ANQUETIL TOUT SEUL

Article publié dans la Lettre n° 421
du 3 avril 2017


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ANQUETIL TOUT SEUL de Paul Fournel. Adaptation théâtrale et mise en scène Roland Guenoun avec Matila Malliarakis, Clémentine Lebocey, Stéphane Olivié Bisson.
« Je n’aime pas le vélo, le vélo m’aime, il va me le payer ». Cette boutade en dit long sur la détermination d’un sportif devenu une légende, tous sports confondus. Si le vélo paya le prix fort, le champion, lui, paya au centuple sa frénésie de victoires. Le vélo représenta pour le normand la souffrance quotidienne d’une douleur si intense qu’il en faisait provision durant les entraînements pour qu’elle lui paraisse moins insupportable les jours de courses. Tenir, ne pas écouter le corps ni la tête qui criaient grâce, grappiller du terrain et, pour cela, garder la position idéale de l’œuf pour gagner les secondes si précieuses et, telle une majestueuse caravelle sur l’eau, glisser en tête vers la ligne d’arrivée. La solitude fut son royaume. Il ne supportait pas les coureurs en troupeau, l’enfermement du peloton. La course, il la faisait seul, son visage « en coin de rue » penché sur son guidon, sentant seulement le souffle du vent, se repérant grâce aux paysages auparavant reconnus qui défilaient à chaque coup de pédale. À vingt-trois ans, il gagnait déjà tout et s’ouvrait devant lui un chemin uniquement jalonné de triomphes, éperonné par des entraîneurs qui lui mentaient sur le temps du chrono pour l’obliger à atteindre l’impossible prouesse, chatouillaient sa fierté ou l’incitaient à se doper comme les autres. Mais le vélo n’était pas le seul but de Jacques Anquetil. Insatiable épicurien, il lui fallait jouir de tout comme s’il soupçonnait que son existence serait brève. Janine entra alors dans sa vie. Il la vola tout simplement à son médecin et ami. De six ans son aînée et mère de deux enfants, elle le suivit partout, partenaire tout aussi dévouée que Darrigade son fidèle équipier, mais aussi complice de Geminiani, son mentor, pour le pousser encore plus loin dans la légende qu’il se construisait. Les mauvaises langues disaient de lui qu’il avait une caisse enregistreuse à la place du cœur. Les medias le dressaient contre Poulidor, son rival, « Poupou » l’éternel second, selon eux préféré d’un public pourtant admiratif. Après avoir réussi l’impossible exploit d’enchaîner le Dauphiné Libéré et le Bordeaux-Paris, Jacques Anquetil raccrocha en 1969 à 35 ans, fort des 184 victoires engrangées. Il remisa définitivement son vélo en pleine gloire et rentra au domaine des Elfes, son château, pour y goûter vraiment le sel de la vie. Mais celle-ci se compliqua, son désir d’enfant que Janine ne pouvait lui donner étant trop fort…
Roland Guenoun a adapté et mis en scène avec passion le récit de Paul Fournel, admirateur inconditionnel de ce champion hors norme. Stéphane Olivié Bisson est davantage qu’un simple conteur. Narrateur et interprète de Geminiani et des personnages secondaires qui gravitaient autour d’Anquetil, il délivre avec force un parcours unique. Clémentine Lebocey est une excellente Janine, pétillante et rusée telle que semblait être l’épouse de Jacques. Sur la scène pertinemment éclairée par les lumières et agrémentée de projections faisant office de décors, trône Le Vélo enfourché par Matila Malliarakis. Sa ressemblance avec la célèbre silhouette est un atout mais c’est sa performance que l’on salue. M-P P. Studio Hébertot 17e.


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