FERDINAND HODLER - 1853-1918

Article publié dans la Lettre n° 277


FERDINAND HODLER - 1853-1918. Dans la continuité des précédentes expositions consacrées à des artistes étrangers peu connus en France, le Musée d’Orsay présente quatre-vingt-un tableaux majeurs de Ferdinand Hodler. C’est la première rétrospective en France de ce peintre depuis celle du Petit Palais en 1983.
Né à Berne, Hodler apprend son métier auprès de son beau-père, peintre d’enseignes, puis auprès d’un peintre spécialisé dans les vues de montagnes pour touristes. Ce n’est qu’en se rendant à Genève, en 1971, qu’il peut fréquenter ce qui allait devenir l’Ecole des Beaux-Arts et compléter de la meilleure façon possible sa formation auprès de Barthélemy Menn. Ce dernier, élève d’Ingres et ami de Corot, lui fait connaître la peinture française, les peintres de Barbizon et Courbet en particulier. Hodler dira de Menn : « Je lui dois tout ». D’artisan, Hodler devient artiste et entend se faire reconnaître comme tel. Malheureusement, à Genève, ses toiles, par leur réalisme (Le Furieux, 1881, un autoportrait dans le style de Courbet) n’attirent pas les collectionneurs et les critiques lui reprochent de se complairent dans la laideur !
Ces débuts très difficiles font place à une notoriété de plus en plus grande à l’étranger, après le succès rencontré par ses œuvres, à Paris, dans les grandes expositions. Ainsi, en 1891, La Nuit (1889-1890), interdit d’exposition à Genève pour inconvenance, lui apporte à Paris la consécration et lance sa carrière internationale. Nous avons la chance de voir cette œuvre clé, « Ce que j’appelle ma première œuvre », dira-t-il, qui ne quitte jamais le musée de Berne. Hodler s’affirme comme un peintre majeur du symbolisme. Un de ses proches dira de lui que « c’est un mystique et un réaliste, dualité qui déconcerte et désoriente », ce qui reste encore vrai aujourd’hui tant son œuvre est singulière.
Convaincu que la beauté repose sur l’ordre, la symétrie et le rythme, Hodler crée et théorise ce qu’il appelle le « parallélisme » en reproduisant, par exemple, des personnages les uns à coté des autres, tous différents mais partageant tous les mêmes problèmes. Les las de vivre II (1892), L’Eurythmie (1894-1895) ou Emotion II (1901-1902) en sont des illustrations, tout comme, pour un autre type de sujet son Paysage rythmique au Lac Léman (1908).
L’exposition nous offre une vision claire des multiples facettes de ce peintre. Après ses premières œuvres tant décriées dans son pays, puis ses grandes toiles symboliques, la présentation devient thématique. Nous avons ainsi des paysages, de Suisse surtout, tels Le Lac de Thoune aux reflets (1904) ou Le Glacier de Grindelwald (1911-1912), des portraits (Jeune fille au pavot, vers 1889), y compris des autoportraits sans complaisance, des scènes d’histoire, en particulier une partie des nombreux travaux préparatoires pour une commande du nouveau Musée national suisse à Zurich, La Bataille de Morat (1917), inachevée, mais où l’artiste pousse la simplification à l’extrême tout en donnant un sens dramatique étonnant à sa composition, etc…
La partie la plus étonnante de son œuvre, très rare dans la peinture, est la représentation de la mort. Toute une salle est consacrée aux portraits qu’il fit de certaines personnes de son entourage, tout particulièrement de Valentine Godé-Darel, jeune et belle parisienne qu’il rencontra en 1908 et qu’il ne cessa de peindre, y compris durant son agonie et cela jusque sur son lit de mort (Valentine sur son lit de mort, 1915).
Le musée d’Orsay n’a qu’un tableau de Hodler, Le Bûcheron (1910), acquis en 2005. C’est dire si cette exposition est nécessaire pour connaître ce peintre majeur qui occupa une place centrale au sein des avant-gardes européennes. Une très belle exposition, bien présentée et accompagnée de nombreuses photos, gravures et autres ouvrages sur cet artiste remarquable. Musée d’Orsay 7e. Jusqu’au 3 février 2008. Pour voir notre sélection de visuels, cliquez ici.
Lien : www.musee-orsay.fr.


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