CHIHARU SHIOTA. The Soul Trembles. Née en 1972 dans la préfecture d’Osaka au Japon, Chiharu Shiota étudie la peinture à l’huile au département d’art de l’université Kyoto Seika de 1992 à 1996, tout en travaillant en tant qu’assistante au département sculpture. Dès la première année, frustrée par l’importance prédominante accordée à la technique et par l’absence de contenu, elle décide d’abandonner la peinture à l’huile. C’est aussi cette année-là qu’elle assiste à une exposition de l’artiste polonaise Magdalena Abakanowicz (1930-2017) ce qui l’incitera à partir en Allemagne pour étudier auprès d’elle. Ce n’est qu’en 1996 qu’elle peut gagner l’Europe et s’inscrire à l’École supérieure des beaux-arts de Hambourg. Durant ses études à Kyoto Seika, elle fait un séjour en Australie, à Canberra, à l’Australian National University School of Art & Design, dans le cadre d’un programme d’échange. C’est là qu’elle commence à réaliser des performances et des installations.
En Allemagne elle étudie auprès de Marina Abramović (née en 1946) à l’université des arts de Brunswick, puis avec Rebecca Horn (1944-2024) à l’université des arts de Berlin, ville où Shiota est aujourd’hui installée. Depuis 1993, Shiota a participé à plus de trois cents expositions personnelles, collectives, biennales et autres. Celle du Grand Palais, la plus importante qui lui ait été consacrée en France et en Europe, est la huitième étape de la présentation de «The Soul Trembles» («Les frémissements de l’âme») après celles dans six pays d’Asie du Sud-Est et en Australie et en attendant celle de Turin fin 2025. Dès notre entrée dans la galerie supérieure du Grand Palais, nous sommes confrontés à une œuvre gigantesque, Where Are We Going? (2017/2024) suspendue au-dessus de l’escalier, évoquant de grands nuages blancs. La première salle rassemble divers dessins de mains, en couleurs (2007 à 2019) ainsi qu’une sculpture en bronze, In the Hand (2017), représentant deux mains tenant une étrange structure de fils métalliques enchevêtrés. Nous voici dans l’univers de prédilection de l’artiste, celui des fils. Pour tous les visiteurs, la salle suivante, où l’artiste a installé Uncertain Journey («Voyage incertain») (2016/2024), est un havre de paix et de quiétude. Nous nous déplaçons au milieu d’un vaste ensemble aux formes complexes réalisé avec des fils rouges – il y en a 280 km – émergeant de sept structures métalliques évoquant des bateaux. Il a fallu dix jours à l’artiste pour la réalisation de cette installation en ce lieu. Les trois sections suivantes évoquent la carrière de Shiota, depuis sa première aquarelle, à l’âge de cinq ans, jusqu’à ses dernières installations et performances. On y voit des dessins, tels In the Earth («Dans la terre», 2012), et surtout des photographies de ses diverses réalisations tant à Canberra (Becoming Painting, 1994; One Line, 1994; Accumulation, 1994) qu’à l’Université Kyoto Seika (From DNA to DNA, 1994) ou qu’en Allemagne (Y Have Never Seen My Death, 1997; Congregation, 1997). Nous avons aussi des vues de ses grandes installations telles After That (1999); Memory of Skin (2000); Dialogue from DNA (2004) ainsi que des vidéos de certaines de ces installations. Mais Shiota est aussi une performeuses et une vidéaste. Un diaporama nous montre Try and Go Home («Essayer de rentrer chez soi»), 1997, une performance réalisée au cours d’un stage en Bretagne avec Marina Abramović. Nous avons aussi des vidéos de During Sleep, (2002), de Wall (2010) et de Bathroom (1999) où Shiota se couvre de boue dans sa baignoire pour exprimer «le souvenir de sa propre peau». La salle suivante abrite, entre autres, l’installation Connecting Small Memories («Relier les petits souvenirs», 2019/2024) qui rassemble des centaines de meubles en miniature comme dans une maison de poupée. Chiharu Shiota a aussi réalisé les décors de neuf opéras et pièces de théâtre. Ils sont évoqués par des photographies et des vidéos qui montrent son incroyable imagination. C’est ainsi que pour Oedipus Rex, un énorme décor composé de centaines de chaises de tous types descend peu à peu des cintres et occupe toute la scène où se meuvent les danseurs. Si Uncertain Journey évoquait la gaieté et le bonheur, In Silence (2002/2024) nous plonge dans le drame d’un incendie qui ne laisse que des chaises et un piano calcinés. Ici les 200 km de fil sont noirs. Cette installation évoque un souvenir de l’artiste, l’incendie de la maison de leurs voisins, quand elle avait neuf ans. La reconstruction de Berlin a donné à Shiota l’idée de récupérer de vieilles fenêtres sur les chantiers. Elle en a fait une gigantesque installation, Inside-Outside (2008/2024) qui lui évoque sa propre peau. Dans la même salle sont exposés de nombreux dessins de 2009 et 2018 et une œuvre très originale, Reflection of Space and Time («Reflet de l'espace et du temps», 2018) qui nous montre deux robes blanches dans un volume parcouru en tous sens par des fils noirs et contenant un miroir. L’effet optique est surprenant. L’exposition se termine avec une dernière grande installation, Accumulation – Searching for the Destination («Accumulation – En quête de la destination», 2014/2024), composée de centaines de valises suspendues à des cordes rouges, formant comme un escalier grimpant jusqu’au plafond et pouvant évoquer le départ pour un autre pays. Une exposition unique et grandiose, vivante et bien documentée. R.P. Grand Palais 8e. Jusqu’au 19 mars 2025. Lien : grandpalais.fr Pour vous abonner gratuitement à la Newsletter cliquez ici
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