilyne Fontaine, Xavier Gallais, Robin Renucci, Jean-Marie-Winling.
On nage dès les premiers mots dans le paradoxe le plus ébahissant : une entreprise florissante est d’autant plus fragile qu’elle n’a pas de dettes, que sa gestion est saine et que son expansion industrielle ne fait aucun doute. A sa tête, un patron généreux secondé intelligemment par une assistante dévouée et aimante, un directeur rigoureux, des ouvriers satisfaits de leur sort. Autour d’eux et grâce à eux, une ville de province sans histoire. Et voici qu’arrive, alléché par cette bonne santé, un zorro de la finance, version perverse du renard, assoiffé du sang frais de l’argent à se faire, sans scrupule, sans autre projet que cet argent exponentiel.
Il avale les éclairs au chocolat, les femmes, les entreprises. Il parle comme on rote après une orgie. Son cynisme est immonde et révoltant, sa gloutonnerie ferait vomir si la souplesse paradoxale de ce corps difforme d’obèse ne s’accompagnait d’une virtuosité verbale éblouissante. La séduction du prédateur croquera sans scrupule la jeune louve aux dents pourtant bien acérées, inexorablement séduite par l’ogre écœurant. Fin de partie, exit l’humaniste, dépassé par l’accélération de la chose financière, trahi par ses actionnaires et son directeur. Voici venir l’heure de la curée. On aurait voulu y croire, à ce conte de fées, où David terrasse Goliath. Pas de quartier néanmoins pour les perdants d’un monde qui s’est inversé. Les deux univers sont matérialisés sur la scène par la disparité du mobilier, à gauche face au sobre logo de l’entreprise, des fauteuils un peu ringards et figés, versus à droite, le fauteuil souple et tournant des chorégraphies de l’avaleur face à la vision aérienne du Londres de la réussite financière. Les couleurs vestimentaires frappent en contraste, lumineuses et sans fard, orange, turquoise, jaune vif pour les « gentils », gris et bleu du danger rampant.
Le sujet est sérieux, tragique, douloureux. Mais le jeu des acteurs, souple et souriant, le rythme enlevé de la mise en scène ne laissent pas le temps de s’apitoyer, et le spectateur se laisse séduire comme l’oiselle avocate qui se croyait de taille à affronter le monstre. Eh non ! Le public, partagé entre l’indignation et le rire, fait « oh ! ». A.D. Maison des Métallos 11e.


Pour vous abonner gratuitement à la Newsletter cliquez ici

Index des pièces de théâtre

Nota: pour revenir à « Spectacles Sélection » utiliser la flèche « retour » de votre navigateur