ALMA MAHLER
éternelle amoureuse

Article publié dans la Lettre n° 412
du 25 janvier 2017


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ALMA MAHLER éternelle amoureuse de Marc Delaruelle. Mise en scène Georges Werler avec Geneviève Casile, Julie Judd, Stéphane Valensi.
Il pleut à verse sur New York en cet après-midi de 1960. Un verre de Bénédictine à portée de la main, Alma s’emporte. Son éditeur ose la faire attendre, elle, Alma Mahler, la veuve de tant de génies ! L’accueil qu’elle lui réserve est à l’aune de sa morgue. Ils se mettent au travail, celui de corriger les épreuves de ses mémoires. Elle y a consigné les moments les plus importants de sa vie, tous liés aux hommes qui les partagèrent avec elle et quels hommes ! Passionnée par tous les arts, elle aura réuni les quatre principaux. Elle épousa successivement Mahler le compositeur dont elle gardera le patronyme, Gropius l’architecte, Werfel l’écrivain, poursuivra des liaisons turbulentes avec le compositeur Zemlinsky, les peintres Klimt et Kokoschka, tout en embrassant brièvement la théologie avec le père jésuite Hollstein !  
L’excellente mise en scène permet de suivre avec un intérêt croissant le cheminement de ce destin de femme. Il rappelle tout d’abord un pan tragique de l’histoire de la vieille Europe avec la chute de l’Empire austro-hongrois et les deux guerres mondiales qui suivirent. Il décrit avec hargne la tragédie de tous ces hommes dont le génie fut broyé par le simple fait d’être juifs, même convertis. Il est enfin l’écho de la place réelle d’Alma dans la vie de ses époux et amants. Fut-elle véritablement leur inspiratrice, « la muse de tous les génies », « la veuve des quat’z arts », comme la surnommaient ses amis ou, plus simplement, leur servante, elle qui voulait être la première femme à composer un grand opéra et écrivit une centaine de lieder que l’ont dit pudiquement « être restés dans la confidentialité » ? Son nom est indissociable des génies qu’elle convoque mais elle ne fut jamais autre chose que l’épouse dévouée de l’immense Mahler, uniquement préoccupé par son art, une union qui sonna le glas de sa carrière musicale. La passion qu’elle ressentit pour tous fut bien peu payée de retour. De ces liaisons, il lui resta les cinq enfants qu’elle mit au monde. Une seule survécut.
Le ton acerbe de Geneviève Casile exprime l’orgueil d’avoir partagé la vie de ces génies mais aussi la frustration ne n’avoir jamais été que leur ombre, de n’avoir pu voir éclore son indéniable talent. L’interprétation passionnée de Julie Judd, Alma dans sa jeunesse, dévoile la passion aveugle qui entrava cette amoureuse impénitente. Le lien entre le passé et le présent est personnifié par Stéphane Valensi qui alterne avec talent le rôle de l’éditeur et celui des maris et amants. M-P P. Petit Montparnasse 14e.


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