IMPRESSION SOLEIL LEVANT.
L’histoire vraie du chef-d’œuvre de Claude Monet

Article publié dans la Lettre n° 372
le 6 octobre 2014

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IMPRESSION SOLEIL LEVANT. L’histoire vraie du chef-d’œuvre de Claude Monet. Le 15 avril 1874, quelques jours avant le salon officiel, eut lieu l’ouverture de la première exposition de la Société anonyme coopérative d’artistes peintres, sculpteurs, etc., dans l’ancien local du photographe Nadar, au 35 boulevard des Capucines à Paris. Monet y avait envoyé cinq tableaux et sept pastels. Les rares critiques présents s’intéressèrent plus à Degas et à Renoir qu’à Monet. De plus, pour ce dernier, ils s’attardèrent sur Le Déjeuner et sur Boulevard des Capucines avant de mentionner ce tableau que Monet avait nommé pour les besoins du catalogue Impression, soleil levant. Un critique le qualifie d’ailleurs de « soleil levant sur la Tamise ». Un autre écrit que « l’impression de Lever de soleil est traité par la main enfantine d’un écolier qui étale pour la première fois des couleurs sur une surface quelconque ». Bref à de rares exceptions, les critiques ne sont pas tendres avec ces œuvres « inachevées » et c’est par dérision qu’un ancien peintre de paysage, Louis Leroy, intitula un long article ironique dans le Charivari « l’Exposition des impressionnistes ». C’était une plaisanterie mais ce substantif fut accepté par les exposants et passa à la postérité, comme son inventeur.
Impression soleil levant est acquis le mois suivant l’exposition par un certain Ernest Hoschedé pour la somme de 800 francs (pour comparer, le prix d’entrée à l’exposition était de un franc). Il est revendu aux enchères en 1878 pour la somme de 210 francs à Georges de Bellio qui allait apporter un soutien vital à Monet en lui achetant un grand nombre de tableaux et en l’aidant financièrement. A sa mort, sa collection revient à sa fille unique Victorine (1863-1958) et à son gendre, Eugène Donop de Monchy (1854-1942). Sans enfant, le couple décide de léguer sa collection au Musée Marmottan, du nom de son légataire. Celui-ci avait fait don en 1932 de son hôtel et de ses collections à l’Académie des beaux-arts. C’est ainsi qu’après la guerre, Impression entre dans ce musée avec d’autres chefs d’œuvre de Monet, beaucoup plus cotés, comme Le Pont de l’Europe (gare Saint-Lazare), Le Train (effet de neige) et Tuileries.
Entre sa première présentation en 1874 et son entrée au musée Marmottan en 1946, le tableau n’avait pas vraiment intéressé les musées et les marchands. Il n’était présenté qu’à l’initiative de Donop de Monchy, conscient de la valeur de ce tableau qui avait donné son nom à l’Impressionnisme. Le nom même du tableau n’était pas fixé. Alors que Monet l’avait nommé Impression, soleil levant, il était devenu en 1878 Impression, soleil couchant, puis Impression d’effet de brouillard ou encore d’effet de lune. La date même de son exécution a été controversée. Alors que Monet avait ajouté « 72 » à côté de sa signature, un historien de l’art, Daniel Wildenstein, avait estimé qu’il l’avait peint en 1873, année où l’on avait des preuves de son séjour au Havre !
En effet c’est dans cette ville, vraisemblablement depuis sa chambre de l’hôtel de l’Amirauté, qu’il a peint ce tableau, en une seule journée, comme le montre l’étude que le restaurateur Christian Chatellier en a faite. Il faut faire preuve de beaucoup d’attention pour identifier le port, les voiliers, les bâtiments et les rapprocher des plans et photos de l’époque. Donald W. Olson, professeur de physique et d’astronomie à la Texas State University a observé tout cela avec soin. Ensuite il a mesuré la hauteur, la taille et la position du soleil à l’horizon. Il a consulté les bulletins météorologiques de l’époque et les heures de marées pour arriver à 6 dates possibles, la plus probable étant le 13 novembre 1872 à 7h35, un jour où le vent soufflait de l’est, comme le montre un panache de fumée, où il y avait du brouillard et où la mer était clapoteuse. Tous les documents utilisés sont là pour illustrer sa méthode.
A côté d’une telle démonstration, les tableaux de Boudin, le maître de Monet, qui eut une grande influence sur ce dernier, les couchers et levers de soleil peints par différents artistes (Turner, Delacroix, Jongkind, etc.), les tableaux d’autres artistes impressionnistes comme Renoir, Morisot, Pissarro, n’apparaissent ici, malgré tout leur intérêt, que comme du remplissage. Finalement, ce tableau qui nous semblait presque irréel se révèle être une représentation précise d’une certaine heure, un certain jour de 1872, au Havre. Ce n’était donc pas qu’une « impression ». Une exposition passionnante, à voir absolument. Musée Marmottan Monet 16e. Jusqu’au 18 janvier 2015. Lien : www.marmottan.com.


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